Petite Boutique des Horreurs, La
Genre: Horreur , Fantastique , Recueils de nouvelles , Démons
Année: 2009
Pays d'origine: France
Editeur: Autoédition
Auteur: Nolween Eawy
 

Sam, je m'appelle Sam. Retenez tout simplement cette phrase, car vous l'entendrez longtemps, très longtemps, même après avoir refermé ce recueil de nouvelles. Car longtemps ce livre va vous habiter, et cela serait une erreur de passer à côté.

"La petite boutique des horreurs" est un recueil de nouvelles pas comme les autres. Souvent violentes, toujours horrifiques, parfois glauques mais c'est aussi une plume à fleur de peau, une plume sensible, une écrivaine qui nous fait part de ses peurs, de ses angoisses, qui nous parle avec talent et émotion d'un monde malade, d'une enfance qui fout le camp et d'anges pas toujours fréquentables. Un joli petit recueil qui mérite toute notre attention.


"La petite boutique des horreurs", qui reprend bien sûr le titre d'un petit bijou du cinéma, se compose de 10 nouvelles. On y rentre prudemment pour diverses raisons. La première peut-être, il faut bien l'avouer, car il y a sur le livre cette idée qui plane : autoédition. Et bien non, un auteur autoédité n'est pas forcément un mauvais auteur, du moins dans le cas de Nolween Eawy qui s'explique d'ailleurs très clairement sur le sujet. Le choix de la liberté, l'envie de ne pas courir à droite à gauche chez des éditeurs qui la refuseraient (j'en doute au vu de la qualité du livre), cette volonté de tout faire soi-même. Et cette idée colle parfaitement avec l'écriture de Nolween Eawy: libre, personnelle, sans intermédiaire, sans fausse pudeur, soi-même en quelque mot. Ce genre de petit livre devrait redonner gout à la lecture mais aussi devrait donner l'envie à ceux qui écrivent de continuer leur quête. Rien que pour ça, bravo madame.

Mais la petite boutique des horreurs, c'est vrai on y rentre pas facilement aussi, car au début on est un peu décontenancé. Ce recueil de nouvelles est composé comme un puzzle, dans chaque nouvelle il y a une trace de l'autre, il y a un écho et il y a Sam, le démon, l'horreur, le tueur en série que l'on surnomme le tueur au sapin. Il viole les femmes, les petites filles aussi, les brûle et met un sapin odorant entre leurs cuisses, là où il les a souillées. Sombres, les nouvelles le sont, violentes aussi, mais c'est surtout l'occasion pour l'auteur de donner des visages au monde et à son atroce réalité. Tout y passe et tout le monde, le péquin lambda et même la présidente de la république (j'insiste sur LA présidente!), comme si l'horreur était partout. Alors on passe à la suite des divers personnages de Nolween Eawy par différents sentiments, qui vont de l'horreur simple jusqu'au remord ou au dégout comme dans la nouvelle "Pestilence".

Alors bien sûr, comme je le disais, toutes les nouvelles ont un lien. Il y a Sam mais aussi une boutique qui apparaît à divers moments, étrange, l'auteure ne nous en dit pas forcement plus, une boutique qui pourrait faire penser au "Bazaar" de King et qui tantôt offre un livre mystérieux ("Raconte moi une histoire") ou un walkman maudit comme dans "Be Quick or be dead", excellente nouvelle qui joue sur l'objet possédé (dans tous les sens du terme), sur la musique d'Iron Maiden. Les amateurs apprécieront. Le groupe de Heavy Metal revient d'ailleurs souvent dans les écrits de Nolween Eawy sans pour autant court-circuiter la narration et c'est un vrai plaisir. L'occasion pour ceux qui ne connaissent pas de découvrir.

Ainsi "La petite boutique des horreurs" joue avec les personnages, avec nos nerfs et notre sensibilité, avec les objets, le walkman dont j'ai parlé tout à l'heure, le miroir qui déforme la réalité (génialissime nouvelle que "Défigurée" sur le problème de la beauté!) ou bien encore des lunettes étranges ("Blind" à lire à tout prix!). Mais surtout "La petite boutique des horreurs" dénonce le monde et même l'au-delà. On est renvoyé à nos propres peurs et à nos propres préjugés. En voyant Sam dans son quotidien je me suis posé la question de qu'est-ce qu'un monstre? En lisant "Défigurée" j'ai été convaincu du proverbe "la beauté est dans les yeux de celui qui la voit". L'écriture de Nolween Eawy est à la fois psychologique mais aussi physique, viscérale, comme si pour l'auteure les deux étaient liés et c'est ce que je crois aussi!


Même si je ne peux vous parler de toutes les nouvelles, je vous demande de me faire confiance et de sauter immédiatement sur ce court recueil, sombre et dérangeant, où l'auteure parle de ses propres phobies sans doute mais qui sont tellement proches des nôtres. Qui n'a jamais eu peur dans le noir? Qui n'a jamais sentit le temps se serrer et vu partir le monde de l'enfance trop vite? Qui n'a jamais été las du monde (ou de la vie) qui plonge en plein chaos?

Nolween Eawy a décidé de mettre en scène la peur sur un ton fantastique et horrifique, de les mettre en pleine lumière et d'une très belle façon. Ces personnages sont attachants, surtout ceux qui sont encore dans le monde de l'enfance, et elle nous livre alors un recueil à la fois désespéré mais aussi sensible et profond. L'écriture est un acte solitaire, chez Nolweeen Eawy cela prend toute sa force et tout son sens. Une écriture personnelle, une conception personnelle, un livre personnel qui vous habitera longtemps. Les amateurs d'horreur et de fantastique découvriront une bien belle plume à l'intelligence implacable qui derrière ces nouvelles nous livre bien plus que cela. J'ai complètement adhéré au projet et j'appelle par cette chronique à soutenir cette écrivaine au talent fou et à fleur de peau! Une bien belle découverte, merci madame!


Note : 9/10

 

Le Cimmerien

 

A propos de ce livre :


- Site de l'auteur : http://nolween-eawy.com/
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