Secret des valises noires, Le
Titre original: Das Geheimnis der schwarzen Koffer
Genre: Krimi
Année: 1962
Pays d'origine: Allemagne (RFA)
Réalisateur: Werner Klingler
Casting:
Joachim Hansen, Senta Berger, Hans Reiser, Leonard Steckel, Chris Howland, Peter Carsten, Helga Sommerfeld, Elfriede Irrall, Stanislav Ledinek...
Aka: The Secret of the Black Trunk
 

Londres - Un touriste ventru rentre à son hôtel afin de préparer ses bagages pour son prochain départ. Arrivé dans sa chambre, il constate que ses valises sont déjà faites ; il félicite donc, un brin ironique, la femme de chambre qui passe par là pour la célérité du personnel. Mais en apprenant que ce n'est pas le client qui a fait ses bagages, la soubrette est saisie de terreur et s'enfuit en courant vers la réception. Notre touriste n'a pas le temps de revenir de sa surprise qu'il est convié fermement à quitter les lieux sur le champ avec ses bagages par le réceptionniste qui vient de lui commander un taxi. Quelques instants plus tard, dans la rue, alors qu'il s'apprête à pénétrer dans ce taxi, un lancer de couteaux particulièrement adroit fait passer ce malheureux voyageur de vie à trépas.
L'inspecteur Finch est alors rapidement prévenu de ce nouveau meurtre de l'assassin aux couteaux et aux valises car c'est lui qui est en charge du dossier à Scotland Yard. Ce qui tombe mal, c'est que ce même jour il doit recevoir la visite de son excentrique cousin écossais Arnold Wickerley. Mais il trouve ce dernier sur les lieux du crime ainsi qu'un médecin civil, le docteur Daniel Bransby, penché sur la victime...

 

 

Le succès des Edgar-Wallace-Filme de la Rialto, jamais démenti depuis la sortie du premier d'entre eux, La grenouille attaque Scotland Yard en 1959, va rapidement susciter l'envie et l'intérêt de la concurrence et plus particulièrement celle de la CCC d'Artur Brauner. Dans un premier temps, en 1960, pour profiter de cette déferlante "krimesque", Brauner décide de ressusciter une autre franchise "mystery", celle des "Docteur Mabuse". Mais malgré un succès certain et l'utilisation de réalisateurs prestigieux, ses films plus orientés fantastique que policier ne sont pas une réelle concurrence pour les "Edgar Wallace". Brauner a jusque-là préféré éviter la confrontation frontale avec Preben Philipsen et son puissant réseau de distribution (les "Docteur Mabuse" seront même distribués par la Constantin Film de Philipsen). Mais en 1961, l'arrivée à la tête de la Rialto d'Horst Wendlandt, un transfuge de la CCC parti en très mauvais termes avec Brauner, en remplacement de Philipsen, change la donne. Désormais, Brauner va faire tout ce qui est possible, en restant dans les limites de la légalité, pour profiter de la manne Edgar Wallace. Mais pour avoir plus que les miettes du gâteau, et cela Brauner l'a bien compris, il lui faut pouvoir utiliser le nom, pour ne pas dire la marque, "Edgar Wallace". Or les droits des romans sont tous (à deux exceptions près) en possession de la Rialto. Alors, que faire ?

 

 

Si vous n'avez pas trouvé la réponse, c'est que vous n'avez pas l'esprit assez retors pour devenir un grand producteur. Elle est pourtant simple : il suffit de trouver un homonyme, de préférence un parent proche, et de lui acheter non seulement tous les droits passés, présents et à venir de sa production littéraire, mais aussi et surtout le droit d'utiliser son nom pour n'importe quel scénario original auquel il n'aurait pas participé. Or, il se trouve que si la fille d'Edgar Wallace a hérité des droits des oeuvres de son père, ce dernier a aussi eu un fils qui s'appelle lui aussi Edgar Wallace. Bon, en fait il s'appelle Bryan Edgar Wallace, mais ce n'est pas plus mal, ça permet d'éviter les procès tout en bernant le vulgum pecus. Que Bryan Edgar, diplomate de profession, n'ait jamais rien publié au moment de la signature du contrat, cela n'a guère d'importance ; c'est son nom que l'on achète, rien d'autre. D'ailleurs, son premier roman, "Death Packs a Suitcase" (une histoire de chantage à la bombe atomique), qui sortira quelques mois avant Le secret des valises noires et qui est parfois présenté comme étant la source du scénario du film, n'a de commun avec celui-ci que le mot "valise" dans le titre.
Ce sera d'ailleurs, à l'exception notable de Mabuse attaque Scotland Yard, toujours le cas par la suite : non seulement Bryan Edgar Wallace n'a en aucune manière participé au scénario des films pour lesquels il est crédité au générique mais en plus ils ne sont en aucune façon une adaptation de ses écrits.

 

 

Le secret des valises noires a donc bien un scénario original, écrit sous le pseudonyme de Percy Allen par Gustav Kampendonk, déjà coauteur d'un autre Krimi non Rialto, Le vengeur défie Scotland Yard. Enfin, par original il faut comprendre non adapté d'une oeuvre littéraire, parce que pour le reste le scénario ne fait pas preuve d'une énorme originalité et semble être une synthèse des Edgar-Wallace-Filme de la Rialto avec sa double intrigue : crimes en série d'un côté, mystères familiaux et trafic de drogue de l'autre. Avec aussi, en plus du couple de héros et des personnages louches, l'indispensable rôle comique "à la Eddi Arent" ainsi que, lors du générique de début, des plans-séquences touristiques de la capitale britannique. Le scénario fait d'ailleurs surtout penser à une combinaison entre Le narcisse jaune intrigue Scotland Yard et La grenouille attaque Scotland Yard.
Bref, on est en territoire connu et si la réalisation de Werner Klingler n'a pas le brillant de celle du Vohrer des débuts, ni le dynamisme de celle de Reinl, elle soutient largement la comparaison avec les mises en scène de Rolland ou du tout venant des cinéastes de la Rialto. Non, ce qui différencie vraiment Le secret des valises noires d'un Edgar-Wallace-Filme pur jus c'est son interprétation. Car pour les mêmes raisons qui font que l'on retrouve la plupart du temps les mêmes têtes dans les Krimis Rialto (l'attachement contractuel des acteurs à cette dernière ou à la Constantin-Films), aucun de ces visages habituels n'est ici présent.

 

 

Pour autant, les acteurs de ce Secret des valises noires ne sont ni des inconnus, ni dépourvus de talent, un constat qui vaut surtout pour le couple de héros (Joachim Hansen, Senta Berger) pour qui ce sera leur première et seule expérience en matière de Krimi (au sens français du terme). On ne présente plus l'Autrichienne Senta Berger, 21 ans à l'époque, pas encore rousse mais avec déjà une carrière conséquente dans le rôle de la jolie jeune fille au sein des productions de la CCC, carrière qui n'allait pas tarder à prendre une dimension internationale. Joachim Hansen (Spieler de son vrai nom) était à l'époque l'un des jeunes premiers du cinéma allemand. Ayant débuté en même temps et dans le même film qu'Horst Frank et Hansjörg Felmy (qui oeuvreront eux aussi, plus tard, dans le Krimi non officiel), "Der Stern von Afrika" (une biographie du plus célèbre as de la Seconde Guerre mondiale), il campe ici un détective plus juvénile et moins dans la coolitude ou l'empathie que ceux incarnés par Fuchsberger ou Drache, mais tout aussi crédible.
Les seconds rôles sont par contre, dans l'ensemble, moins charismatiques que le standard habituel des films Rialto. L'exception étant Peter Carsten (né Ramsentaler et ayant sacrifié lui aussi à la mode des pseudos à consonance danoise régnant dans le cinéma allemand des années 50), ici grimé mais dont le physique puissant (voire bestial) et la blondeur de lin passent difficilement inaperçus. Physique qui le condamna à jouer la brute (Le dernier train du Katanga, "Sherlock Holmes contre Jack l'éventreur") ou le brave type mal dégrossi comme dans la trilogie antimilitariste "08/15" où il débuta en même temps qu'un certain Joachim Fuchsberger (le terme "08/15" désignant au départ un modèle de mitrailleuse devenu obsolète, signifiait dans l'argot militaire allemand : matériel, ou troupe, de seconde zone).

 

 

A vrai dire, le principal défaut de ce Secret des valises noires c'est son ersatz d'Eddi Arent, surtout que celui-ci a un rôle particulièrement important. Il ne suffit pas d'avoir perpétuellement une tête d'ahuri et un accent "so british" pour être drôle, et ça Chris Howland nous le démontre amplement dans ce film. A sa décharge, Chris Howland n'est pas un acteur à la base (et c'est la deuxième chose qu'il nous démontre ici amplement). Disc-jockey star de la radio allemande, ayant débuté au cinéma dans son propre rôle où quasiment dans les films "musicaux" des années 50, sa vague ressemblance avec Arent et son accent "rigolo" vont lui assurer une place "d'Eddi Arent du pauvre" dans les Krimis, et d'anglais excentrique dans les "sauerkraut westerns" de la décennie suivante.
Le secret des valises noires sortira une semaine avant L'orchidée rouge, le premier des Edgar-Wallace-Filme officiels de l'année 1962. Le succès au box-office allemand des deux films s'en ressentira, mais c'est surtout le second, malgré un indice de satisfaction supérieur de ses spectateurs, qui souffrira de cette concurrence et ça, pour Brauner, ce sera bien l'essentiel.
Dix ans plus tard, Jess Franco "remakera" ce film, toujours pour le compte d'Artur Brauner, avec "Der Todesrächer von Soho" et le légendaire Horst Tappert. Le secret des valises noires sera par ailleurs le seul Krimi à avoir connu une distribution en vhs en France.

 

 

Sigtuna

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