Nécroporno
Genre: Humour , Gore
Année: 2014
Pays d'origine: France
Editeur: Trash
 

Située quelque part dans le trou du cul de la France, la ville d'Eternod a autrefois subi une vague d'épidémies de choléra engendrées par la cupidité de ses puissants locaux. Des siècles plus tard, une nouvelle forme de contagion s'empare d'elle lorsque sans raison apparente-les mouches et autres insectes nécrophages s'attaquent aux vivants pour les dévorer-entraînant des pulsions sexuelles déviantes chez leurs victimes.

L'auteur décrit par le détail la décomposition du patient zéro, un descendant d'une famille de notables ayant dans un passé lointain et par pure avarice, contaminée la ville avec une farine impropre à la consommation. Cette première séquence creuse avec maestria le sillon de l'horreur maladive. Les chairs se nécrosent en vitesse accélérée, la victime vomit des tombereaux d'insectes sertis dans une gangue de sanies…

La contagion s'étend en cercle concentrique depuis un hôpital envahi par les mouches. La folie s'empare de la petite ville et réduit ses habitants à l'état de flaques putréfiées. L'auteur injecte une telle hystérie dans ses descriptions purulentes que les périodes d'incubation disparaissent. Les victimes sont liquéfiées par les créatures nécrophages en un battement de cils.

Malgré une indéniable qualité d'écriture, ça faisait longtemps que je n'avais plus lu de fiction française contemporaine dotée d'un style qui ne me tombe pas des mains, le roman n'est pas exempt de quelques menus défauts. Se revendiquant de la défunte "collection Gore" aux "éditions Fleuve Noir", les éditions Trash imposent un format de roman court, entre 150 et 200 pages environ. L'auteur ne parviendra pas à gérer cette restriction, ajoutant des péripéties obsolètes à une trame pourtant complexe et lourde à traiter.

En effet, entre deux scènes gore, l'auteur nous gratifie des ébats d'un couple en chemin pour Eternod. Les séquences impliquant ces deux protagonistes, par leurs gratuités dévorent quelques mots qu'il eût été plus utile d'investir dans un développement de l'intrigue et de personnages attachants. Si l'auteur repousse avec réussite les limites du Gore littéraire, il lui manque une thématique forte pour hisser son récit vers l'excellence.

L'ensemble évoque trop souvent un assemblage de scènes d'anthologies, liées les unes aux autres par une trame trop lâche pour les contenir. La relation unissant les deux vagues d'épidémies ravageant Eternod et la terrifiante figure moyenâgeuse du « Cavalier Choléra » ne dépassera pas le stade de l'anecdote. Sans enjeu, la boulimie d'horreur et de foutre se métamorphose en routine, accusant les limites du genre gore lorsqu'il se nourrit de lui-même. L'histoire patine dans ses propres déjections et l'injection de seconds couteaux frappadingues peine à relancer l'intérêt.

Ces réserves actées, reconnaissons à l'auteur un talent descriptif singulier, un penchant pour les personnages picaresques déglingués et une propension à l'exagération, les mises à mort apocalyptiques générant un humour noir grotesque du plus bel effet. Pour peu que l'on goûte à ce type de littérature, on passe un très bon moment à se vautrer dans la fange comme un pourceau en rut.

Le premier ouvrage de Trash ne fait pas dans la dentelle. Ce roman se pose comme une note d'intention, un cri de guerre, de la part d'un éditeur désireux d'exhumer les zombies putréfiés du gore. Tout le mal que je lui souhaite c'est de réussir !

Affaire à suivre avec "Pestilence"…

 

Gernier

 

 

A propos de ce livre :

 

- Site de l'éditeur : http://trasheditions.blogspot.fr/

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