Pirates du Mississippi, Les
Titre original: Die Flußpiraten vom Mississippi
Genre: Euro-Western (hors spagh) , Piraterie
Année: 1963
Pays d'origine: Allemagne (RFA) / Italie / France
Réalisateur: Jürgen Roland
Casting:
Hansjörg Felmy, Horst Frank, Brad Harris, Sabine Sinjen, Dorothee Parker, Tony Kendall, Barbara Simon, Dan Vadis...
Aka: Pirates of the Mississippi
 

Sur le Mississippi, au 19e siècle, un radeau transportant des immigrants vers l'ouest est brutalement assailli par des pillards qui tuent tous les occupants de l'embarcation. Parmi les victimes se trouve la jeune et blonde fiancée de James Lively. Depuis ce jour, Lively s'est juré de retrouver ses meurtriers, mais ses recherches ont été vaines. Pour le moment, il parcourt le territoire des cherokees dont le chef, Aigle Noir, est son ami. Pendant ce temps, la bande des "pirates du Mississippi", menée par le capitaine Kelly, s'attaque à la banque de la cité d'Hellena. Le hold-up sanglant laisse un des bandits sur le carreau et plusieurs habitants de la ville, dont son shérif. Tom Quincy, un étranger arrivé depuis peu à Hellena, est pris pour un des "pirates" et manque d'être lynché, mais il est sauvé par l'arrivée opportune de Lively (que sa renommée précède), qui par la même occasion accepte le poste de shérif de la bourgade...

 

 

Tourné peu de temps après la sortie de "Le trésor du lac d'argent", dans le but de tirer parti de l'extraordinaire succès public de ce dernier (et de battre de vitesse la suite officielle), Les Pirates du Mississippi serait donc (si on met de coté une adaptation de Blaise Cendrars datant de l'entre-deux-guerres) le deuxième (chronologiquement) western allemand, précédant de quelques mois La Révolte des Indiens apaches. Mais le présent métrage est en marge de la série des Winnetou, d'une part parce qu’il ne s'agit pas d'une production Rialto, d'autre part parce qu'il n'est pas une adaptation d'une oeuvre de Karl May, mais d'un roman de son modèle et précurseur Friedrich Gerstäcker.
Contrairement à May, Gerstäcker, né un demi-siècle plus tôt, mena une vie aventureuse dans l'ouest américain et ses récits de voyages eurent dans la première moitié du 19e siècle un grand retentissement dans tout le "monde" germanophone. C'est de ses propres expériences qu'il tira la matière de son œuvre romanesque, dont "Die Flußpiraten vom Mississippi", feuilleton en plusieurs volumes qui inspira très (mais vraiment très) librement ce film ci, qui ne conserve de sa source littéraire que son "méchant" principal (et véritable héros du roman), le très charismatique capitaine Kelly.

 

 

Bon, disons-le tout net, Les Pirates du Mississippi est un sympathique petit film d'aventures qui se laisse regarder mais qui, pour reprendre l'expression proverbiale, ne casse pas trois pattes à un canard, et est même très en deçà de la série des Winnetou. A vrai dire, le film vaut surtout pour la prestation d'Horst Franck en capitaine Kelly. Horst Frank éclipse sans peine tout le reste de la distribution de même que son personnage, le seul réellement bien écrit, écrase tout le film. Franck / Kelly annonce d'ailleurs d'une certaine manière le spaghetti western : anti-héros parfait n'hésitant pas à abattre ses complices, abandonner sa maîtresse, berner tout son monde, tout en conservant en toutes circonstances une élégance aristocratique et une autorité naturelle. Mais ce déséquilibrage en faveur du méchant est en grande partie involontaire (si ce n'est quelques réminiscences de l'oeuvre littéraire) et n'est dû qu'au talent et à l'aura de son interprète. Trop peu, de toute manière, pour faire de ce métrage un film novateur, car il se contente de reprendre les recettes du moment, celle de "Le trésor du lac d'argent", bien sûr, en faisant de son héros une sorte d'Old Shatterland et en introduisant un simili Winnetou, mais aussi celles du Krimi avec son whodunit sorti un peu de nulle part. Seulement ces recettes, il les applique de façon plutôt maladroite et souvent artificielle.

 

 

Pour le reste, on dira que le scénario n'évite ni les incohérences ni les facilités, et qu'à la réalisation Jürgen Roland, dont le principal titre de gloire est d'avoir tourné deux Krimi pour la Rialto (dont le deuxième chronologiquement, comme pour les sauerkraut western) et "le" film de mafia allemand (Salopards en enfer), n'est pas Harald Reinl, et ici les scènes d'action laissent un peu à désirer.
Côté casting, c'est plus réjouissant, avec bien sûr Horst Frank, sur lequel je ne reviendrai pas, mais aussi quelques futurs piliers du cinéma de genre allemand ou italo-germanique. On peut ainsi voir pour la première fois réunie le futur duo des "commissaires X" et Trois fantastiques Supermen, Tony Kendall (Luciano Stella) et Brad Harris. Le premier dans un petit rôle d'ersatz assez bas du front de Winnetou, qu'il arrive à faire passer grâce à son charisme naturel, le second dans le rôle plus conséquent du comparse musculeux du héros où, usant de sa seconde casquette de coordinateur de cascades, il nous gratifie de nombreuses bagarres qui tirent en longueur (et vers l'ennui) la plupart du temps, contre un autre échappé du péplum, l'impressionnant par la carrure (et la tête d'abruti, sans vouloir être méchant) Dan Vadis.

 

 

Dans le rôle assez transparent du héros, reconnaissons que Hansjörg Felmy s'en sort relativement bien. Si sa notoriété n'a jamais dépassé les frontières de l'Allemagne, Hansjörg Felmy n'en figure pas moins au panthéon du Krimi pour deux raisons: d'abord parce qu'il fut le seul acteur principal récurrent (trois fois sur 7 films, ou 8 en comptant le remake signé Jess Franco) des Bryan Edgar Wallace de la CCC ; ensuite parce qu'il reste, à tout jamais, le dernier héros d'un Krimi Rialto "pur jus" avec La Morte de la Tamise. Dans les années 70, Hansjörg Felmy qui, comme beaucoup d'autres acteurs germanophones, dû se replier vers la télévision à cause des difficultés économiques du cinéma tudesque, connaîtra une célébrité tardive en incarnant le commissaire Haferkamp, flic teigneux et retors, sorte d'anti Derrick.
Côté féminin, on remarquera surtout, en maîtresse du personnage d'Horst Frank, Dorothee Parker (Dorothee Glöcklen), brune vénéneuse aux faux airs de Karin Dor. Dorothee Parker était à l'époque l'épouse du producteur du présent métrage Wolf C. Hartwig, une légende du bis européen des années 60 et 70 (auquel on doit des films aussi divers que "Croix de fer", Les Vierges des mers chaudes ou encore les "Schulmädchen-Report") et, malgré un talent certain, sa carrière ne dura que le temps de son mariage. Sabine Sinjen, elle, reprend le même rôle d’ingénue effrontée que dans "Les tontons flingueurs", sauf que l'humour des deux films ne naviguant pas dans les mêmes eaux, elle est ici assez pénible.

 

 

Enfin, précisons que le film utilise les mêmes extérieurs croates que "Le trésor du lac d'argent", soit les rives de la Save, dont on ne saurait trop louer la beauté sauvage mais qui peinent à passer pour celles du Mississippi.

Sigtuna

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