Orchidée rouge, L'
Titre original: Das Rätsel der roten Orchidee
Genre: Comédie , Krimi
Année: 1962
Pays d'origine: Allemagne (RFA)
Réalisateur: Helmuth Ashley
Casting:
Christopher Lee, Adrian Hoven, Marisa Mell, Klaus Kinski, Eddi Arent, Pinkas Braun, Eric Pohlmann, Christiane Nielsen, Fritz Rasp, Sigrid von Richthofen...
Aka: The Puzzle of the Red Orchid
 

Chicago, 1960 - Dans le vaste appartement d'un immeuble de rapport, les membres du gang O'Connor sont tellement engagés dans une partie de poker endiablée qu'ils en oublient de répondre à l'appel téléphonique de "Steve l'élégant", le lieutenant d'O'Connor les prévenant d'un raid imminent du gang rival de Kerkie Minnelli. Un oubli qui leur sera fatal.
Peu de temps après Kerkie Minnelli, escorté par le Capitaine Allerman du FBI, est expulsé des États-Unis. Un avenir radieux débarrassé du grand banditisme s'annonce-t-il pour Chicago ? Nous ne le saurons pas ; par contre pour Londres, un an plus tard, les choses semblent se gâter. En effet, les riches Britanniques reçoivent des menaces de mort par courrier assorties de demandes de paiement. Serait-ce "Steve l'élégant", aujourd'hui installé en Grande-Bretagne, qui y aurait relocalisé le racket d'O'Connor ? À moins que ce ne soit Kerkie Minnelli, qui vient d'emménager dans la capitale du Royaume-Uni avec sa bande. Ou peut-être bien les deux, car les millionnaires ne tardent pas à tomber comme à Gravelotte, de même que les bandits américains dans ce qui ressemble à une nouvelle guerre des gangs.

 

 

Parmi les Edgar-Wallace-Filme de "l'âge d'or" du genre, L'orchidée rouge est celui qui fit le plus faible score au box-office allemand. Un résultat qui ne doit pas tant à la valeur intrinsèque du film qu'à un mauvais timing de sortie. Une version doublée anglaise, paraît-il désastreuse (à laquelle Christopher Lee n'a pas participé, alors qu'il utilise sa propre voix dans la version originale) achevant de donner à ce film une mauvaise réputation auprès, si ce n'est du grand public, disons des "non germanophones amateurs occasionnels de Krimi", ce qui est relativement injuste. Car même si elle ne fait pas partie des plus grandes réussites du genre, L'orchidée rouge n'en constitue pas moins un très honnête divertissement, à condition de n'être pas hermétique à son humour à la fois "noir" et "bon enfant". En effet, si L'orchidée rouge respecte tous les codes du Krimi, on est plus ici dans la comédie policière que dans le thriller ou le "mystery", mais on n'est pas pour autant dans la parodie lourdaude ou le second degré ricanant. D'une certaine manière L'orchidée rouge réussit là où L'archer vert avait lamentablement échoué : créer une (légère) distanciation ironique tout en étant un vrai Krimi respectueux du genre.

 

 

Dixième Edgar-Wallace-Filme et premier Krimi Rialto de l'année 1962, L'orchidée rouge avait été pourtant planifiée pour sortir après La porte aux sept serrures, mais cette dernière prit tant de retard en préproduction, son scénario étant toujours en cours de réécriture en décembre 1961, que ce fut finalement le présent métrage, dont le script signé par le pionnier du genre Egon Eis (sous son habituel pseudonyme de Trygve Larsen) et révisé par Gerhard Fritz Hummel (sous le pseudonyme de Piet ter Ulen) était déjà prêt, qui fut mis en chantier.
Petite digression au passage, Gerhard Fritz Hummel, un des dirigeants de la Constantin-Films, eut un grand rôle (même si son importance est difficile à quantifier car il n'est pas souvent crédité aux génériques) en tant qu'homme-orchestre dans les Krimi Rialto et son départ fin 1963 pour la télévision publique correspond, coïncidence ou pas, au début du déclin des Edgar-Wallace-Filme.
En conséquence de ce changement de planning, les acteurs initialement engagés pour jouer dans La porte aux sept serrures se retrouvent à tourner L'orchidée rouge pour honorer leur contrat. Ce qui eut pour autre conséquence, positive celle-là, que la performance assez terne d'Adrian Hoven dans le présent film donna à Heinz Drache, très convaincant deux ans plus tôt dans Le vengeur défie Scotland Yard et qui triomphait au même moment à la télévision dans une mini-série policière au côté d'un certain Horst Tappert, la chance d'être enfin engagé par la Rialto.

 

 

L'Autrichien Helmuth Ashley (c'est son vrai nom, hérité de grands-parents britanniques) fut lui par contre spécifiquement engagé pour ce film. En effet, s'il eut une première carrière de directeur photo réputé, il était un réalisateur débutant surtout connu pour son premier film, une comédie policière, "Fais ta valise Sherlock Holmes" ("Das schwarze Schaff"), première adaptation allemande des "Pères Brown" de G.K. Chesterton. C'est donc tout naturellement qu'il fut choisi pour ce film-ci.
Si sa mise en scène n'a rien ici de particulièrement notable, il faut reconnaître qu'Ashley sait insuffler le rythme nécessaire à la fois à une comédie et à un thriller, bien aidé ceci dit par la bande originale de l'excellent Peter Thomas (avec en leitmotiv une variation jazzy autour du carillon de Westminster).
Conséquence, ou pas, du succès modéré du présent film au box-office allemand, Ashley dut se replier par la suite vers les séries télévisées. Ce bide, relatif, auprès du public (un million et demi d'entrée quand même, soit moitié moins que la moyenne des Krimis Rialto) est essentiellement dû à la concurrence du premier "Bryan Edgar Wallace" de la CCC, Le secret des valises noires, sorti à peine une semaine plus tôt, ce dernier bénéficiant donc de l'avantage de la "primogéniture" malgré un indice de satisfaction inférieur de la part des spectateurs.

 

 

L'une des conséquences du rééquilibrage de ce film-ci, par rapport à un Krimi standard, vers la comédie (et pas déséquilibrage comme dans L'archer vert), est qu'il se fait au niveau de l'intrigue au détriment du couple enquêteur / belle jeune fille en détresse (héritière flouée), et que nous avons donc ici pratiquement un film choral sans véritable héros. Ce qui est d'autant plus vrai que nous avons ici en lieu et place du héros solitaire un duo d'enquêteurs. Rien de bien nouveau en matière de Krimi me direz-vous, tant le duo d'enquêteurs y est courant (même en mettant de côté l'association entre le héros détective et son faire-valoir comique lui aussi policier, joué par Arent s'il est le subalterne du héros ou par Schürenberg s'il est son supérieur ), mais ceux-ci sont alors très dissemblables dans leur fonction (sans parler de leur physique) et l'un (en principe celui chargé de la love story) prend le pas sur l'autre (en général plus âgé). Tel n'est pas le cas ici où l'un des deux personnages incarnés par Hoven et Lee est clairement superfétatoire, et le film y aurait gagné s'ils avaient été fusionnés en un seul protagoniste.
Ajoutons à cela qu'Adrian Hoven, avec son physique passe-partout, est peut-être plus crédible en jeune premier romantique que Christopher Lee ; mais contrairement à ce dernier il manque cruellement de charisme. Ce qui n'est pas le cas d'Eddi Arent qui a ici un rôle particulièrement important, au moins en temps de présence, bien que relativement en marge de l'intrigue. Mais les personnages les plus intéressants, ce sont nos gangsters transplantés de Chicago à Londres.

 

 

En chef de gang patelin et cauteleux au sourire torve, exsudant par tous les pores une fausse suavité mortifère, Klaus Kinski est savoureux dans un registre inhabituel. Moins original mais tout aussi amusant, son concurrent italo-américain bourru (Eric Pohlmann) affligé d'une épouse snob (Christiane Nielsen) dont le désir de respectabilité s'accorde mal avec le "métier" de son époux mais aussi sa propre vulgarité.
Dans le rôle de l'héroïne en détresse, la grande bringue osseuse et mal fagotée dont on se dit "qu'une fois finie sa crise de croissance et quand elle prendra quelques rondeurs qui adouciront ses angles, elle risque de devenir une sacrée jolie fille parce qu'elle est déjà, malgré tout, plutôt mignonne"... et bien c'est Marisa Mell. Une Marisa Mell assez éloignée de l'Eva Kant de Danger, Diabolik.
Pour Fritz Rasp et Sigrid von Richthofen, le destin qui leur est réservé dans le film est prophétique. Naguère piliers du genre, ce sera leur ultime apparition dans un Krimi. C'est par contre pour Pinkas Braun une première apparition qui en appellera rapidement d'autres. Ici totalement à contre emploi (il avait à la base été recruté pour faire le médecin sadique dans La porte aux sept serrures) dans le rôle d'un dandy louche, il est pourtant particulièrement convaincant. Il reprendra parfois ce même genre de rôle mais rarement avec la même réussite ; il sera par contre parfait (comme souvent) dans La porte aux sept serrures en... médecin sadique.

 

 

Sigtuna

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