Ptah Hotep
Genre: Classiques , Fantasy
Année: 2009
Pays d'origine: France
Editeur: Denoël
Collection: Lunes d'Encre
Auteur: Charles Duits
 

En ce qui me concerne je ne peux dissocier ma découverte de la science-fiction des éditions Denoël (plus précisément de "Présence du futur" et plus tard de "Présence du fantastique")

Lorsque j'écris ça je me vois balayer du regarder les rayonnages des bibliothèques guettant d'y trouver la tranche caractéristique de ces collections de poche que j'ai très souvent empruntées et dévorées adolescent.

[Pour le plaisir d'en nommer quelques uns: "Fahrenheit 451" de Ray Bradbury,"Le monde sans femmes" de Virgilio Martini, "Le carnaval de fer" de Serge Brussolo, le cycle des princes d'Ambre de Zelazny et les anthologies "Territoires de l'inquiétudes" présentées par Alain Dorémieux.]

Que j'ai aimé ou non les nombreux ouvrages découverts, je ne peux que reconnaître leurs diversités et leur originalités, concédant que le choix des directeurs de collections successifs (Jacques Chambon et Gilles Dumay pour ne citer qu'eux) m'ont appris à devenir curieux au-delà des qualités littéraires des récits. Ils m'ont permis d'aborder l'imaginaire et le monde réel de divers points de vue, m'inculquant une certaine tolérance quant à la différence.

Si j'ai bien un regret c'est bien que ces collections n'aient pas perdurées.

Aujourd'hui je me réjoui néanmoins de voir que l'association des éditions avec Gallimard permet la réédition d'une partie de ce catalogue prestigieux chez Folio SF.

Par ailleurs, il faut admettre que Denoël, fondée en 1930, malgré cet "abandon" n'a jamais déméritée, que se soit pour ce qui est de la littérature générale (elle édite entre autre Arto Paasilinna et Chuck Palahniuk qui comptent parmi mes auteurs préférés!), mais aussi pour le genre de la SF au travers sa collection grand format "Lune d'encre" (dirigé par le déjà cité Gilles Dumay) à laquelle appartient "Ptah Hotep".


Paru en 1971, cet ouvrage a fait l'objet de plusieurs rééditions. Les deux tomes originaux publiés en 1980 chez "Présence du Futur" ont été rassemblés en un seul volume en 1999.

Ce livre considéré comme un grand classique de la Fantasy (on peut le trouver cité par exemple dans "Le guide Totem de la science fiction "(Larousse)) nous est offert ici dans une version "grand format".

La nouvelle couverture signée Sébastien Hayez illustre brillamment l'univers qui nous est décrit. Elle met en avant deux des astres dominant Hagaptah.

Leur clarté distille un sentiment de plénitude qui sied particulièrement au style d'écriture de ce récit remarquable teinté de mysticisme et de spiritualité.

L'étude de la bibliographie sommaire reprise dans les premières pages attire l'attention du lecteur. Avant même la découverte du roman, on se voit interpellé par l'hétéroclisme des titres.

Charles Duits (1925-1991) a été un intime d'André Breton (il a consacré un ouvrage au chef du mouvement surréaliste – "André breton, a-t-il dit, passe"). La liste de ses œuvres (" La conscience démonique", "Vision et hallucination : l'expérience du Peyolt en littérature") suscite l'interrogation et oriente assurément son approche de l'écriture et de la fiction.

Effectivement ces intérêt divers et variés pour l'ésotérisme, les textes sacrés, ce qui touche à l'inconscient et au rêve se ressentent dans "Ptah Hotep" (mais aussi dans "Nefer" autre roman de Duits antérieur du genre) qui s'apparente à un récit initiatique.

Ptah Hotep, fils de Ptah Lucinius, patricien reconnu pour ses faits d'armes et gouverneur de la Terre de Ham, coule des jours paisibles à Hagaptah.

Lorsqu'il n'étudie pas dans la capitale, il court rejoindre Aset sa favorite, sans se préoccuper de l'argent qu'il dilapide à courtiser cette dernière ou des affaires du pays. Les femmes vont se révéler "le point faible" de notre héros tout du long du volume! Rappelé auprès de son père malade, il se retrouve à sa mort à la tête de la province.

Le Grand Vizir d'Hagaptah, devenu le régent du royaume suite au départ de l'empereur pour Rûm, prend le pouvoir.

L'immature Ptah Hotep va échapper de peu à une tentative d'assassinat.

Ne devant sa survie qu'à de fidèles serviteurs, il se voit dépossédé de l'héritage familial, et tente de rejoindre l'empereur sur un autre continent pour prouver son allégeance et retrouver son bien.

Cela faisait un moment que je n'avais pas lu une histoire de ce genre !

"Ptah Hotep" m'a rappelé "Le cycle de Corum" ("Le chevalier des épées" -premier épisode de la série- est également paru en 1971), si ce n'est que Charles Duits écrit dans un style très différent de Michaël Moorcock.

Le prince Vadhagh, véritable figure de l'anti-héros comme d'autres personnages de l'écrivain britannique ("Elric le nécromancien") évolue cependant dans un univers très différents de Ptah Hotep qui ne s'en rapproche que de par son statut de prince jeté sur les routes et devant faire face à diverses infortunes, notamment amoureuses.

Le ton employé par Duits, les situations décrites sont également bien moins sombres.

Le style, plus léger, qui enchaîne aventure et érotisme entraîne une autre association, moins contemporaine et plus classique avec le"Zadig ou la destinée" de Voltaire.

Les deux œuvres ont en commun de voir évoluer leurs protagonistes dans un monde inspiré de l'Orient.

L'écrivain français s s'inspire aussi bien des "Milles et une nuits" que de sociétés antiques telles l'empire romain, la Grèce ou bien encore l'Egypte par les mythologies, y piochant villes ou divinités.

Charles Duits est au final bien plus mystique (Ptah Hotep découvre sa "voie") que François Marie Arouet (dit Voltaire), et met en scène un empire en pleine décadence, même si (l'époque de la rédaction oblige!) la débauche est dissimulée derrière un style métaphorique naïf parfois trop répétitif et donc horripilant pour un roman de cette taille (plus de 400 pages). Les scènes de batailles se révèlent plus réalistes et explicites.

Déconvenues amoureuses et amicales sont également au programme, permettant au héros de mûrir au fil du récit qui se révèle en fait une longue missive écrite à l'empereur Hagamon IV. Le texte déclamatoire est à la première personne et contient de nombreuses formulations pompeuses et ampoulées.


"Ptah Hotep" possède un petit coté vieillot à cent lieues de ce que l'on peut lire dans les romans de Fantasy actuels.

C'est à mon sens ce qui fait tout le charme, et aussi le succès de l'initiative de cette nouvelle réédition : une façon différente d'aborder un thème, un genre d'aventure qui est devenu bien plus "à la mode" aujourd'hui qu'il ne l'était au moment de sa première publication.

A lire en tenant compte du contexte de sa création. Les amateurs de surréalisme seront ravis! "Ptah Hotep" mérite amplement sa qualification de classique de la fantasy.

 

Note : 7/10

 

Ludo

 

A propos de ce livre :

 

- Site de l'éditeur :  http://www.denoel.fr/

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