Frissons d'horreur
Titre original: Macchie Solari
Genre: Giallo
Année: 1974
Pays d'origine: Italie
Réalisateur: Macchie Solari
Casting:
Mimsy Farmer, Barry Primus, Ray Lovelock, Carlo Cattaneo, Angela Goodwin, Gaby Wagner, Massimo Serato, Ernesto Colli...
 

Rome 1972, la canicule règne, le soleil tape jusqu'à peut-être engendrer une subite vague de suicides. Voici que des pères de famille normaux se mettent à assassiner leurs filles avant de retourner l'arme contre eux, que des personnes s'asphyxient à l'aide de sac en plastique, ou encore d'autres s'entaillent poignet ou jugulaire... bref, il ne fait pas bon travailler à la morgue avec cette chaleur étouffante et ce surcroît de travail, d'autant que les lieux se font un peu vite surpeuplés. C'est pourtant le travail de Simona (Mimsy Farmer) qui trouve même là un sujet pour sa thèse. La voici très rapidement victime d'hallucinations étranges et assiste hébétée au réveil des morts au sein même de la morgue. Des morts lubriques qui, sitôt levés, se mettent à forniquer sur les brancards ou à même carrelage. Pas étonnant que Simona ait du mal ensuite à retrouver une sexualité normale avec son petit ami Edgar (Ray Lovelock) qui fera pourtant tout pour l'aider, la détendre, lui faire retrouver libido. Et puis ce prêtre, le père Paul Lenox (Barry Primus), dont la soeur (Gaby Wagner) vient semble t-il d'être assassinée, et par qui elle est attirée, n'est pas pour démêler la confusion, bien au contraire. C'est dans ces circonstances mystérieuses et tourmentées qu'une relation trouble va naître peu à peu entre eux deux. Enfin tout ne s'arrête pas là, d'ailleurs le soleil continue de plomber et d'étouffer la capitale... et puis d'où vient à Simona cette impression d'être poursuivie, de l'intérieur comme de l'extérieur ?

 


Armando Crispino n'est pas manchot. Il avait d'ailleurs livré un premier giallo deux ans auparavant loin d'être inintéressant lui aussi avec "Overtime" dont on retrouve dans "Macchie Solari" un canevas finalement assez similaire ainsi qu'un mélange ou dirais-je une tentative, celle-ci dusse être transformée pour être comptabilisée pleinement, pas si éloignée avec l'incursion d'un élément fantastique au sein d'une intrigue policière plus conventionnelle. On remplace le cimetière étrusque et l'on prend ici un soleil à la dimension quasi-mystique dans une capitale italienne sans dessus dessous et l'on obtient un presque script jumeau. A cet égard (samantha ha ha !) même le découpage ressemble au précédent puisque nous avons droit à une vague de suicides en série en lieu et place des sauvages assassinats initiaux de "Overtime", puis, après quelques minutes, le film se pose, ce qu'on manquera pas de lui reprocher en arguant que le meilleur est sa première partie. A tort à mon avis car si "Frissons d'horreur" pâtit d'un certain manque d'homogénéité dans les mélanges d'ingrédients, ‘le reste n'est pas en reste' et recèle de bien jolies et étonnantes choses en plus de brasser Thriller, fantastique un brin mystique (assez proche parfois de "Meurtres sous contrôle" de Larry Cohen), ainsi qu'un drame psychologique et une exploration de la psyché de l'héroïne, bien fouillée.

La première demi-heure il faut bien le dire, reste assez anthologique avec ses revenants à la sexualité exacerbée. Elle surprend autant par sa violence, l'aspect sec, brutale et rapide avec lequel s'enchaînent les cadavres dans des mises à mort très crues. Certes le procédé qui sert à illustrer les glauques visions de Simona au sein d'une morgue débordée pourra paraître un poil daté avec ses dédoublements de personnages ressuscités, mais conjugué aux stridences d'un Ennio Morricone inspiré et campé par des acteurs au top (Mimsy Farmer est formidable), ce tronçon onirico-glauque ne manquera pas de marquer les esprits. Les courts inserts sur l'astre en mutation (?) achèvent de conférer au film des allures suffisamment singulières et intrigantes pour le situer d'ores et déjà en 1975, au sein d'un genre pourtant déjà bien balisé, parmi ses livraisons les plus notables. On peut aisément et d'emblée reconnaître à Armando Crispino une certaine faculté pour installer un climat bien morbide avec l'utilisation d'images choc en série. Cette peinture de morgue succédant à une série de suicides d'une violence inouïe aura forte chance de rester en mémoires. Transformée en lupanar de cadavres en décomposition dont Crispino nous balance quelques gros plans de chair en putrescence, doublés de champs contre-champs sur Simona, il installe à la fois son ambiance de Thriller surnaturel mais révèle également la névrose naissante puis grandissante de cette dernière. Même si l'intrigue plus ‘giallesque' qui suivra sera un peu moins convaincante, l'évolution de notre héroïne sera quant à elle passionnante et se fera même le centre dramaturgique du film.

 


Alors oui, il y a bien une certaine confusion dans la façon dont le réalisateur parvient à relier tous ces éléments. Ce qui le sauve et fait garder au film son cap, c'est donc l'homogénéité du personnage de Simona, joué remarquablement par Mimsy Farmer. Elle rend compte parfaitement des contours de sa névrose galopante en constante parallèle avec l'enquête en cours, mais aussi sa difficulté à assumer son statut de femme dont la frigidité ne cesse de prendre le dessus. Ne parvenant pas à la combattre, elle rentre ainsi dans une spirale dans laquelle elle ne sera plus assez lucide pour voir se qui pourtant se trame devant son nez. C'est pas loin d'être toute la seconde partie du film et c'est finalement dans son rapports aux hommes qu'évoluera étrangement l'intrigue. On ne pourra pas reprocher à son mari (Ray Lovelock très sympa et bien utilisé) de se montrer aussi avenant, patient et compréhensif, comme on comprendra aussi que l'attirance naissante de Simona pour Paul Lenox n'est finalement qu'une tentative d'échappatoire en même temps qu'une possibilité de guérison. Celle-ci ne pourra bien entendu se faire, le statut de prêtre de Lenox empêchant de façon imparable leur relation d'aller à son terme. Et puis ce soleil, toujours ce soleil qui semble écraser Rome et dérégler ses habitants...

 


Et au film de se poursuivre avec des rencontres on ne peut plus macabres comme cette visite dans un impensable musée des horreurs empli de photos les plus glauques qui soient, illustrant les pires atrocités ou malformités, avec de clichés de corps disloqués, de têtes tranchées, de chairs meurtries par tous les bouts et tous les orifices... une visite que nous-mêmes spectateurs faisons pour la presque première fois et qui nous met mal à l'aise de manière intelligente et sournoise. Après tout, il ne s'agit là que d'un décorum. C'est bien avec ce genre scènes très inspirées, des morceaux de bravoure passifs qu'Armando Crispino frappe fort le subconscient et remporte la partie. Dans le même registre et sans trop vouloir en dévoiler la scène avec les mannequins de cire mettant en scènes leur propre suicide, dispersés ci et là dans le salon et dans un couloir exigu demeure à mon sens un grand moment de beauté psychotique. Et puis pour tout dire à ce niveau, chaque fois que Crispino rentre dans le domaine de l'ambiance, comme les scènes dans lesquelles Simona se croit poursuivie avec l'une d'elles dans son propre appartement, il le fait avec un savoir-faire indéniable et même bluffant. Et pourtant fait rare pour le genre dans lequel il s'inscrit, il n'y aura (à l'exception d'une scène) durant le film, aucun véritable meurtre illustré, et donc pas la panoplie habituelle du giallo classique. On peut rajouter les scènes de tentatives d'amour entre Edgar et Simona, qui amènent autant les protagonistes que le spectateur dans une position de malaise diffus, avec l'intrusion du trauma de l'héroïne au coeur même des ébats, continuant de lier inéluctablement le sexe à la mort comme ce fut déjà le cas en début de film. On sent que Armando Crispino cherche à se démarquer, et c'est tout à son honneur car il le fait avec une habileté certaine. (En passant sa carrière peu prolifique aurait mérité de ne pas s'achever avec l'insupportable "Plus laid que Frankenstein tu meurs"). Il met de sérieux atouts de son côté pour se faire et si l'on a déjà parlé de la partition de Morricone, il faut citer également l'excellent travail de Carlo Carlini ("Les diablesses") à la photographie. Autant dans sa surexposition des extérieurs que dans les contrastes nocturnes des intérieurs, il fait merveille et contribue bien au climat général en même temps qu'il épouse parfaitement les formes des scènes plus atmosphériques, notamment d'angoisse.

 

 

La dernière partie, quoique de bonne tenue, est la plus faible. Tout bêtement parce que comme souvent, l'on anticipe assez longtemps à l'avance sur l'identité de l'assassin, ce qui fini d'ailleurs de confirmer ce qu'on pensait au préalable, à savoir que c'est dans sa partie purement policière que le film échoue quelque peu. D'autant qu'à boucler la boucle, on sortira du film sans avoir élucider la partie astrale qui sera passée pour le coup un peu trop rapidement au second plan, voire même carrément à la trappe, et l'on pourra rester de ce fait, un peu sur sa faim. Même si les inserts subsistent, Ils perdent au passage un peu de leur sens et pourront paraîtrent être là pour la forme et le semblant d'unité. Unité qui du coup en prend un de coup, et c'est bien là le principal problème de cet immanquable pour les amateurs du genre. A trop avoir voulu jouer sur des registres différents, Crispino peine à les rassembler, à leur donner corps. C'est un peu dommage car si celui-ci avait mieux assumé son brassage de genres, nous n'aurions pas été loin de frôler le chef-d'oeuvre. En l'état, c'est tout de même un sacré bon morceau ! De toute façon un film sur une femme en chaleur qui se croit frigide parce que ses amants ont trop chaud et ne sont donc peut-être pas à leur top ne peut être totalement mauvais...

 

 

Mallox
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