Lifeforce
Genre: Science fiction
Année: 1985
Pays d'origine: Etats-Unis
Réalisateur: Tobe Hooper
Casting:
Steve Railsback, Peter Firth, Frank Finlay, Michael Gothard, Mathilda May, Nicholas Ball, Patrick Stewart, Aubrey Morris...
Aka: Lifeforce - L'étoile du mal / Space Vampires /Lifeforce : Fuerza vital/Lifeforce - Die tödliche Bedrohung
 

En plein coeur de l'été 1986, la comète de Halley passe à proximité de la Terre et un vaisseau spatial, le 'Churchill', repère dans le sillage de l'astre un gigantesque astronef cylindrique. Tom Carlsen, à la tête de l'équipage du 'Churchill', entreprend de s'aventurer à l'intérieur de l'engin en compagnie de quelques hommes. Ils y découvrent des chauve-souris géantes momifiées, ainsi que trois sarcophages dans lesquels se trouvent deux hommes et une femme. Ramenés à bord du 'Churchill', ces êtres venus du fin fond de l'espace tuent le reste de l'équipage, et leur mort est camouflée par un incendie. Une navette s'arrime ensuite au 'Churchill', et les trois mystérieux individus sont ramenés à Londres dans un centre de recherches. Attiré par la beauté de la jeune femme, l'un des gardiens s'en approche et celle-ci le vampirise. Après avoir tué le malheureux, la créature d'un autre monde quitte sa geôle en semant la mort sur son passage...

 

 

Une genèse difficile
Au départ, on a un roman ("The Space Vampire") paru en 1976 et écrit par Colin Wilson (écrivain, philosophe et expert es surnaturel ). Avec un concept intéressant et un visuel accrocheur, il attire évidemment l'attention de Hollywood et le bouquin devient vite un projet de film. Cependant, les personnes ayant lu le roman savent que ce dernier n'est pas des plus faciles à adapter. En effet, un tiers de l'histoire se déroule dans l'espace, et le reste suit la traque sur Terre des fameux vampires, le tout noyé par un verbiage philosophique indigeste !

 

 

Bref, les studios ont acheté les droits d'un concept plus que d'une réelle histoire, et le boulot des scénaristes ne va pas être des plus faciles. Comme on pouvait s'en douter, le livre passe alors de mains en mains avant d'atterrir chez Cannon ! Faut-il encore trouver un nom pour l'associer au projet. Mais cela tombe bien finalement puisque Tobe Hooper venait d'être contacté par Cannon. Depuis 1982, et la polémique qui avait entouré le tournage de Poltergeist (pourtant son plus grand succès commercial), la carrière de Hooper piétinait. Certes, il avait été associé un temps au projet "Return of the Living Dead", mais le film sera finalement réalisé par Dan O'Bannon. Ce n'est que trois ans plus tard que la firme Cannon lui propose un contrat de trois films (l'un de ceux-ci devant impérativement être Massacre à la Tronçonneuse 2).
Son premier projet sera donc Lifeforce. Avec son budget de 25 millions de $, c'est la production la plus chère de la Cannon à l'époque ! Avec ce mélange SF/horreur, elle ne cache pas ses ambitions d'essayer d'empiéter sur les plates-bandes et les dollars de "Alien". Après trois ans d'absence, le brave Hooper se lâche ; il est évident, en regardant le film, que l'homme est heureux de retrouver les caméras. Ici, il joue a fond la carte du visuel et du spectaculaire et fait preuve d'un réel savoir-faire, notamment dans les spectaculaires séquences d'émeutes, montrant à ses détracteurs qu'il est capable de gérer un gros budget et les différentes équipes de SFX.

 

 

Mais l'un des problèmes inattendus qui frappe le film est le refus consécutif de plusieurs acteurs de renom qui, d'habitude, ne se montrent guère aussi élitistes (Christopher Lee, Klaus Kinski, Michael Gough...). Hooper se rabat alors sur Steve Railsback (les Traqués de l'an 2000), recommandé par Marilyn Burn qui venait de tourner "Helter Sketer" avec ce dernier. Heureusement, le tournage se faisant en Angleterre, Hooper n'aura pas trop de peine à compléter son casting tant le cinéma anglais regorge d'acteurs de second plan mais de qualité, comme Peter Firth (Sword of the Vaillant, mais aussi un Golden Globes pour Equus), Frank Finlay (Les Oies Sauvages, Meurtre par Décret), Michael Gothard (Les Diables, Rien que pour vos Yeux) ou Aubrey Morris, qui apparut dans toutes les séries anglaises majeures des années 60-70, sans parler de quelques apparitions cinéma dans La Momie Sanglante ou "The Wicker Man". Sans oublier un jeune débutant appelé Patrick Stewart, qui sera le futur Jean-Luc Picard de la série "Star trek : The Next Generation" puis le professeur Charles Xavier des "X-men". Le rôle de la vampire posa aussi pas mal de problèmes, car la majorité des actrices anglo-saxonnes déclinèrent la proposition, refusant de tourner nue la plupart du temps. C'est donc une Française qui hérita du rôle : la belle Mathilda May (qui n'est pas un SFX), faisant preuve d'un réel talent malgré un rôle presque muet. La preuve, sa prestation en a traumatisé plus d'un à l'époque !

 

 

Les effets spéciaux
Mais les vraies vedettes du film sont évidement les spécialistes des SFX, notamment Nick Maley, qui a fait un travail prodigieux avec ces marionnettes animatronic particulièrement crédibles, et John Dyskstra (avec son studio Apogee) pour les maquettes et la séquence d'ouverture dans l'espace. Précisons que les deux hommes représentent ce que l'on pouvait faire de mieux à l'époque en prise presque directe et sans effets numériques !

John Dykstra est un spécialiste des modèles réduits. Il commença à travailler avec Douglas Trumbull sur "Silent Running". Ensuite, il travailla chez ILM, où il mit au point la fameuse Dykstraflex, un système qui déplace la caméra autour d'une maquette fixe, la trajectoire étant contrôlée par ordinateur. Le résultat est stupéfiant et sera pour beaucoup dans le succès de "La Guerre des Étoiles". En 1977, il quitte ILM pour créer son studio baptisé "Apogee Inc ou Apogee production". Avec lui partent également onze employés d'ILM qui ne voulaient pas déménager de Van Nuys à San Francisco, et il récupère tout l'équipement que Lucas avait laissé derrière lui. Son premier contrat sera d'aider Douglas Trumbull sur quelques effets de "Star Trek : The Motion Picture" en 1978.
Viendront ensuite la série "Battlestar Galactica" et une bataille juridique avec Lucas, "Jamais plus Jamais", "Avalanche Express", "Firefox"... L'un des gros problèmes qui va se poser pour le studio est l'absence de vrais blockbusters dans le choix de ces films, et même si Dykstra et son équipe n'arrêtent pas d'innover, le numérique et la fin des modèles réduits obligent Dykstra à mettre la clé sous le paillasson en 1992 pour rejoindre Eggers Film puis Sony Pictures, et Image Works Inc en mars 1998.
Pour Lifeforce, l'équipe de Dykstra innove de nouveau et fait rebondir un flux de laser sur du mylar (ou polytéréphtalate d'éthylène) flexible, afin de pouvoir matérialiser le flux d'énergie absorbé par les vampires (on parle de 1 800 plans), un effet jamais reproduit depuis !

 

 

Nick Maley est connu dans le milieu comme "That Yoda Guy" pour sa contribution à la création du personnage. Sa carrière au cinéma débute en 1969, il travaille sur des films comme "Legend of the Werewolf" (1974) ou Sinbad and the Eye of the Tiger (1975). Il rejoint ensuite l'équipe de "Star Wars" et s'occupe de quelques effets sur "Superman" (les deux premiers). En 1980, il écrit le scénario de Inseminoid. Les années 80 seront fastes, avec des films comme "Krull", "Highlander", "The Keep"... Il travaillera même sur le mythique "Grizzly 2 : The Predator", tourné mais jamais finalisé ! Nick Maley quittera le monde des effets spéciaux à la fin des années 80, pour se consacrer à la peinture !


Scénario & Musique
Évidemment, le gros problème du film se trouve dans scénario. Malgré leurs efforts, Don Jacoby (Le Justicier de New-York, Tonnerre de Feu) et Dan O'Bannon (qui eut l'idée de la comète de Halley absente du roman ) ne livreront jamais un scénario satisfaisant. Le résultat sera un flottement dans les scènes de dialogues et un enchaînement approximatif de certaines séquences (le retour de Carlsen qui se fait en un temps record !). Le problème des deux scénaristes est d'avoir voulu suivre trop fidèlement la trame du roman. Même si le film et le roman diffèrent sur de nombreux points, comme situer l'action à notre époque ou donner au colonel Caine (Peter Firth) plus d'importance (dans le roman c'est le duo Carlsen / Falada qui mène l'enquête), on a toujours un déséquilibre entre le début spectaculaire et l'enquête sur Terre, jusqu'au final apocalyptique (absent du roman). Sans oublier que le roman de Wilson se perd dans diverses théories (parallèle entre le vampirisme, la criminalité et le fétichisme sexuel) souvent métaphysiques sur la place de l'homme dans l'univers et ce genre de spéculations totalement inadaptables, sans parler des fameux vampires de l'espace appelés Nioth Korghai et Ubbo-Sathla, emprunts à la mythologie Lovecraftienne et dont l'apparence serait proche du calamar !

 

 

Pour la musique, Hooper pensait engager James Horner (Wolfen, Star Trek 2), mais ce dernier n'étant pas libre il choisit le vétéran Henri Mancini (Hatari, Peter Gunn, La Panthère Rose) qui composa une musique atmosphérique avec un "Lifeforce Theme" particulièrement martial et magistral. Une fois le montage achevé avec la musique de Mancini, Hooper livre sa version, soit un film spectaculaire quoique légèrement décousu d'un peu moins de deux heures (116 minutes). Trop long pour les producteurs qui coupent allègrement (15 minutes) dans le métrage, au point que les cent minutes de musique enregistrées par Henry Mancini ne suffisent plus. Le compositeur étant déjà parti sur un autre projet, c'est Michael Kamen (L'Arme Fatale ) qui doit écrire les partitions manquantes ! Ce tripatouillage aura comme conséquences des versions différentes pour les marchés européen (106 minutes) et américain (101 minutes), sans parler de la version "longue" aussi appelée "director's cut" (116 minutes) sortie récemment en blu-ray.
Bref, un beau bordel ! Le résultat est plus proche d'une bande-dessinée genre "Vampirella" que du roman métaphysique d'origine. Évidemment, l'accueil ne fut pas à la hauteur des espérances du studio et le film sera descendu, notamment par Colin Wilson, l'auteur du roman, mais aussi Don Jakoby, l'un des scénaristes, ou John Dykstra qui se plaint que le laboratoire responsable du développement a mutilé son travail. Il est assez rare que les techniciens ayant participé à un film le renient de cette manière, et même l'actrice Mathilda May mettra sa participation sur le compte d'une erreur de jeunesse !

 

 

Conclusion
Mais le temps fera doucement son office, malgré une distribution assez sporadique du film (notamment en France où le film n'est sorti en DVD que récemment). L'oeuvre de Hooper s'est forgée un noyau de fidèles qui réussissent, non pas à faire réévaluer le métrage, mais au moins à faire reconnaître ses mérites techniques et la qualité de ses effets spéciaux (qui aujourd'hui encore tiennent la route !) Car, même si les producteurs Yoram Globus & Menahem Golan n'ont pas pu s'empêcher de charcuter le métrage et de changer le titre de Space Vampire (trop série B) en Lifeforce, ils ont donné à Hooper les moyens et les techniciens nécessaires pour obtenir le meilleur résultat (notamment le directeur photo Alan Hume, qui a réalisé un excellent travail). Le film compte suffisamment de séquences mémorables (la scène de l'autopsie avec sa spectaculaire réanimation, les émeutes à Londres, le début très "Alien"... ) pour maintenir l'intérêt. De plus, pour une fois le budget se retrouve à l'écran et il est rare de retrouver une telle ambiance de folie destructrice (sauf dans certains films de monstres japonais) totalement assumée.
Lifeforce devait relancer la carrière de Hooper, ce qui ne sera pas vraiment le cas, mais le réalisateur s'acquittera de son contrat en livrant les deux films qu'il devait encore au studio : Invaders From Mars et Massacre à la Tronçonneuse 2 (gardant ce dernier pour la fin). Il va alors se consacrer en grande partie au petit écran (Dark Skies, Freddy, Equalizer…) et réaliser de temps en temps quelques séries B (Spontaneous Combustion, The Mangler, Night Terrors…).

 

 

The Omega Man

 

À propos du film :

 

Version longue ou pas ?
Il existe plusieurs versions du film. A l'heure actuelle, deux sont en circulation sur le marché aussi bien en France (chez Sidonis), en Angleterre (chez Arrow) qu'aux États-Unis (Scream Factory) : une version dite longue (ou director's cut) qui fait 116 minutes et la version exploitée en salles aux États-Unis de 101 minutes. Le film a été coupé plus pour une raison de rythme que de censure ! Cette optique est perceptible dès le générique dans la version dite longue. Le film démarre sur un générique classique qui utilise le fameux "Lifeforce Theme" écrit par Mancini, puis nous retrouvons l'équipage du Churchill. Dans la version salles (Tristar), c'est plus condensé ; quelques crédits apparaissent, puis le titre et un texte explicatif, nous rejoignons le Churchill alors que le générique apparaît toujours à l'écran (signalant la musique additionnelle de Kamen), en même temps que l'action.

 

 

Autre différence notable, la visite du vaisseau alien. De nombreuses coupes ont été effectuées lors de cette visite, qui est beaucoup plus longue dans la version "director's cut". Idem pour le retour sur Terre. De nombreuses modifications (dont des changements d'angles) interviennent tout au long du métrage dans de plusieurs scènes de dialogue ; même les scènes d'émeutes dans la City sont différentes d'une version à l'autre ! Et le final de la version salles reprend le thème de Mancini !
La version sortie récemment en France, en blu-ray et DVD, reprend la version salles en langue française et inclut les séquences inédites sous-titrées en anglais quand il y a des dialogues.
Pour beaucoup, la version longue s'impose d'elle même comme la meilleure et la plus intéressante.

Quelques séquences ajoutées dans le générique de la version salles (Tri Star) :

 

 

 

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