Pontypool
Genre: Horreur , Thriller , Fantastique , Drame
Année: 2008
Pays d'origine: Canada
Réalisateur: Bruce Mc Donald
Casting:
Stephen McHattie, Lisa Houle, Georgina Reilly, Hrant Alianak...
 

Pontypool, Ontario - Grant Mazzy, autrefois grande star de la radio nationale, se dirige comme chaque matin à la station radio de la ville, située dans le sous-sol de l'église. Il y rejoint Sydney et Laurel, la productrice et l'ingénieur du son. Mais en plein milieu de la matinée, des émeutes font rage dans la région : un terrible virus vient d'être lâché. L'équipe n'a pas le choix : elle doit rester dans le sous-sol, et informer la population.

 

 

Bien avant internet et la télévision, le seul moyen de se tenir au courant et de se divertir était la radio, une invention formidable qui envahit bien vite tous les foyers du monde. Encore aujourd'hui, où que vous alliez dans le monde, il y a toujours une radio qui traîne dans un coin. Les premières émissions datent de 1922, mais le 24 octobre 1938 un événement important va démontrer l'influence incroyable que peut avoir ce nouveau média. Un certain Orson Welles propose une adaptation de "La guerre des Mondes" d'H.G. Wells, dans le cadre d'une émission (Mercury Theatre on the Air). La manière de présenter l'émission (Orson Welles utilise la première personne comme s'il était en direct) et la mise en scène de Welles vont pousser près d'un million d'auditeurs à croire à une véritable invasion. Plus de doute, la radio est devenue un outil incroyable de propagande et, surtout, les mots sont devenus des armes qui peuvent mener des individus à commettre l'irréparable (voir la fameuse radio et télévision libre des mille collines).
Le film de Bruce Mc Donald se base donc sur l'utilisation du langage et l'influence de celui ci, l'idée à la fois géniale et farfelue est de faire circuler le virus par la parole ! Ce qui fait de "Pontypool", sûrement, l'un des films d'horreur les plus bavards de l'histoire du cinéma. Filmé à l'économie dans un même décor (la station de radio), le film repose entièrement sur la prestation de l'acteur Stephen Mac Hattie, qui livre ici une interprétation exemplaire. Son rôle de DJ sur le retour, légèrement alcoolo et adepte de la théorie du complot, mérite largement le détour. Il faut aussi avouer que le film est basé pour une fois sur un scénario en béton, qui ménage son lot de surprises et de coups de théâtre mémorables ; surtout, restez bien devant votre écran jusqu'à la fin du générique.

 

 

Nous suivons donc Grant Mazzy (Stephen McHattie), qui s'apprête à passer une autre soirée d'hiver derrière son micro, en sirotant son café allongé d'un peu d'alcool, et en compagnie de sa productrice Sidney et de son ingénieur du son Laurel, ex-soldat revenue d'Afghanistan (et sosie d'Anna Farris). Mais Grant est troublé par un incident anodin qui lui est arrivé en arrivant au studio. En effet, une femme l'interpella plus tôt en plein blizzard dans son véhicule, en marmonnant des mots incompréhensibles. C'est le point de départ d'un film stupéfiant et incroyablement roublard, dans lequel nous suivons Grant et ces collègues réagir devant les dépêches de plus en plus bizarres qui leur arrivent, et les communications téléphoniques avec les auditeurs : la police, et surtout Ken, leur correspondant, qui survole soi-disant la ville en hélicoptère. Ken sera les yeux de l'équipe, et ses descriptions seront autant de moments de tension qui vont augmenter la paranoïa et la peur. Sa mort/contamination en direct est un grand moment d'émotion, mais là ou certaines productions auraient pu jouer sur le pathologique et le larmoyant, le script de "Pontypool" nous entraîne sur une autre voie, avec un retournement de situation inattendu. Car on apprend par Sidney que le fameux Ken est en fait un pédophile... ambiance ! Le spectateur se trouve alors, comme le personnage de Grant, partagé entre dégoût, soulagement et tristesse. Ce passage montre l'incroyable efficacité du récit, et ce genre de surprise revient régulièrement dans l'histoire (les policiers alcoolo, le passé de Laurel...).

 

 

Une oeuvre qui joue autant sur les mots doit évidemment être vue dans sa version originale, d'autant que la contamination ne s'exerçant que sur l'anglais, les protagonistes essayent alors de parler français (un délice) pour éviter d'être contaminés. Cela vous permettra aussi d'entendre la voix de l'acteur Stephen McHattie, mais surtout la solution du problème (l'antidote) venant de la ressemblance entre deux mots anglais, la traduction française ne parvenant pas à restituer la dualité et l'analogie de ces derniers (Kiss & Kill).
L'acteur Stephen Mac Hattie est ce qu'on appelle communément une gueule de cinéma ; il est apparu dans pas moins de 156 films ou séries, de 1970 à nos jours. Rarement en première ligne, ses apparitions sont souvent suivies d'un : "P..., c'est le mec qui jouait dans...". Et en effet, l'acteur accumule les prestations dans de grosses productions ("2012", "300", "Shoot'em Up") dans lesquelles, il se fait parfois remarquer, comme dans "A History of Violence" où il joue un des deux psychopathes croisant le chemin de Viggo Mortesen. A ses côtés, deux actrices formidables ayant peu tourné, comparé à leur ainé. Georgina Reilly (onze films), et surtout Lisa Houle (véritable ingénieur du son, qui travailla sur "Necronomicon"), incroyable de sensibilité et d'émotion, le contrepoint de Grant avec qui elle forme un couple parfaitement assorti.
"Pontypool" est donc une oeuvre à voir, qui propose une nouvelle approche à l'opposé des tendances actuelles (pas de 3D, peu de sang...), un film d'horreur rhétorique en somme.

 

 

The Omega Man

 

En rapport avec le film :

 

# La fiche dvd Opening du film "Pontypool"

 

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