Witch Who Came from the Sea, The
Genre: Horreur , Thriller , Drame , Rape and revenge , Psycho-Killer
Année: 1976
Pays d'origine: États-Unis
Réalisateur: Matt Cimber
Casting:
Millie Perkins, Lonny Chapman, Vanessa Brown, Peggy Feury, Jean Pierre Camps, Mark Livingston, Rick Jason, George Buck Flower, Roberta Collins, Stafford Morgan, Richard Kennedy...
Aka: La Sorcière qui venait de la mer (trad lit) / A Bruxa Que Veio do Mar (Brésil)
 

Molly (Millie Perkins) est perturbée. Très perturbée. Serveuse dans un petit bar de la côte californienne, elle est devenue passablement alcoolique mais aussi une grande consommatrice de médicaments et de psychotropes. Molly entend des voix, même lorsqu'elle est devant la télévision diffusant une publicité vantant les rasoirs pour hommes. Molly trompe sa solitude et son manque de maternité en gardant régulièrement ses deux jeunes neveux. Souvent elle les amène à la plage où elle fantasme sur des footballeurs bodybuildés, scrutant leur slip de bain moulant leur sexe de manière affriolante. Molly rêve même parfois de les séduire, par deux, de les emmener dans un motel, puis de les attacher de façon ludique avant de les castrer. Faut dire que Molly est hantée par le souvenir d'un père, marin au long cours, rustaud alcoolique qui la violait enfant, de façon répétée...

 

 

Longtemps classé dans les vidéo nasty, pour obscénité de fond comme de forme, The Witch Who Came from the Sea fait partie de ces bobines insolites qui ne méritaient pas un tel traitement (outre son interdiction au Royaume-Uni, la version qui a longtemps circulé était expurgée de près de cinq minutes). Après tout, l'histoire n'a rien de très choquante et n'est d'ailleurs pas sans évoquer "The Season of the Witch" de George Romero. Les deux films ont en commun de dresser un portrait de femme socialement aliénée. "L'héroïne" du film de Romero souffrait de confinement sociétal et se réfugiait, outre dans l'apprentissage de la sorcellerie, dans des cauchemars et des hallucinations récurrentes. Certes, le trauma du film de The Witch Who Came from the Sea est plus ancien et plus explicite puisqu'il s'agit de viols répétés sur une enfant. Mais c'est la même frustration qui est illustrée à l'écran, celle de ne pouvoir se défaire d'un carcan tout fait de solitude et de hantise et qui finit par prendre corps de façon destructrice. Des rêves, éveillés ou non, qui envahissent un quotidien confiné, au point que les seules issues pour échapper à ces spirales infernales sont l'alcool et les drogues. Cependant, il existe dans les deux films une alternative commune : transformer ces hantises et ces vues de l'esprit en des actes réels et, de fait, tuer ces visions en tuant pour de vrai.

 

 

Dans le film de Matt Cimber, le confinement géographique et sociétal, les rappels à l'ordre subconscients, le passé qui a fait du présent une prison, l'inertie et l'incapacité à réagir (la télévision et les stars du petit écran font office de vie par procuration) rythment jour après jour le quotidien de Molly. Ses visions sexuelles et sanglantes, faites de fantaisies sexuelles et de castrations sur des icônes masculines, elles-mêmes n'étant que la partie visible pour elle d'une société machiste et patriarcale, sont des fantasmes d'une vengeance qui ne demande qu'à exploser. C'est en toute logique ce qui se passe dans cet étonnant La Sorcière qui venait de la mer.

 

 

The Witch Who Came from the Sea fait partie de ces films obsédants, fascinants mais aussi heurtés et comme minés de l'intérieur, à l'instar des tourments sans fin de son héroïne. En remontant encore un peu le temps, on peut aussi lui trouver une filiation qui s'impose d'elle-même, une sorte de cordon ombilical avec le Repulsion de Polanski mais celui-ci se distingue de par son cadre côtier blafard qui le rapproche davantage encore de la folie schizophrène de Ni la mer, ni le sable de Fred Burnley.

Loin d'être un film parfait, ses qualités en font même parfois ses défauts et son budget, qui tend à le rendre un peu haché, lui ôte une part de sa teneur atmosphérique. Il n'en demeure pas un moins un petit bijou d'exploitation atypique, à la fois drame psychotique, thriller traversé de quelques outrances graphiques (peu convaincantes) et de références culturelles surprenantes comme ce tableau qui fait office de rappel, La Naissance de Venus de Botticelli, Une Venus proche de Molly enfant, née dans une mer fécondée par son père après qu'on lui a "coupé les couilles" et que sa semence s'est répandue dans les flots. Cette fameuse "sorcière qui venait de la mer" qui fait le titre du film. Celui aussi d'un tatouage de sirène, dessiné à partir du bas des reins, identique à celui qu'arborait un père incestueux, et dont on préfère se rappeler qu'il était soi-disant marin.

 

 

The Witch Who Came from the Sea doit beaucoup à son actrice principale, Millie Perkins, qui semble s'être complètement investie dans ce rôle de meurtrière en puissance. Une actrice révélée par George Stevens dans le rôle peu facile d'Anne Frank et qu'on a revu depuis chez Monte Hellman notamment ("L'ouragan de la vengeance", "Cockfighter", The Shooting...). On la retrouvera par ailleurs dans un téléfilm intéressant, lui aussi évoquant la hantise du passé et les pulsions sexuelles refoulées : Passion hantée de John Korty.
Elle est en tout cas très bien secondée par Lonny Chapman ("Le Pays de la violence","Le Jour de la fin du monde", "Les Marais de la mort" et nombre de séries TV notoires), ici en tenancier de bar qui marque lui aussi le film de sa présence un brin mélancolique, mais également de son empathie pour Molly, allant jusqu'à la couvrir dans sa fuite en avant puis de celle, plus réelle, d'une police à sa recherche.

Inutile de mentionner tout le générique mais il convient toutefois d'évoquer la présence de Vanessa Brown, jadis Anna Muir dans "L'Aventure de Madame Muir". The Witch Who Came from the Sea peut aussi se voir comme une version perverse du classique de Joseph L. Mankiewicz, la hantise se substituant au fantôme, le sexe à l'amour, tous deux situés en bord de mer avec une houle et un ressac revenant de façon obsédante, épousant les allers-retours constitués de rêves et de réalité.

 

 

Le travail de Dean Cundey en tant que directeur de la photographie (Ilsa, gardienne du harem, "Satan's Cheerleaders" avant d'oeuvrer régulièrement chez John Carpenter, ce dès "Halloween") n'est pas pour rien non plus dans la petite réussite que constitue La Sorcière qui venait de la mer.
Une oeuvre qui semble également très révélatrice de la sensibilité aussi artistique que putassière de Matt Cimber (de son vrai Matteo Ottaviano), ici derrière la caméra : jadis marié à l'actrice Jane Mansfield (selon les mauvaises langues, il lui aurait grimpé dessus à flanc de colline pour assurer sa réussite), l'homme a vu sa carrière osciller entre le théâtre classique, parfois à tendance surréaliste ou poétique (Jean Cocteau notamment), l'écriture de scénarios (pseudo ?)militants (notamment pour la liberté sexuelle), et celle de pellicules d'exploitation (dont trois blax : "The Black 6" (1973), "Lady Cocoa" (1975) et "The Candy Tangerine Man", ce dernier ayant une réputation extrêmement trash). Matt Cimber disparaîtra quelques années durant après ce film-ci pour réapparaître comme réalisateur en 1982, avec deux films mettant en vedette Pia Zadora, "Butterfly" (elle y donne la réplique à Stacy Keach et Orson Welles) et "Banco à Las Vegas" (avec Telly Savalas), avant d'enchaîner avec "V comme vengeance" (où se croisent Rex Harrison, Rod Taylor, Edward Albert et Raf Vallone) puis de s'associer enfin à l'actrice Laurene Landon pour dépoter Hundra et "À la poursuite du soleil d'or". Sa filmographie a toujours joui d'une mauvaise réputation mais il est possible qu'on la réévalue en (re)découvrant ses films. Certains affirment que "Butterfly" est sous-estimé, d'autres, ici-même, que Hundra est une putain d'heroïc-fantasy dotée de couilles aussi grosses que des melons et dans lequel l'héroïne fait passer Kalidor pour une petite bite... Quant à cette Bitch Witch Who Came from the Sea, elle possède quelque chose d'ensorcelant. Bref, qui sait, ce ne serait pas la première fois qu'un réalisateur soit minoré et que, le temps passant, on répète ce qu'on a lu sans être allé se faire son propre avis...

 

 

Mallox




En rapport avec le film :


* Cette petite review se base sur la version uncut d'une durée de 87'43".
* Il s'agit de la dernière partition pour le cinéma du vétéran Herschel Burke Gilbert, compositeur d'une liste impressionnante de films et de séries ("Sam Whiskey le dur" d'Arnold Laven, "Invraisemblable vérité" et "La Cinquième victime" de Lang, "Les révoltés de la cellule 11" de Siegel etc. etc.). Il a déjà collaboré avec Matt Cimber l'année précédente sur "Gemini Affair".
* L'affiche du film - ce n'est pas la première fois ni la dernière, voir Más allá del terror) - pompe la couverture du numéro 11 de "Vampirella" (Woman with Scythe - "La femme à la faux"- dessinée par Frank Frazetta) :

 

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