Echec à l'organisation
Titre original: The Outfit
Genre: Polar
Année: 1973
Pays d'origine: Etats-Unis
Réalisateur: John Flynn
Casting:
Robert Duvall, Robert Ryan, Karen Black, Joe Don Baker, Timothy Carey, Richard Jaeckel, Sheree North...
 

A sa sortie de prison, Earl apprend que son frère Eddy s'est fait abattre par l'organisation ; un tueur essaye de l'éliminer lui aussi. Earl est bien décidé à savoir quel est le fin mot de l'histoire.

 

 

Au début des années septante, une nouvelle vague de réalisateurs s'abat sur Hollywood ; c'est le chant du cygne pour de nombreux vieux briscards comme Sam Peckinpah ("Straw Dogs", "The Getaway", "Bring me the Head of Alfredo Garcia"), Robert Aldrich ("Bande de flics" et "La cité des dangers") ou Don Siegel ("Dirty Harry" et Charley Varrick). Mais, loin de se laisser abattre, ils tirent leurs dernières cartouches avec panache, alors que dans l'ombre se tiennent leurs fils spirituels qui se nomment Walter Hill, John Flynn ou Roger Spottiswoode.

 

 

La succession ne sera pas facile, mais les jeunes ont du talent et retroussent leurs manches. Ils apprennent de leurs aînés, Walter Hill et Roger Spottiswoode travaillent avec Peckinpah, alors que Flynn collabore avec Robert Wise et Jack Lee Thompson. La relève semble donc assurée, mais leur récompense ne sera pas celle qu'elle aurait put espérer. Après avoir réalisé nombre de films dont certains sont devenus des oeuvres cultes, Walter Hill semble avoir été oublié ; plus grave, la seule chose que l'on retienne aujourd'hui du réalisateur est son rôle de producteur sur la franchise "Alien". Roger Spottiswoode, qui avait plus d'affinités pour l'action, est devenu un réalisateur lambda sans réel talent dont le titre de gloire reste la réalisation d'un James Bond. Mais que dire de John Flynn qui, lui, faillit carrément disparaître des mémoires si un certain Quentin Tarantino ne l'avait pas ressuscité en le citant parmi ses références ultimes.
Pourtant, comme dirait Raoul Volfoni dans "Les tontons flingueurs" "le Flynn, ça a été une épée, un cador". Peu connu du grand public, catalogué par certains comme réalisateur de séries B, il n'a réalisé que onze films pour le cinéma mais que du lourd, que du culte ; il enchaîne The Outfit et Rolling Thunder, rien de tel pour se faire une belle réputation. Pourtant, Flynn ne trouvera le succès que bien plus tard avec "Pacte avec un tueur" ce qui lui permettra de travailler avec Stallone ("Haute Sécurité") et Steven Seagal, avec qui il signera peut-être le film le plus bestial que le titre français résume assez bien : "Justice sauvage".

 

 

Richard Stark est le pseudonyme que Donald E. Westlake a utilisé pour écrire les aventures de Parker, un braqueur froid, méthodique et professionnel qui sera le héros d'une série de romans. Le premier de la série, "The Hunter", sera porté à l'écran en 1968 par John Boorman sous le titre de "Le point de non-retour". The Outfit est une adaptation du troisième roman de la série, mais le nom du héros a été changé. Récemment est sorti "Parker", une adaptation de "Flashfire", dans laquelle Jason Statham incarne Parker aux côtés de Jennifer Lopez et Nick Nolte. A noter, pour l'anecdote, que Donald E. Westlake est très apprécié en France ; il sera d'ailleurs adapté plusieurs fois : "Le Couperet", "Je suis un assassin" (tiré du Contrat), "Ordo", "Le Jumeau" (tiré de Un jumeau singulier) ou encore "La divine poursuite" (tiré de Aztèques dansants) et "Mise à sac".

Pour son film, Flynn nous dégotte un casting de derrière les fagots. En tête, Robert Duvall qui, au début des années septante commence enfin à entrevoir le succès ("Le Parrain", "Lady Ice", Badge 373, Echec à l'organisation, "L'Évadé", "Tueur d'élite". A ses côtés, ce bon vieux Joe Don Baker, qui allait cette année là tourner dans "Walking Tall / Justice sauvage" et Charlie Varrick, interprétant deux rôles tout à fait différents mais qui marqueront sa carrière.
Pour ceux qui ont découvert Karen Black dans sa période séries B, où elle était filmée n'importe comment (L'invasion des piranhas, "Amazonia : La jungle blanche", L'invasion vient de Mars, "La vengeance des monstres", "The Children", "Les enfants des ténèbres", "Dark Blood"…), c'est le moment de la revoir au début de sa carrière, où elle rivalisait avec Faye Dunaway et Angie Dickinson. Ici, elle est excellente, fragile et touchante, dans un rôle pas toujours évident et artificiel. Deux autres rôles féminins à retenir : l'apparition de Sheree North, star des années cinquante, engagée par la Fox pour suppléer au départ d'une certaine Marilyn Monroe, et qui interprète à quarante ans passés le rôle d'une chaudasse assez croquignolet, elle jouera aussi dans Charley Varrick ; c'est aussi le premier vrai rôle au cinéma pour la débutante Joanna Cassidy ("Blade Runner"). Le vétéran Robert Ryan (La horde sauvage, "Les douze salopards", "Les Professionnels") et Richard Jaeckel, acteur fétiche de Robert Aldrich, complètent le casting. Mais Flynn ne s'arrête pas là. Nostalgique de la grande époque des studios qui engageaient à l'année des second couteaux savoureux il bétonne sa figuration avec une pléiade de gueules comme Bill Mc Kinney (l'un des violeurs de "Délivrance"), Roy Jensen ("Chinatown", "Guet-apens") ou encore Felice Orlandi (le faux témoin de "Bullitt")...

 

 

Dans le monde du crime, Earl ne joue pas avec les dettes d'honneur. Braqueur indépendant, il a la désagréable surprise de constater que la mafia a mis sa tête à prix, à cause d'une banque qu'il a dévalisé avec son frère et un ami (Cody) et qui leur appartenait. Une attitude que n'apprécie pas du tout Earl, qui considère la chose comme exagérée, surtout lorsque son frère est abattu. Earl est bien décidé à se faire dédommager par l'organisation. Quelques lignes qui résument bien la détermination du personnage. Intraitable jusqu'à la fin, il n'aura de cesse de harceler sa proie jusqu'à l'inévitable affrontement. Car si Earl ne badine pas avec l'honneur, l'organisation ne badine pas avec l'argent ! Conclusion : aucun des deux partis ne voulant céder, la poudre va parler ; qu'importe les dégâts collatéraux.

Flynn maîtrise parfaitement son sujet ; le cadrage est parfait (voir les scènes se déroulant chez Richard Jaeckel, où tous les personnages se retrouvent à chaque fois dans le cadre), et la réalisation d'une maestria étonnante, le tout accompagné par la musique de Jerry Fielding, compositeur de tous les Peckinpah à partir de La horde sauvage et de quelques Eastwood ("Josey Wales hors-la-loi", "L'inspecteur ne renonce jamais", "L'épreuve de force", "L'évadé d'Alcatraz").
Influencé par le western (une certaine utilisation de l'espace) et le film noir (le roman de Richard Stark), Flynn ne se laisse pourtant pas enfermé dans l'hommage stérile et réalise un vrai polar violent (début des années septante oblige), misogyne (voir le personnage de Sheree North assez gratiné) et sans morale (c'est à celui qui tape le plus fort et qui reste debout), mais pas sans honneur. Parce qu'on a beau être un sale fils de pute, on a un code de conduite, et il y a encore certaines valeurs que l'on respecte (l'amitié) !

 

 

Le tout est interprété avec talent par une brochette d'acteurs pratiquement irréprochable. Robert Ryan semble avoir été un gangster toute sa vie, Karen Black est magnifique en petite amie soumise et fragile, mais qui sera la seule à faire émerger une once d'humanité de Earl. Mais le plus impressionnant reste sans doute Robert Duvall, avec son apparence d'employé modèle, loin de l'exécuteur froid et déterminé qu'il est vraiment. Il surprend ses adversaires et le spectateur par ses débordements de violence, comme lorsqu'il troue la main d'un gangster trop nerveux d'un coup de feu ou torture un tueur venu le liquider. Loin du romantisme d'un Bogart ou de la hargne vengeresse d'un Marvin, Duvall incarne une véritable machine à tuer sans état d'âme (il va faire un casse comme s'il allait pointer), mais pragmatique. Ainsi, après avoir abattu Ryan, il propose à ses hommes de main de partir au lieu de se faire tuer ! John Flynn réalise donc une petite merveille de polar urbain cynique, violent, cruel et de temps en temps mélancolique (merci Karen !). En résumé, c'est l'un des meilleurs polars des années septante, et Dieu sait que l'époque à été fertile pour le genre !

 

 

The Omega Man


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