Spécialiste, Le
Titre original: Gli Specialisti
Genre: Western spaghetti
Année: 1968
Pays d'origine: Italie
Réalisateur: Sergio Corbucci
Casting:
Johnny Hallyday, Gastone Moschin, Sylvie Fennec, Mario Adorf, Françoise Fabian, Serge Marquand...
 

Sans être au niveau de ce que je considère comme les deux chef-d'oeuvres de son metteur en scène à savoir le gigantesque "Le Grand Silence" et le désabusé "Companeros" (on rajoutera sans se forcer le génial "Mais qu'est-ce que je viens foutre au milieu de cette révolution" et le somptueux "Le mercenaire"), "Le Spécialiste" tourné juste entre les deux cités plus haut, est loin d'être le nanar que pas mal de mauvais esprits ont cru bon de fantasmer de part la présence de Johnny Hallyday au sein d'un genre qui de prime abord pourrait paraître incongru. Las de lire n'importe quoi sur ce film, et trouvant le procédé tellement téléphoné, facile et souvent putassier dans la manière de l'analyser sans apporter le moindre argument, je viens ici apporter ma petite contribution à ce très honnête spaghetti. Hud (Johnny Hallyday) sombre héros solitaire de l'amer est connu et redouté de tous. En plus d'être un tireur hors pair, celui-ci est vêtu d'une côte de maille qui le protège et a une forte tendance à pratiquer sa propre justice. Le voici qui débarque dans la ville de Blackstone, et c'est peu dire que sa venue inattendue va chambouler les règles du patelin où notables incompétents le disputent avec une sorte d'anarchie où règne tyrannie et injustice. Celui-ci ne vient du reste pas pour rien, et s'il n'est que de passage, c'est pour retrouver d'une part le meurtrier de son frère en même temps que le trésor que ce dernier a dérobé avant de tirer sa révérence après un lynchage en règle par les habitants qui pour le coup, commencent à flipper…

 

 

D'entrée, concernant son acteur principal, je dirais que celui-ci a une sacrée gueule et que son allure n'a absolument rien à envier aux Eastwood et autres Franco Nero. On retrouve bien là une icône bien connue du genre, à savoir un justicier taciturne, ténébreux et énigmatique qui ne fait rien pour se faire des amis. Malheureusement si dans la forme Hallyday a une présence certaine, dans le fond c'est déjà un peu plus corsé. On ne peut pas dire qu'il soit servit par des dialogues très profonds ni même très écrits et c'est bien là que le bât blesse en surlignant sans cesse ce que l'on capte du personnage, et ce bon Hud répond régulièrement à qui veut être son ami : "Hud n'a pas d'ami". On s'en serait douté, merci bien. Dommage alors que ce personnage a une langue, car si le charisme de forme est au rendez-vous, le charisme linguistique, il est vrai, tend un peu vers le ridicule, qui il est vrai ne tue pas, mais peut flinguer un film en moins de deux phrases. J'en suis venu à me dire que finalement le même Johnny Hallyday s'est trompé d'un film et que peut-être il aurait été parfait à la place de Trintignant dans "Le Grand Silence", hormis le fait que Trintignant y est déjà parfait.
Pour rester au rayon acteur, pendant que j'y suis, on retrouve avec plaisir Françoise Fabian qui devait certainement se trouver en Italie à ce moment là afin d'y suivre son fabuleux mari, le grand Marcel Bozzuffi. Sa présence sans éclairer le film est plus que correcte et le temps d'un plan on aura l'occasion d'admirer ses formes, trop mal connues, et je ne vois pas qui viendrait s'en plaindre. Outre quelques belles gueules cassées comme Serge Marquand en gros bandit ou Gastone Moschin en shérif maladroit, on y retrouve surtout un Mario Adorf au top de sa forme et il est peu dire que celui-ci vole carrément la vedette à tout le monde. D'une truculence savoureuse en bandit doté d'un crochet à la place de son bras mutilé, celui-ci apporte une présence exemplaire, et ce n'est pas un duel quasi-absurde avec le shérif, à coups de boules qui fera démentir cela. D'ailleurs Hud lui prêtera au final davantage de qualités qu'à la plupart des habitants pour lesquels il n'a que méprit (légitime).

 

 

L'autre grande réussite du film se situe à un niveau graphique. A l'instar des grands films de Sergio Corbucci, les paysages ne sont pas seulement accessoires, mais participent à l'ambiance, recadrent les personnages afin de leur redonner leur statut de fourmis au sein d'immensités enneigées, donnant dans un même temps au village, un côté ville perdue, ville fantôme, qui de part son isolement ne peut que céder à l'anarchie la plus totale. Dommage alors que le réalisateur ne développe pas davantage son histoire, restant constamment en surface, et même si l'on retrouve les préoccupations inhérentes à ses réussites majeures, tout cela manque singulièrement de punch et de noirceur, malgré un discours politique bien présent bien que parfois anachronique.
En effet, mettre en scène au sein d'un western, une bande de Hippies aussi crétins avec leur pacifisme béât et qui sous couvert de la libération sexuelle se mettent à devenir violents envers les femmes pour obtenir leurs faveurs (Sylvie Fenech ici en jeune femme de bonne éducation en prend pour son grade), en même temps qu'ils se fument des "tarwans" de l'ouest, franchement, d'une part c'est assez lourd, d'autre part, ça enlève encore plus de crédibilité à une histoire déjà pauvre, et du coup, le film en prend aussi un coup dans les dents dans ces instants là, lorgnant vers la crétinerie rigolarde et c'est bien dommage.

 

 

D'autant plus dommage que la peinture des habitants de Blackstone est en revanche beaucoup plus intéressante avec ses notables de gauches mollassons, voire complètement dépassés, une invitation à la révolution et à la prise des armes autrement plus sympathique en même temps que de résonner dans l'actualité de l'époque (et d'aujourd'hui encore). Pareil, on trouvera difficilement âme à sauver, entre les lâches, les couards, les avares en tous genres, les prompts au lynchage expéditif, et là oui, on retrouve le Corbucci qu'on aime. Un corbucci désabusé, violent, dénonciateur.
Ailleurs on a bien aussi quelques bons moments de sadisme sans lequel le western spaghetti ne serait pas, à savoir, un Hud qui se prend une fourche dans le fémur, se traîne vers le saloon tout en se vidant de son sang, puis parvient à dessouder la sale bande de hippies qui pour le coup a mis toute la ville à poil, ce sans arme à feu, prend l'argent des notables et bien avant serge Gainsbourg brûle les billets, tant cet argent lui semble sale. Oui dans ces moments là, on se surprend à se sentir bien devant ce western là, qui regorge à la fois d'idées étonnantes sans pour autant les exploiter jusqu'à leurs limites, ce qu'il était parvenu à faire avec "Django" et "Le Grand Silence" et qu'il réussira à nouveau avec "Companeros" ou "Far West story". Bref, un Corbucci inégal et un brin paresseux, qui manque surtout de noirceur et de dimension tragique, mais qui demeure cependant un spectacle agréable, honnête, correct.

 

 

Note : 5,5/10

 

Mallox
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