Theatre Bizarre, The
Genre: Horreur , Macabre , Sketchs
Année: 2011
Pays d'origine: Etats- Unis / France / Canada
Réalisateur: Jeremy Kasten, Richard Stanley, Buddy Giovinazzo, Tom Savini, Douglas Buck, Karim Hussain, David Gregory
Casting:
Udo Kier, Catriona MacColl, Shane Woodward, Andre M. Hennicke, Debbie Rochon, Tom Savini, Lindsay Goranson...
 

Le théâtre de Grand Guignol vit le jour à Paris en 1897. Il proposait aux spectateurs un divertissement à base d'horreur macabre parfois saupoudrée d'humour noir (puis, plus tard, d'érotisme). C'est d'une certaine façon le précurseur du cinéma gore. Au fil des années, le Grand Guignol souffrira de la concurrence du 7ème Art, pour finalement fermer ses portes en 1963.
The Theatre Bizarre est un hommage au Grand Guignol, une manière pour le cinéma de renvoyer l'ascenseur et, en quelque sorte, de faire revivre ce théâtre précurseur. Toutefois, d'autres auteurs l'ont fait avant l'équipe de The Theatre Bizarre. Notamment Jean Marbœuf, réalisateur en 1987 d'un... "Grand Guignol" avec Guy Marchand, mais aussi "The Incredible Torture Show" (Joel M. Reed, 1976), sans oublier Le masque de la Méduse de Jean Rollin, dont une partie du tournage eut lieu dans l'ancien théâtre du Grand Guignol.

 

 

The Theatre Bizarre a pu voir le jour grâce à une collaboration franco-américaine, avec d'un côté Douglas Buck, responsable de Severin Films, et de l'autre le duo Fabrice Lambot/Jean-Pierre Putters de Metaluna Productions. Il s'agit d'un film à sketchs composé de sept histoires dont l'une, "Theatre Guignol", tient lieu de fil rouge entre chaque récit. Réalisé par Jeremy Kasten ("The Wizard of Gore"), ce fil conducteur met en avant le célèbre acteur allemand Udo Kier, officiant ici en tant que maître de cérémonie. Pantin animé d'une vie propre, cet inquiétant "Monsieur Loyal" présente donc chaque histoire à un public clairsemé qui finira par être lui-même acteur, contre toute attente, dans cet étrange théâtre.
A la vision des six autres segments, une tendance revient de façon récurrente : celle du couple en crise, au bord de la rupture, et où la femme prend le pouvoir sur l'homme.

 

 

Un thème que l'on va trouver dans trois des sketchs : "I Love You", "Wet Dreams" et "Sweets". Le premier est le plus faible des trois, à cause d'un scénario sans surprise sur un sujet archi-rabattu (une femme quitte son mari pour son amant). Malgré un final gore à souhait, ce segment reste trop bavard et conventionnel, mais on retiendra néanmoins l'interprétation convaincante des deux acteurs principaux, André Hennicke ("La Chute") et Suzan Anbeh. Dommage, on aurait été en droit d'attendre mieux de la part du metteur en scène, Buddy Giovinazzo, dont le premier long métrage ("Combat Shock", 1984) avait profondément marqué les esprits.
Le second est par contre une bonne surprise, et peut-être le meilleur segment du lot. On le doit à Tom Savini, l'un des grands spécialistes en maquillages et effets spéciaux, familier de George Romero et acteur occasionnel. "Wet Dreams" offre un florilège intéressant de scènes déviantes aussi bien dans l'érotisme que l'horreur, avec une thématique tournant autour de deux couples évoluant tantôt dans le rêve, tantôt dans la réalité. Mais difficile de trouver la frontière entre les deux mondes, tant pour le spectateur que pour les protagonistes du sketch, dans lequel Savini s'octroie le rôle d'un psychiatre manipulateur, et où l'on retrouve l'une des plus célèbres "screamgirls", Debbie Rochon, ex-égérie de la firme Troma.
Enfin, le troisième, "Sweets", s'avère un petit bijou d'humour noir et de mauvais goût, avec pour cadre un couple addict à la nourriture dans des proportions démesurées. Si, pour le fond, on pense à "La Grande Bouffe" de Marco Ferreri ; pour la forme le sketch oscille entre John Waters (les flashbacks aux couleurs flashy) et Brian Yuzna (période Society). David Gregory est l'auteur de ce "Sweets" au final grand-guignolesque, et de ce fait en totale adéquation avec la thématique du film, qui se permet qui plus est de parodier La Cène de Leonard de Vinci en guise de baisser de rideau. Gregory semble à l'aise dans l'exercice, pas étonnant lorsqu'on se penche sur son expérience dans le court métrage et le documentaire. Il est également l'auteur de "Plague Town", film horrifique prometteur dans sa première partie mais qui ne tenait pas la distance.

 

 

Des trois autres segments, on aura pu apprécier (ou non) le côté poétique, onirique et philosophique de Douglas Buck ("Sisters", remake du film de De Palma). Son sketch met en scène une mère et sa petite fille roulant sur une route forestière et découvrant un jeune motard accidenté sur le bas-côté. Monté selon le principe du flashback (la fillette confrontée à la mort d'un côté, et de l'autre la mère rassurant plus tard sa fille dans la chambre), "The Accident" possède de réelles qualités tant sur un plan visuel que narratif. Par contre, sa thématique et la façon dont Buck traite le sujet n'entretiennent qu'un rapport lointain avec le Théâtre du Grand Guignol, qui est censé être le fil conducteur de cette anthologie. On est donc, avec "The Accident", totalement hors-sujet.
Ce n'est pas le cas des deux autres segments : "The Mother of Toads" et "Vision Stains". Le premier, réalisé par le talentueux Richard Stanley ("Hardware", "Dust Devil"), a pour cadre la région de Mirepoix (Ariège) en plein pays cathare. Folklore, traditions et légendes ont attiré un jeune couple de touristes qui vont rencontrer, dans une boutique, une bien étrange femme (interprétée par Catriona MacColl, Frayeurs, L'au-delà...). Il est question dans cette histoire du légendaire Nécronomicon, un livre de magie noire sorti du cerveau tourmenté de Howard Phillips Lovecraft. Dommage que Stanley ne parvienne pas à instiller dans son segment toute "l'indicible horreur" que l'on pouvait espérer, eu égard au talent du cinéaste. Là, son récit manque de corps, et il livre donc un sketch en demi-teinte qui prouve une fois encore qu'il est très difficile d'adapter Lovecraft au cinéma. Cela dit, revoir Catriona MacColl reste toujours un grand plaisir.
Enfin, "Vision Stains", mis en scène par Karim Hussain ("Subconscious Cruelty"), suit le parcours d'une jeune marginale tuant ses victimes (des SDF, pour la plupart) avant d'absorber leurs souvenirs. Elle utilise pour cela une seringue qu'elle leur enfonce dans l'œil, la substance retirée est ensuite réintroduite dans un œil de la tueuse. Consignant ses visions dans un carnet, elle souhaite que la mémoire de ces laissés pour compte ne tombe pas dans l'oubli.

 

 

Chaque réalisateur concerné par The Theatre Bizarre a travaillé sur un pied d'égalité. Chacun a disposé d'un budget équivalent et d'une totale liberté pour la conception de son sketch. Les seuls impératifs consistaient à respecter la thématique liée au Grand Guignol et faire en sorte que le segment ait une durée définie (entre dix et vingt minutes). Au vu du résultat, on peut constater que les différentes histoires sont inégales en qualité (comme souvent dans un film à sketchs), mais que l'ensemble s'avère homogène (si l'on excepte "The Accident"). Si ce premier opus ne compte que des réalisateurs anglo-saxons (bien qu'il s'agisse d'une coproduction entre la France, le Canada et les U.S.A.), il est question d'un "Theatre Bizarre 2" qui ferait cette fois la part belle à des metteurs en scène francophones. Les noms de Pascal Laugier, Alexandre Bustillo, Julien Maury, Xavier Gens, Olivier Abbou et Lucile Hadzihalilovic sont ainsi évoqués, et apparaissent même sur un projet d'affiche visible sur le site de Metaluna Productions.
Alors, wait and see... en espérant un cru de meilleure qualité.

Flint


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