A travers les ronces vers les étoiles
Titre original: Через тернии к звёздам / Cherez ternii k zvyozdam
Genre: Science fiction
Année: 1981
Pays d'origine: Union Soviétique / Russie
Réalisateur: Richard Viktorov (et Nikolai Viktorov)
Casting:
Yelena Metyolkina, Vadim Ledogorov, Uldis Lieldidz, Yelena Fadeyeva, Nadezhda Semyontsova, Igor Ledogorov, Vladimir Fyodorov, Vatslav Dvorzhetsky...
Aka: Per Aspera Ad Astra, / To the Stars by Hard Ways / Humanoid Woman
 

Au 23e siècle, un vaisseau spatial soviétique (les ricanements sont interdits, merci) découvre une épave d'origine inconnue. En l'explorant, nos hardis cosmonautes trouvent les cadavres d'enfants humanoïdes d'âges différents mais génétiquement identiques, des clones d'une espèce proche de l'homme. Mais un des clones a survécu dans une combinaison spatiale et est ramené sur Terre pour faire l'objet d'une étude. Le dit clone, de sexe féminin, ressemble énormément à une jeune fille terrienne anorexique et est totalement amnésique. Le scientifique Sergei Lebedev, chargé de l'étude de celle qu'il a baptisé Niya, obtient qu'elle soit laissée à la garde de sa famille (celle de Lebedev évidemment) dans sa Datcha campagnarde, à condition que son ex-compagne (de Lebedev toujours), le professeur Nadezhda Ivanova, continue ses travaux sur Niya. Plus tard, alors que Niya éprouve une attirance, réciproque, pour le jeune et fringant fils de Lebedev, Ivanovna découvre que l'humanoïde peut être contrôlée par onde radio. Celle-ci, alors que sa mémoire revient par bribes, se révèle posséder d'étranges pouvoirs...

 

 

Il s'agit du plus grand succès au box-office de feu l'U.R.S.S. pour un film de science fiction, avec pas moins de 21 millions d'entrées, un chiffre assez inexplicable au vu de l'oeuvre, même s'il est bien connu et souvent vérifié que le succès public d'un film n'est en rien lié a sa valeur artistique. Un succès, et aussi un statut de film culte pour toute une génération de Russes, celle qui fut adolescente dans les années 80, sevrée d'oeuvres de SF autochtones (autres que les divertissements enfantins, et les films étrangers - parce qu'ils ne passaient pas la douane). C'est, si on en juge par les commentaires les plus lucides des fans nostalgiques, cette absence de concurrence (et le charme étrange de l'actrice principale qui laissera un souvenir ému au préadolescent de l'époque) qui explique ce succès. Genre en pointe dans les années 60, la SF soviétique déclina dans les années 70 en même temps (ce qui n'est évidemment pas un hasard) que l'U.R.S.S. perdait le leadership de la conquête spatiale et que les promesses d'un avenir radieux et communiste pour l'humanité (les ricanements sont interdits, merci) s'estompaient. Faute d'intérêt des autorités (et donc de financement, dans un pays où les maisons de production sont entreprise d'état), il ne restait plus que les films pour enfants (dont Richard Viktorov s'était fait la spécialité) ou a contrario le cinéma d'auteur à connotation philosophique (trop aride pour le grand public), pour aborder la science fiction, jusqu'à ce qu'en 1981 arrive A travers les ronces vers les étoiles.

 

 

Ce film est donc l'illustration parfaite du "faute de grives on mange des merles", parce qu'il faut bien reconnaître qu'il n'est pas terrible. Une structure en trois parties en totale rupture de ton due à un scénario bancal bourré de grosses ficelles ; un humour enfantin jamais drôle mais toujours consternant ; un sur-jeu des seconds rôles dû à une direction d'acteurs déficiente ; des effets spéciaux et une "esthétique" futuriste ratés (les robots), même en tenant compte de la faiblesse des moyens financiers (le spatioport qui n'est qu'un aéroport des années 80 à peine maquillé, le nettoyage de la planète qui consiste à enlever le filtre de couleur jaune). D'ailleurs, l'excuse du budget ne tient pas quand on pense à la réussite d'un Kin Dza Dza tourné quelques années plus tard avec moins de moyens mais beaucoup plus de talent et d'imagination.
Que sauver dans ce À travers les ronces vers les étoiles ? Pas grand-chose : quelques belles images de la campagne entourant Yalta et du désert Tadjik, la musique d'Aleksei Rybnikov, même si elle est parfois trop envahissante, et surtout la prestation de Yelena Metyolkina, avec son physique étrange à la fois beau et laid, pour le coup quasi extraterrestre, qui, malgré un jeu limité, arrive à rendre crédible son personnage dans une histoire où tout sonne creux.

 

 

Précisons que cette critique porte sur la version restaurée en 2001 par Nikolai Viktorov, fils du réalisateur (Richard Viktorov), mort quinze ans plus tôt, qui correspondrait au "director's cut" de ce dernier. Une version écourtée de près d'une vingtaine de minutes par rapport à l'oeuvre originale. Ces coupures ne concerneraient que des scènes de dialogues au contenu idéologique "d'époque" ralentissant l'avancée de l'intrigue. Compte tenu de la relative lenteur de l'ensemble et du grand nombre de scènes inutiles, il est dommage que l'on n'ait pas coupé plus. En effet, le film est constitué de trois parties d'intérêt inégal : une première que nous appellerons "Niya à la campagne", qui tourne rapidement à la romance adolescente ; une seconde partie ("Niya dans l'espace") tirant vers la comédie et dont l'humour puéril (le poulpe extraterrestre) la rend insupportable pour toute personne ayant plus de cinq ans d'âge mental. Les plus résistants (personnellement, j'ai dû m'y prendre à deux fois) pourront (peut-être) apprécier la dernière partie, située sur la planète extraterrestre, au message écologiste appuyé (sans doute doublé d'un message anticapitaliste dans la version originale), qui est la seule présentant un réel intérêt, sans pour autant être totalement réussie (la scène surréaliste des chatouilles), même en faisant abstraction des effets spéciaux médiocres.
Autre différence entre la version actuelle de 2001 et celle d'origine, des morceaux de la B.O. composée par Aleksei Rybnikov et tirés de son opéra "Junon et Avos" ont été, pour des raisons de droit, remplacés par des compositions originales de Dimitri Rybnikov (le fils d'Aleksei) en collaboration avec son père. Enfin, le rendu de certaines scènes spatiales a été "amélioré" par images de synthèse.

 

 

La coiffure particulière de l'héroïne (en fait une perruque), très courte, blanche et laineuse, qui la fait ressembler à une noire albinos, lancera une mode chez les adolescentes soviétiques des années 80 (équivalente à celle de leur contemporaines punkettes en Occident) ; une mode qui n'a pas tenu à grand-chose car l'héroïne aurait dû être (sans le veto de la censure qui trouvait ce look trop décadent) totalement chauve, ce qui aurait nui à son charme étrange, certes, mais indéniable. Son interprète, Yelena Metyolkina, était alors mannequin. Elle connaîtra après ce film une énorme popularité, aussi soudaine qu'éphémère, et ne tournera que deux autres films. Les aficionados du cinéma soviétique des années 70 et 80 auront pour leur part reconnu deux célèbres acteurs de complément de l'époque : Le Letton Uldis Lieldidz, qui interprète Sergei Lebedev, grand spécialiste des rôles d'officier allemand dans les films de guerre (et plus récemment vedette d'un documentaire estonien sur le sujet Fritsud ja blondiinid) ; et Vladimir Fyodorov, l'indispensable nain de service dans tous les films de SF ou d'Heroïc Fantasy (Rouslan et Ludmila, Kin Dza Dza).
On signalera que les scènes extraterrestres ont été filmées au Tadjikistan, dans les lieux où aurait dû être tourné le "Stalker" de Tarkovsky (qui, pour des raisons logistiques, a été relocalisé en Estonie), et c'est bien le seul point commun entre ces deux films.

 

 

Sigtuna

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