Opération Marrakech
Titre original: Our man in Marrakech
Genre: Comédie , Aventures , Espionnage
Année: 1966
Pays d'origine: Royaume-Uni
Réalisateur: Don Sharp
Casting:
Tony Randall, Senta Berger, Terry-Thomas, Herbert Lom, Klaus Kinski, Wilfrid Hyde-White, Margaret Lee...
Aka: Bang! Bang! You're Dead! (USA)
 

Alors qu'il est en voyage d'affaires au Maroc, André Jessel (Tony Randall) découvre avec effroi un cadavre dans sa chambre d'hôtel. Il s'avère que le défunt est le fiancé de Kyra, sa voisine de palier (Senta Berger). Face à la panique de la jeune femme, André accepte de l'aider à cacher le corps. Un acte généreux qui va faire de lui la cible d'un gang d'escrocs...

 

 

On connaît davantage Don Sharp pour ses livraisons horrifiques, notamment au sein de la prestigieuse Hammer. Le Baiser du vampire avait su, dès 1962, démontrer son talent, livrant alors une variation originale sur un thème qui sera très vite rabâché, jusqu'à tomber dans la parodie pas toujours volontaire. On le connaît également pour sa suite honorable de "La mouche noire", "La malédiction de la mouche" ainsi que, entre autres films dits de genre, Psychomania, mélange original et astucieux de bikesploitation et de sorcellerie (à laquelle s'était déjà adonné le réalisateur avec "Witchcraft" en 1964. C'est après un film d'aventures tout juste correct, "Les pirates du diable", un surprenant "Raspoutine, le moine fou", et entre deux Fu-Manchu ("Le masque de Fu-Manchu" / "Les 13 fiancées de Fu Manchu") que ce dernier s'attelle à cet espèce d'eurospy mâtiné de screwball comedy. On y retrouve une pléiade d'acteurs talentueux dont, en couple vedette, Senta Berger, immortalisée au préalable par Peckinpah et son "Major Dundee", ce juste avant d'enchaîner les opérations de plus ou moins bonne augure : en témoignent sa présence juste après dans le pénible Opération opium et un bien meilleur "Operation San Gennaro" signé Dino Risi. Quant à Tony Randall, on le connaît surtout pour avoir explosé dans "La blonde explosive" chez Frank Tashlin où, du reste, il fit des merveilles avant de se voir confiner à la seule comédie pour cause de physique cartoonesque.

 

 

Ne nous y trompons pas, malgré son titre original évoquant tout à la fois Notre homme Flint (tourné quasi en même temps) et un opus de James Bond, c'est chez Hitchcock qu'il faut chercher des similitudes. Rappelons d'ailleurs, et ce n'est probablement pas un hasard, que Don Sharp livra à la fin des années 70 un remake des " 39 marches", dont on retrouve ici quelques traces. Our man in Marrakech n'est finalement rien d'autre qu'une resucée se voulant très exotique de "L'homme qui en savait trop". Malheureusement, on ne peut pas dire qu'ici la sauce prenne ni que les cymbales s'emballent outre mesure, vu que ce faux suspense avance au même rythme qu'un dromadaire dans un souk bondé.


On aura beau évoquer le kitsch des décors, la tentative louable de marier humour, comique de situation, le tout dans une course folle contre la montre logiquement remplie de péripéties, de louer le charme que dégage cet eurospy pseudo-comique, patine aidant, et doté semble-t-il d'un budget correct, que cela ne suffira pas à le rehausser. Opération Marrakech est un film complètement raté dans lequel le couple vedette gesticule à tout va, en faisant des tonnes, afin de dynamiser l'ensemble, lui donnant des allures de cartoon en plus de screwball comedy... une ambition pour tout dire ratée.

 

 

Le pire, finalement, est que jamais son casting, pourtant fait d'acteurs de talent, ne le rattrape, bien au contraire. Alors soit, Margaret Lee, aperçue avant chez Fulci dans Gli imbroglioni et I maniaci, et qui semblait se spécialiser alors dans l'eurospy ("Fureur sur le Bosphore", "New-York appelle Superdragon", Le carnaval des barbouzes) apporte, le peu qu'on la voit, une sacrée présence et même un sacré plus, mais pour le reste, la direction d'acteurs achève de faire de Our man in Marrakech un film médiocre dont l'on se désintéresse assez vite. Herbert Lom n'y semble faire qu'acte de présence, façon pâle copie du commissaire Dreyfus ("Quand l'inspecteur s'emmêle") ; il collaborera du reste à nouveau avec Don Sharp pour "Le Manoir des fantasmes". Terry-Thomas est au diapason avec le jeu et le non-charisme total de notre anti-héros vedette... Disons qu'il passe telle une caravane dans un désert sans mirage, mais le pire est le sérieux caricatural du personnage campé par Klaus Kinski, lequel surjoue sans démentir avec, à ses côtés, des acteurs qui restent dans un trip bon enfant. Il faut le voir effectuer des filatures, ici tellement discrètes qu'on ne voit que lui à l'écran ! C'est ce qu'a par ailleurs à offrir de plus drôle cette bien pâle livraison de Don Sharp. Hélas ce n'est pas volontaire...

 

 

Bref, cette bâtardise produite par Harry Alan Towers, hormis la superbe photographie due à Michael Reed ("Dracula, prince des ténèbres", The Gorgon), ne contentera que peu de monde. Molle, rapidement déclinante et comme cellophanée, cette pellicule offrira une érection de courte durée en plus d'être stérile niveau plaisir procuré, puis de tirer en plus à blanc lorsqu'elle se fait plus sérieuse. Un splendide ratage dont il reste, après coup, un ou deux plans de poignards plantés dans des colonnes vertébrales. C'est-à-dire bien peu de choses...

 

Mallox

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