Police contre Syndicat du Crime
Titre original: Kenkei tai soshiki boryoku
Genre: Polar , Yakuza
Année: 1975
Pays d'origine: Japon
Réalisateur: Kinji Fukasaku
Casting:
Bunta Sugawara, Hiroki Matsukata, Tatsuo Umemiya, Nobuo Kaneko, Takuzo Kawatani, Shingo Yamashiro, Mikio Narita, Reiko Ike...
 

Japon, 1963. Dans une ville portuaire proche d'Hiroshima, la guerre des gangs fait rage entre les clans Ohara et Kawadé. Incapable de faire régner la loi, le commissariat local est montré du doigt par les autorités préfectorales, qui décident d'y installer une brigade antigang dirigée par un haut fonctionnaire musclé et ambitieux. Mais ses méthodes radicales déplaisent aux policiers locaux plus ou moins corrompus, surtout à l'inspecteur Kuno qui, curieusement, cherche à défendre les intérêts du caïd d'Ohara, le fougueux Ken Hirotani, contre Kawadé. Le chef antigang finira par découvrir le secret qui lie le policier au yakuza...
Kinji Fukasaku (1930-2003) est aujourd'hui un cinéaste reconnu, dans les années septante il présente une vision tout à fait nouvelle des Yakusa. Finis les fameux codes d'honneur et de morale hérités des samouraïs, des films comme "Guerre des gangs à Okinawa" (1971), "Combat sans code d'honneur" (1973) et "Le Cimetière de la morale" (1975) présentent des yakusas rongés par la haine, la trahison, la cupidité et la déchéance. Le "Combat..." eut tellement de succès qu'il engendra plusieurs suites. Mais Fukasaku s'est aussi illustré dans d'autres genres, notamment le film de samouraï ("Shogun Samouraï", "La Légende des 8 Samouraïs", "Samouraï Réincarnation"), la science fiction ("Bataille au delà des étoiles", "Les Évadés de l'espace" et "Virus") ou le film de guerre comme "Tora, Tora, Tora" dont il co-réalisera les séquences japonaises, tandis que Richard Fleischer réalisera les séquences américaines. La fin de sa carrière sera marquée de nouveau par le succès et la controverse grâce à "Battle Royale", il décédera lors du tournage de la suite.

 

 

Après avoir dépeint le monde implacable des truands et révolutionné le genre, voici que Fukasaku s'attaque à la police (chose assez rare à l'époque dans le cinéma japonais), mais le réalisateur n'en perd pas pour autant sa verve et son style brutal. En effet les policier décris dans le film ne sont guère différents des fameux truands qu'ils sont censés combattre, et qui eux mêmes se mélangent aux hommes d'affaires et aux politiciens. Ce petit jeu de cache-cache aurait pu encore durer longtemps si un évènement imprévu n'avait enflammé l'opinion publique. C'est un règlement de compte sanglant suite à la reprise de la guerre des gangs (la décapitation d'un truand en pleine rue) qui va mettre le feu aux poudres. Le maire, pour calmer les critiques, décide de nommer à la tête d'une toute nouvelle brigade anti-gang un policier incorruptible Kadai (oui cela existe encore). Cette décision opportuniste et hypocrite va créer au sein du commissariat une situation cornélienne (surtout pour l'inspecteur Kuno) qui va déboucher inévitablement sur un drame : but inavoué de Kadai qui compte bien ainsi éradiquer la corruption en utilisant les plus corrompus de son équipe.
Cette situation va mettre à l'épreuve l'inspecteur Kuno qui, fidèle à ses (maigres) principes, ne pliera pas devant son supérieur, ce qui lui vaudra une mise à pied. Ce même supérieur réussira à pousser les yakusas à la faute, les obligeant à se retrancher dans leur repère assiégé par l'armée et la police, dans une ambiance proche de la guerre civile.

 

 

Malgré la noirceur de son propos, Fukasaku introduit néanmoins deux valeurs positives : l'amitié indéfectible liant l'inspecteur Kuno à son alter ego le yakusa Ken ; et l'amour d'une femme qui n'hésite pas à demander l'aide du policier (pourtant renvoyé) pour sauver son amour. En vain, car au final l'un des deux devra se sacrifier pour "sauver" l'autre ; pour un court instant la justice (éphémère) semble avoir triomphé. Ainsi, l'incorruptible inspecteur Kaida quitte la police avec à la clé, en récompense des services rendus, un joli poste dans une société pétrochimique. Tandis que le survivant déchu s'en va inexorablement vers son destin en attendant de rejoindre son ami.
Fukasaku nous dépeint une société japonaise guère reluisante, corrompue et avide de pouvoir. Ce parti pris extrême est en fait la force et le point faible du script. En effet, comment s'impliquer émotionnellement dans un film alors qu'il n'y a presqu'aucune figure sympathique à laquelle s'identifier un tant soit peu. C'est l'une des différences avec un réalisateur comme Friedkin, dont le style documentaire se rapproche de celui de Fukasaku (l'esbroufe en moins). En effet, l'américain nous propose toujours un visage connu auquel le spectateur peut s'identifier. Malgré cette lacune, le film de Fukasaku est une réussite, peut-être même le meilleur film de son auteur. Dommage que l'oeuvre reste aussi hermétique pour le spectateur lambda.

 

 

The Omega Man
 
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