Firestorm
Titre original: Fung bou
Genre: Polar , Thriller , Action
Année: 2013
Pays d'origine: Hong Kong
Réalisateur: Alan Yuen
Casting:
Andy Lau, Yao Chen, Gordon Lam, Hu Jun, Ray Lui, Philip Keung...
Aka: Fēng Bào / Fung1 Bou6 / 風暴 / 风暴
 

Lui Ming-chit, inspecteur de police cynique, cherche à arrêter Cao Nan, le leader d’un gang de braqueurs. Le policier est déterminé à employer tous les moyens à sa disposition, quitte à mettre en danger son indicateur infiltré.

 

 

Après la mort de Bruce Lee, et la vague des films de karaté qui en suivit, le cinéma de Hong Kong a rebondi de manière inattendue en devenant la nouvelle référence du polar urbain ; mais une date fatidique s'affichait de plus en plus comme une deadline : 1997 et la rétrocession à la Chine. A l'entame des années 90, la peur de cette rétrocession va entraîner une vague de départs vers les États-Unis (John Woo, Ringo Lam, Jet Lee, Chow Yun-Fat...), l'explosion de la catégorie III et une banalisation de la médiocrité. Comme dit le dicton, le malheur des uns fait le bonheur des autres, et c'est maintenant la Corée qui gagne ses galons sur l'échiquier du polar. Mais si les scénarios gagnent en complexité et s'humanisent, aucun polar n'a jamais atteint la simplicité et l'efficacité des polars chinois, d'un point de vue action et spectacle.
Car, on a beau dire, les Chinois sont des "entertainers" dans l'âme, et jamais un autre pays n'a pu atteindre cette abnégation au service du cinéma. C'est presque un sacerdoce ou chaque chaînon (de l'acteur au machiniste) intervenant dans la réalisation donnait le maximum de lui, au point que l'on ne pouvait considérer une cascade comme réussie qu'au prorata des blessés !

 

 

Cette époque est bien révolue, les conditions de tournage sont devenues beaucoup moins artisanales et plus professionnelles ; et surtout les effets numériques ont aussi envahi la Chine. La rétrocession s'est passée en douceur, les Chinois préférant prendre exemple sur le système économique de Hong Kong. Paradoxalement, le cinéma de Hong Kong, qui croyait pouvoir conquérir enfin la Chine, s'est vu désavantagé au profit de productions continentales produites à Shanghai (ancienne capitale du cinéma chinois dans les années 30) en langue mandarin (alors que les films de Hong Kong sont tournés en cantonnais), avec d'anciennes stars locales comme Tsui Hark ou John Woo tournant des épopées à la gloire de l'empire (genre "La bataille de la Montagne du Tigre").
Bref, ceux qui restent essayent tant bien que mal de survivre sur les cendres du passé. Heureusement, le star-system fonctionne encore et des noms comme Andy Lau ou Jackie Chan attirent toujours le public local de ce côté du globe.
Après avoir connu son heure de gloire (avec le magasine HK), le cinéma chinois est rentré dans le rang et se dilue dans la morosité ambiante, même s'il reste évidemment Internet et ebay, qui permettent aux plus accros de s'approvisionner. Et puis, de temps en temps, sort un film comme ça... sans prévenir. C'est le cas de Firestorm, production de 2013.

 

 

Rien n'a changé depuis que John Woo a instauré les règles du polar. Seules les balles traçantes font leur apparition, grâce aux effets numériques. De toute façon, le réalisateur ne compte pas révolutionner le genre. Il se contente de marcher dans les pas de ses prédécesseurs, un peu de Woo et beaucoup de Michael Mann. Ce dernier ayant carrément établi les nouvelles règles du gunfight avec "Heat", "Miami Vice" et "Public Enemies", et que l'on retrouve aussi dans son dernier film : "Hacker". Alors, accrochez-vous car Alan Yuen ("New Police Story") a bien retenu sa leçon, si bien que le polar devient carrément un film de guerre, comme le montre une séquence où les douilles s'empilent sur le sol à côté des cadavres. Et c'est cela que l'on aime retrouver dans le cinoche chinois, cette emphase qui tourne au délire. On canarde sec, le héros n'hésite pas et descend tout ce qui bouge (au risque de toucher des innocents). A défaut d'un charismatique Chow Yun Fat ou d'un fougueux Tony Leung, on doit se contenter de Andy Lau, chanteur pop ultra populaire en Asie reconverti dans le cinéma, pour lequel il devient l'un des champions du box-office HK, notamment en duo avec l'actrice Rosamund Kwan (The Adventurer, "The Sting", "Crocodile Hunter"...). L'acteur est pourtant la bonne surprise du film dans son rôle de policier borné ; il réussit une belle prestation toute en ambiguïté, loin des mimiques exagérées de certains de ses compatriotes, héritage de l'Opéra de Pékin.

 

 

On est bien loin des polars calibrés au scénario bétonné, qui explorent les tréfonds de l'âme. Dans notre cas, ce qui compte c'est l'action. Evidemment, les raccourcis et les incohérences sont légions ; mais soyons honnête on s'en bat le popotin, on nous a vendu la chose comme un film d'action bourrin et le réalisateur a bien l'intention de remplir son cahier des charges en réduisant une partie de Hong Kong en ruines. Quoi de plus normal, entre des méchants et un flic qui sont prêts à tous les coups pour gagner, même si cela doit se solder par la mort de plusieurs innocents.
Néanmoins, les scénaristes savent comment faire pour excuser les faux pas du héros, et lui opposent des méchants à peine esquissés mais qui n'hésitent pas à balancer une petite fille autiste par la fenêtre. La pauvre décédera dans la voiture du policier, un vrai laisser-passer pour le carnage final. Les flics ne sont guère mieux lotis. Entre les ivrognes, les joueurs compulsifs ou les divorcés, le film est loin de donner une image vertueuse et exemplaire de la police. Tout ce grouillot d'humanité se retrouve dans la plus cosmopolite des villes chinoises. La propagande nationaliste des productions contemporaines continentales n'a pas cours ici, seul compte le résultat et les dommages collatéraux seront nombreux.
On aurait pu tomber sur le "A Toute Epreuve/Hard Boiled" du 21 siècle... mais c'était sûrement trop demander !

 

 

The Omega Man

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