Ferme de la terreur, La
Titre original: Deadly Blessing
Genre: Horreur
Année: 1981
Pays d'origine: Etats-Unis
Réalisateur: Wes Craven
Casting:
Maren Jensen, Sharon Stone, Susan Buckner, Jeff East, Colleen Riley, Douglas Barr, Lisa Hartman, Ernest Borgnine, Michael Berryman...
Aka: Benedizione mortale
 

A la suite de la mort suspecte de son mari, Martha Schmidt devient témoin de phénomènes de plus en plus inexpliqués et effrayants. Il est vrai qu'à proximité de chez elle s'est installée une étrange communauté religieuse : les Hittites. Ces derniers vivent en autarcie et refusent toute technologie moderne car ils y voient des manifestations du Démon. L'arrivée des amies de Martha ne vont pas arranger les choses !

 

 

Disparu il y a peu de temps, Wes Craven s'est vu offrir une couverture médiatique qu'il n'aura jamais connu de son vivant (même le journal de TF1 en a parlé !). Paradoxe pour un réalisateur qui a toujours divisé les aficionados du genre. En effet, si on reconnaît l'efficacité de La dernière maison sur la gauche et de La Colline à des yeux, ainsi que l'originalité des "Griffes de la nuit", beaucoup n'ont pas digéré la trahison des "Scream" (et les effets collatéraux qui en découlèrent) ; certains allant jusqu’à douter de l'intégrité du réalisateur envers le fantastique, en argumentant avec l'innommable "Music of the Heart".
On oublie souvent que Craven est un autodidacte et que le cinéma n'était pas une vocation chez lui, d’où peut être cette distanciation qu'il prendra sur certains films. Pourtant, il faut reconnaître chez le réalisateur une efficacité redoutable que l'on retrouve dans la plupart de ses films.
Suite au diptyque La Dernière maison sur la gauche et La Colline a des yeux, Craven signe un téléfilm avec Linda Blair "Summer of Fear" puis travaillera un an sur "Marimba", une histoire de drogue produite par des Italiens. Mais l'argent de la production disparaît en une nuit, ce qui provoque le renvoi du réalisateur aux États-Unis. De retour au pays, il s'attelle à l'adaptation de La Créature du marais. Mais le projet stagne (dans les marais ?). C'est alors que le producteur de "Summer of Fear" demande à Craven de l'aider à réécrire le scénario de Deadly Blessing. De fil en aiguille, le projet de "la créature" tardant à se développer, on propose à Craven de réaliser Deadly Blessing. En attendant, le réalisateur accepte ; voilà pour lui une occasion de toucher un plus large public. Finie donc la violence barbare de ses précédents films, le but ici est de (dé)montrer que Craven peut aussi se conformer aux codes du genre.

 

 

L'histoire peut paraître des plus convenues (des jeunes femmes dans un lieu isolé, harcelées par un mystérieux inconnu), car peu de choses semblent démarquer La Ferme de la terreur de ses concurrents sortis à la même époque, comme "Graduation Day", Happy Birthday to Me, "Hell Night" ou "Friday the 13th Part 2", mais Craven (en bon stratège) compte sur un atout de poids avec la présence d'une communauté de Hittites (une version puissance dix des Amish). Grâce à leur dédain pathologique pour la technologie et les plaisirs de la chair (imaginez leur réaction face à un vibromasseur), le niveau de tolérance déjà assez bas des slashers (tu baises, t'es mort !) est ici proche du zéro. Le fait de toucher une machine à café vous condamne à une mort certaine.
Imaginez donc l'effet lorsque deux amies de Martha arrivent pour la réconforter (Susan Buckney et Sharon Stone ). Les pauvres Hittites se retrouvent alors propulsés en tête de liste des suspects potentiels, la présence de Michael Berryman (plus grimaçant que jamais) et d'Ernest Borgnine (plus intolérant qu'un djihadiste) dans leur rang ne faisant qu'aggraver les choses. Ainsi, à la minute où la belle Susan Buckner décide de faire son jogging en mini-short et tee-shirt bien moulant, on sait qu'elle ne finira pas le film (ce qui est bien dommage !), surtout que la belle conduit une Ford Mustang rouge (elle aussi, on sait qu'elle ne finira pas le film!).

 

 

C'est donc en prenant le parti pris du premier degré que le réalisateur aborde son film. Terminée la sauvagerie de ses premières œuvres, le réalisateur (inhibé par le tournage pour la télévision de "Summer of Fear") atténue le côté sanglant au profit du suspense (caméra subjective) et de scènes oniriques (le rêve de Sharon Stone avec l'araignée tombant dans sa bouche), préfigurant ses futures réalisations (dont un certain Freddy). Craven se montre particulièrement efficace dans les scènes d'épouvante, en remplaçant l'hémoglobine par des phobies réelles (araignée, serpent...) ou imaginaires (incube). A ce titre, le générique d’ouverture est d'une efficacité redoutable, composé de photos de la secte passant progressivement du noir et blanc à la couleur. Il nous montre la non évolution de la communauté au cours des siècles, pour enfin s'arrêter à notre époque. En arrière fond (mais très au fond !), on peut même déceler une petite critique sur la religion et les fondamentalistes. Alors que le commun des mortels enfouit sa peur au plus profond de sa conscience, les Hittites semblent vivre constamment sous son emprise (ce qui est le fondement des sectes, entretenir la peur pour confirmer leur existence). Mais Craven n'approfondit jamais son propos, préférant l'efficacité immédiate. Il enchaîne les scènes choc avec une régularité de métronome et nous offre un petit film bien sympathique, aidé en cela par une excellente et efficace partition de James Horner (qui copie sans vergogne le magistral The Omen de Jerry Goldsmith).

 

 

Pour son casting Craven, qui avait toujours travaillé en autarcie, se voit confronté aux desiderata de ses producteurs qui exigent des noms pour pouvoir vendre leur film a la télévision. Le choix d'Ernest Borgnine aura tôt fait d'apaiser les investisseurs, l'acteur étant une valeur sûre à l'époque ("Le Trou Noir", "New-York 1997", "Le Jour de la fin du Monde", "Convoy", La Poursuite sauvage). Les trois personnages féminins sont interprétés par des actrices télégéniques : Maren Jensen (Athena dans la série "Battlestar Galactica"), Susan Buckner ("Grease") et une jeune débutante, une certaine Sharon Stone ("Police Academy 4"). Ce sera le dernier film pour Maren qui arrêtera sa carrière à cause de la mononucléose. Depuis, de nombreuses rumeurs courent à son sujet (elle serait en prison à Hawaï pour meurtre !). En fait, la belle vivrait paisiblement à New-York avec sa fille. Par contre, on ne sait pas pourquoi Susan Buckner a elle aussi arrêté sa carrière, mais ce sera également son dernier film. Petite anecdote : pour les scènes de nudité, une danseuse topless est engagée pour doubler Maren Jensen ; idem pour la scène de la baignoire où l'actrice n'a jamais mis les pieds (sauf la tête qui dépasse grâce à un ingénieux système de double fond). D'ailleurs, lors de la scène totalement gratuite où Maren est censée mettre sa robe de nuit (sous le regard concupiscent de Michael Berryman), on remarque l'apparition soudaine d'une petite culotte lorsque l'actrice cesse d'être doublée !

 

 

Malmené depuis des années, La Ferme de la terreur est pourtant un petit film d'horreur particulièrement réussi et soigné (mouvements de caméras, montage, photographie). Il est souvent oublié dans la filmographie de Craven. Pourtant ce film est une agréable surprise (Craven fera bien pire par après !) qui ne contraste nullement avec les autres oeuvres du réalisateur ; ce qui est une réussite en soi puisque le projet n'était pas prévu à l'origine pour Craven.

Thématiquement, Craven reste dans la continuité de ses précédents films (la régression) qui s'attardaient sur l'affrontement entre un groupe de personnes "normales" et une menace plus sauvage, matérialisée soit par des cannibales, des meurtriers ou des fanatiques. La menace semble ici représentée par une communauté religieuse régressive (le Hittites) qui incarne les penchants les plus conservateurs et puritains de l'Amérique profonde, mais en fait le danger viendra d'une toute autre déviance !

 

 

 

The Omega Man

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