Vestiges de L'Aube, Les
Genre: Fantastique , Thriller-Polar , Vampirisme
Année: 2010
Pays d'origine: France
Editeur: Rivière Blanche
Collection: Collection Noire
Auteur: David S. Khara
Illustrateur: Philippe Lemaire
 

Tiens, un nouveau roman sur les vampires! Encore un… Telle fut ma réaction en voyant l'annonce de la sortie de la publication de David S. Khara sur le site de Rivière Blanche. Car il faut l'avouer, en ce moment on croule sous les romans tendance vampirique suite au succès de Twillight et il y a de quoi être quelque peu blasé. Mais en bon amateur des créatures nocturnes, je me suis quand même laissé tenter, sans trop y croire au début, il faut bien l'avouer. Mais fort heureusement j'ai dévoré ce roman loin, très loin de ce que l'on a l'habitude de voir et de lire, même si le connaisseur n'avancera pas en terre totalement inconnue. Il s'agit d'un premier roman et franchement je me suis régalé!

Prenez une série policière américaine, vous savez, une de celles qui se passent à New-York, avec des crimes violents, des exécutions sommaires et des meurtres tout aussi étranges les uns que les autres. Prenez ensuite un flic, solitaire, traumatisé par la violence qui règne dans sa ville, traumatisé par le 11 septembre aussi qui lui a enlevé sa femme et sa fille. Ce flic s'appelle Barry Donovan, c'est un personnage rongé par la solitude et le mal de vivre qui tous les jours sort dans une ville de plus en plus violente et qui n'a comme unique contact social en dehors de cette violence que les chat rooms du net. C'est d'ailleurs sur le net qu'il rencontre un étrange personnage, Werner Von Lowinsky. Se crée alors entre les deux personnages une étrange amitié mais Werner est avant tout un prédateur, une créature se nourrissant de sang, bref vous l'aurez compris, un vampire! 
Dit comme ça, le roman de David S. Khara ne semble pas sortir du lot, n'être qu'un roman de vampires parmi tant d'autres. Grave erreur! D'abord, on est soufflé par l'ambiance de ce roman qui nous plonge dans une Amérique violente et traumatisée, une Amérique qui nous est décrite à différentes époques et dont le dénominateur commun est avant tout la violence, un pays ou règnent le racisme, le meurtre et la corruption. David S. Khara nous dépeint alors un vampire qui est bien plus humain que l'humanité entière et c'est là la force du roman et la preuve que l'auteur a compris ce qu'était aujourd'hui le vampire. Le vampire n'est plus forcément de nos jours le prédateur, le carnassier qu'il était par exemple chez Stoker, au contraire il est ici celui qui aide, qui va mettre ses dons au profit de l'enquête de Barry mais aussi celui qui va l'écouter et chercher à le comprendre.
En effet, "Les Vestiges de l'aube", plus qu'un roman fantastique, plus qu'un polar, est avant tout l'histoire d'une amitié trouble, étrange, c'est avant tout l'histoire de dialogues nocturnes ou deux personnages tentent de se comprendre, de s'aider et de s'aimer. Werner n'arrive pas à mettre de côté son aspect vampire et quant il veut aider le pauvre flic new-yorkais, ça finit en bain de sang mais pourtant quand Barry veut oublier la mort des deux êtres qu'il a le plus aimé, c'est le vampire qui l'écoute. C'est beau, troublant, touchant et surtout admirablement bien écrit. "Les vestiges de l'aube" est habité par une musicalité sublime, où se mélangent des voix, tantôt celle du vampire Werner, en focalisation interne (écrit au je) et tantôt celle de Barry, plus distante, comme noyée dans le son de cette ville américaine qui a été obligée de réécrire son histoire au lendemain du 11 septembre. Le mythe du vampire n'est ici qu'un prétexte à nous raconter des histoires troubles, tout comme dans les romans d'Anne Rice au final, pour nous dépeindre des sentiments humains et même plus qu'humains dans le cas de Werner!
Prétexte aussi que cette histoire policière, puisque ce n'est pas forcement ce que j'ai le plus retenu du roman. Alors bien sûr, elle est très bien menée et dirige le roman vers un polar à l'américaine, mais elle permet surtout encore une fois de mettre en scène les voix des deux personnages ainsi qu'une partie de l'histoire américaine qui semble passionner l'auteur. On plonge ainsi dans le passé, un passé qui ne veut pas mourir (là encore on retrouve une thématique du vampire), on se retrouve plongé dans le sud des Etats-Unis, ce qui n'est pas sans rappeler encore une fois Anne Rice, et David S. Khara va même jusqu'à nous faire rencontrer Lincoln. Là encore Werner, vampire classique, est une sorte de prétexte pour mettre en scène l'histoire de l'Amérique et c'est passionnant.
Quelques mots quand même sur ce Werner qui fera frissonner les amateurs de vampires, même si David S. Khara n'a pas voulu en faire un monstre sanguinaire. Ici, il reprend les attributs classiques du vampire, pas le genre à briller en plein soleil, non, il ne sort que la nuit et il a comme tous ses congénères des appétits féroces! Mais pour autant Werner n'est pas un monstre et il est bien plus humain que les humains. S'il tue c'est pour se nourrir au contraire des criminels que traque la police, ou bien car il croit ainsi aider Barry son nouvel ami. On est de ce fait touché par le rapport qu'entretiennent ces deux personnages, le vampire est à la fois mère protectrice et peut-être aussi amant même si rien n'est expliqué dans le roman et qu'il s'agit plus d'un ressenti, preuve que la plume de l'auteur est toute tournée vers la subtilité. Et puis après tout le vampire est aussi la tentation érotique… David S. Khara prend tout ce qu'il y a de plus classique dans le vampire, il ne tente pas de changer les choses, mais par contre il nous offre un roman remplit d'émotions, troublant et avec une écriture originale et absolument maitrisée.

Il est vrai que le vampire est à la mode et étrangement, dès que l'on ouvre un roman de vampire où ce dernier est traité d'une façon un peu plus classique, on est surpris, preuve que ce dernier a bien évolué. Avec David S. Khara on est loin de l'effet de mode, on sent que chez ce jeune auteur il y a surtout la volonté de tendre vers quelque chose d'humain, voire d'humaniste et qu'à travers la figue du vampire c'est avant tout la mort, le deuil, la perte et la solitude qui sont fabuleusement mis en scène. Au final "Les vestiges de l'aube" est un étrange roman, à la fois classique et en même temps terriblement original, une œuvre touchante et marquante, troublante et noire, entre le polar et le fantastique, admirablement bien écrite et que je ne peux que vous conseiller. Laissez-vous bercer par le bruit new-yorkais au milieu duquel deux voix vous répondent et prennent un peu de votre douleur, c'est ça toute la force de ce roman.

 

8,5/10

Le Cimmerien

 

 

A propos de ce livre :

 

- Site de l'éditeur : http://www.riviereblanche.com/

- Site de l'auteur : http://www.dskhara.com/

- Lire un extrait du roman "Les Vestiges de l'Aube"

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