Cruz del diablo, La
Titre original: La Cruz del diablo
Genre: Zombie , Gore , Satanisme
Année: 1975
Pays d'origine: Espagne
Réalisateur: John Gilling
Casting:
Ramiro Oliveros, Carmen Sevilla, Adolfo Marsillach, Emma Cohen, Eduardo Fajardo, Mónica Randall, Fernando Sancho, Tony Isbert...
Aka: The Devil's Cross / Cross of the Devil
 

Un romancier britannique, accro à l'opium, est en proie à des cauchemars récurrents. Lorsqu'il décide de partir en Espagne pour rendre visite à sa sœur, il découvre qu'elle a été assassinée. Les explications de la police ne le convainquent pas, il décide donc d'enquêter seul. Cela le conduit vers un lieu mystérieux qui pâtit de morbides légendes à son sujet : des revenants hanteraient l'endroit tandis qu'une secte faite d'adorateurs du démon et répondant au doux nom de "La Croix du Diable" y sévirait...

 

 

La Cruz del diablo est un drôle de projet sur le papier puisque le scénario brasse trois nouvelles écrites par Gustavo Adolfo Bécquer, à savoir "La Montagne des âmes", "La Croix du diable" et "Le Miserere". Mais ces trois nouvelles sont compactées pour ne faire qu'une histoire qui, elle-même, doit se raccorder à la tétralogie des "Templiers", ces bobines signées Amando De Ossorio, à la saveur si particulière, tournées entre 1971 et 1975 et allant de La Révolte des morts-vivants à leur "Chevauchée". C'est aussi une surprenante idée née dans l'esprit d'un Paul Naschy qui la propose à son ami le réalisateur britannique John Gilling, alors en vacances en Espagne. Paul Naschy a déjà acquis une forte réputation dans son pays, comme scénariste et acteur, emblématique le plus souvent du genre et des mythes horrifiques dès 1968 avec "Les Vampires du Dr. Dracula". Quant à John Gilling, c'est peu dire qu'il est en fin de carrière puisque La Cruz del diablo sera le dernier film de sa prolifique et fructueuse carrière (L'Impasse aux violences, Le Spectre du chat, L'Invasion des morts-vivants, "La Femme reptile", "Dans les griffes de la momie" ...). Devant ces garanties de talent et de bon goût morbide, il y avait donc de quoi saliver d'avance...

 

 

Hélas, on déchante vite. On a beau appréhender La Cruz del diablo comme une spéculation à part de la tétralogie des Templiers de De Ossorio où bien tenter de l'intégrer comme un cinquième opus, bâtard, d'une série qui venait tout juste d'être clôturée que cela n'y change pas grand chose. John Gilling, même vieillissant, n'est pourtant pas manchot, et ce qui fait une grande partie de la valeur de cette "commande estivale" de pré-retraite est l'aspect totalement british de la chose. Si ce n'était le contexte et un casting tout espagnol, il serait difficile de ne pas se croire dans l'une des productions de la Hammer, aux couleurs gothiques et à base de malédiction suite à un ancestral lynchage, le tout se voyant saupoudré d'une touche proche des thrillers de la dite firme. Du coup, cette Croix du Diable fait penser ces exhumations hammeriennes assassines et vengeresques, telles que "La Malédiction des pharaons" ou "Les Maléfices de la momie", lesquelles croiseraient leur pendant sataniste ("Les Vierges de Satan") en annonçant dans le même temps le crépuscule de la firme ("Une fille... pour le diable"). Quant à l'enquête menée par notre romancier opiomane, elle n'est clairement pas à la hauteur d'un Sherlock. Malgré ces références flatteuses, cette alliance Molina/Gilling tient plus de la recette dilettante que d'une réelle volonté d'innovation. Il faut dire que Gilling n'avait plus tourné un long-métrage depuis huit ans et était peut-être davantage préoccupé à trouver ce pourquoi il était venu en Espagne : trouver un endroit et acheter une maison pour y finir ses jours.

 

 

De fait, La Cruz del diablo est trop théâtral, trop statique, pâtit d'un rythme languissant, trop souvent alourdi de bavardages entre des protagonistes regroupés autour d'une table et des chandelles. Finalement, seul un tueur cagoulé errant de nuit dans les corridors confère à cette bobine une ambiance menaçante et meurtrière. On peut même attribuer cette présence mortifère au genre giallo qui sévit depuis des années, et qui est du coup intégré en toute logique, l'apparence du tueur n'étant du reste pas sans évoquer celui de 6 Femmes pour l'assassin. Le résidu gothique se manifeste quant à lui dans des déambulations, nocturnes elles aussi, de certaines convives. Au niveau graphique et si l'on veut avoir une chance de goûter un tant soit peu La Cruz del diablo, il faut se contenter de deux ou trois flashbacks mettant en scène les exactions des membres de "L'ordre du Temple". À ce niveau, John Gilling se montre moins généreux que ne put l'être Amando De Ossorio, encore que la tétralogie en question n'a jamais été marquée du sceau des outrances graphiques sanglantes. Le spectateur repassera également pour la sensualité qui émanait de cette même tétralogie. Finalement, autant Gilling que De Ossorio ont chacun à leur manière tenté de peaufiner l'ambiance. Disons que chez De Ossorio l'atmosphère faite de ruines embrumées et de cimetières à l'abandon y était plus inquiétante, là où Gilling semble encore se croire en Cornouailles, en pleine lande du Sud-Ouest de l'Angleterre. D'où une étrange impression de décalage...

 

 

De par son choix "pessimiste", le final de La Cruz del diablo demeure toutefois intéressant et distille un petit moment goûteux de mélancolie. C'est à mettre au crédit de ce singulier projet qui a également pour lui de bénéficier d'une photographie soignée signée Fernando Arribas (La Mariée sanglante, "Cérémonie sanglante", Pulsions cannibales ...) ainsi que d'acteurs qui le défendent bien, au point parfois d'en soutenir les fondations-même. Le scénario est peu crédible et contient même une énigme finale, de celle involontaire passée à la trappe en cours de route, mais, et c'est loin d'être toujours le cas, les personnages sont plutôt bien dessinés et caractérisés. Si Ramiro Oliveros (Le Miroir obscène) n'est ni Christopher Lee ni Peter Cushing, il se tire plutôt bien d'un rôle qui n'aurait pas dépareillé aux côtés d'Udo Kier dans le diptyque de Paul Morissey et Antonio Margheriti ; du reste, est-ce le fait du hasard si, ici, son personnage se nomme "Dawson" ? Rien de moins sûr... On pourrait presque en mettre une Danse macabre à couper. Eduardo Fajardo se fond comme à son habitude dans les univers, tels un caméléon dans des arcs-en-ciel, avec une telle malice ici qu'il domine l'interprétation. Carmen Sevilla fait preuve d'une forte présence tandis qu'Emma Cohen (La Semaine d'un assassin, Le Miroir obscène ...) marche sur ses traces avec talent. Seul Adolfo Marsillach, pourtant rompu aux seconds rôles hétéroclites, en fait de trop, fanfaronnant parfois-même à contre-courant jusqu'à vendre la mèche.

 

 

Bref, La Cruz del diablo n'est ni bon ni mauvais, il est un peu des deux à la fois. Toutefois, malgré ses faiblesses, il se laisse voir. Certes, plus comme une curiosité qu'une véritable réussite ; cependant, c'est aussi ces aspérités qui le rendent relativement intéressant, lui évitant même de ne distiller qu'ennui.

 

Mallox

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