Morte scende leggera, La
Genre: Giallo
Année: 1972
Pays d'origine: Italie / Espagne
Réalisateur: Leopoldo Savona
Casting:
Stelio Candelli, Patrizia Viotti, Veronica Korosec, Tom Felleghy , Fernando Cerulli, Rosella Bergamonti, Antonio Anelli, Marcello di Martire, Mathily Doria...
Aka: Death Falls Lightly
 

Giorgio Darica est un être sans trop de scrupules. Homme de main au service de politiciens véreux, le voici qu'il revient de Milan où il était en charge de basses affaires, ce, en toute discrétion. De retour et à peine rentré dans son foyer, il en ressort affolé, scrutant à droite et à gauche, s'assurant que personne ne l'a vu. La raison ? Sa femme vient d'être assassinée. Et puis à force de discrétion, Darica n'a pas d'alibi. Ne se faisant alors pas d'illusion sur son sort, et égard à sa position professionnelle, difficile pour lui d'aller à le police qui le désignerait d'emblée comme le coupable. Enfin, c'est ce qu'il prétend lorsqu'il va trouver Savara, avocat de métier, et prétendant aux prochaines élections régionales. Ce dernier se trouve bien ennuyé, et il n'est pas de son intérêt que l'on soupçonne l'un de ses hommes de main qui en sait bien trop sur lui et ses méthodes. Darica a souvent fait transiter de la drogue afin de financer son parti et sa campagne. Aussi décide t-il avec l'assortiment de Magrini, son associé, de le planquer quelque temps dans un hôtel dont le propriétaire est à leur solde. Inutile de prendre des risques en cette période à hauts enjeux électoraux. Comme Darica a aussi une maîtresse, Liz, au courant de ses fais et gestes, ils finissent par les planquer tous les deux. Au moins sont-ils assurés que Darica se livrera d'avantage aux jeux de l'amour plutôt que de penser à sortir, prenant ainsi des risques dangereusement inutiles. Oui, mais voilà qu'il commence à se passer de drôles de phénomènes au sein dudit hôtel. D'abord le tourne-disque à l'étage en dessous se met à tourner seul, et ensuite Georgio Darica tombe sur le cadavre fraîchement égorgé d'une femme. Un homme l'assomme puis, à son réveil, celui-ci lui explique qu'il est le propriétaire de l'immeuble et qu'il vient de tuer sa femme lui aussi. Le proprio semble au courant des raisons de la présence de Georgio Darica en ces lieux et sur ces bases ("nous sommes dans le même bateau !"), il lui demande de l'aider à se débarrasser du cadavre de la défunte. Darica l'aide donc... Mais voilà bientôt que d'autres personnes semblent hanter les lieux, tant et si bien qu'il les croise même et se met à leur parler, et puis les morts ne tardent pas non plus à s'accumuler dans un hôtel de plus en plus singulièrement fantomatique...

 

 

Difficile de parler correctement de La morte scende leggera sans dévoiler une partie de l'intrigue, celle-ci ne tenant au final qu'à bien peu de choses. Toujours est-il qu'il s'agit bel et bien d'une œuvre appartenant au domaine giallesque à tendance machination, et même à double machination (mais n'est-ce pas le plus souvent le cas ?). L'une de ses plus grandes qualités reste sa mise en scène, très solide, maligne et parfois même savante. On la doit à Leopoldo Savona, connu pour son "Apocalypse Joe" mais également Byleth / Les démons sexuels avec Mark Damon, et dont trouve ici déjà les prémices, avec un pied dans le cinéma fantastique ainsi qu'une propension à faire évoluer des personnages en proie à des hallucinations, et dont les santés mentales se voient ainsi sérieusement menacées. A la différence de Byleth, tourné juste après la même année, qui lui évoluait en terrain fantastique avec certains ornements du giallo, nous ne sommes pas loin d'avoir droit dans cette Morte scende leggera, à son négatif, à savoir, un giallo faisant comme s'il évoluait sur les terres du genre fantastique. On y trouve par ailleurs à peu près les mêmes ingrédients, à savoir un soupçon d'érotisme (assez léger et qui ne semble pas vraiment aller au bout de sa démarche), ainsi qu'une tendance à filmer de manière subjective mais qui semble parfois inachevé, à l'instar de ce préambule pourtant étonnant, dans lequel aucun personnage n'est montré à l'écran, et avec une caméra qui évolue dangereusement dans un couloir aux abords de portes obstinément closes, et dont la seule qui s'ouvrira, accouchera d'un cadavre qu'on apercevra à peine, faussant d'entrée la donne et tout ce qui s'en suivra.

 

 

Ceci étant dit, cet opus ci se révèle plus réussi que Byleth à bien des niveaux, et il est bien possible qu'il soit sauvé ou relevé par un humour dont sera dénué l'œuvre tout juste ultérieure. En témoignent plusieurs scènes, notamment celle où Liz (Patrizia Viotti) et Georgio, reclus dans cet étrange hôtel, regardent un film érotique avec cette question de la dame : "C'est un film italien", ce à quoi répond Georgio : "Bien entendu, les italiens font plus l'amour que les autres !". Ensuite, émoustillés, ils se mettront sans mal à forniquer, le film érotique continuant de défiler en fond.

Ailleurs, Leopoldo Savona fait preuve également assez souvent d'un esprit malicieux et de bon aloi. On suit par exemple le propriétaire de l'hôtel qui fait traverser la ville à Darica avec la malle contenant le cadavre de sa femme, puis un policier en vespa qui s'arrête pour leur demander à la fois du feu et ce qu'ils transportent là. "Ma femme que je viens d'assassiner !" répondra le propio. Ailleurs encore, on tombe sur un cinéaste en plein tournage d'un giallo... comprenne qui pourra.

Difficile aussi de ne pas toucher deux mots sur la dimension ouvertement politique du film, dans lequel les notables ne sont réduits qu'à de riches et influents voyous. "Tous pourris !" semble nous dire Savona. A ce propos, l'une des scènes les plus étonnantes reste celle avec Darica et Liz ensanglantés, victimes d'un accident de la route et vraiment mal en point. Le premier réflexe du voyou Darica sera de sortir de la voiture pour lui apporter de l'aide. Celui de l'avocat véreux, sera de lui demander de rentrer et fermer la portière pour se tirer vite fait bien fait, ni vu, ni connu.

 

 

Finalement et comme souvent, le gros point faible du film demeure la conclusion qu'on aura le droit de trouver complètement abracadabrante, et qui même ici pourra décrédibiliser l'ensemble, alors qu'ailleurs La morte scende leggera amasse les bons points.

D'abord ses acteurs très bien dirigés. Stelio Candelli, que l'on reverra dans le genre, notamment dans Tropique du Cancer, "The Killer Wore Gloves", ou encore Nude for Satan, est ici parfait (et meilleur qu'à l'accoutumée quoiqu'un brin perfectible) en petit voyou dépassé et sombrant peu à peu dans la folie à force de cauchemar éveillé. Patrizia Viotti (Amuck) est, elle aussi, totalement crédible et forme un couple convaincant avec ce dernier. Ailleurs, c'est également un festival d'acteurs et d'actrices qui semblent tous à leur place. Que ce soit les jolies Veronika Korosec (déjà présente dans "Apocalypse Joe") et Rossella Bergamonti (Les Nuits de l'épouvante et dont c'est ici presque le dernier film avant Milan calibre 9 et le mystérieux "When Love Is Lust" en 1973), que les horribles avocats-politicards campés respectivement par Tom Felleghy (Spasmo) et Fernando Cerulli (Les Insatisfaites poupées érotiques du docteur Hitchcock), ou bien encore dans le rôle du propriétaire de l'hôtel, l'habitué du genre qu'est Antonio Anelli (La tarentule au ventre noir / Mais... qu'avez vous fait à Solange?). Rien à redire donc sur le jeu des acteurs, ils sont dans l'ensemble très bons.

Une autre des qualités du film consiste à laisser le spectateur dans le doute quant à la culpabilité ou non de notre anti-héros. Longtemps on s'interrogera là-dessus, même si le procédé utilisé initialement pour procurer ce sentiment pourra paraître un brin artificiel, ou même ressembler à de l'arnaque, avec comme un plan manquant et des personnages parfois en avance sur le spectateur, parfois en retard. Bref, un peu comme ça arrange Luigi Russo, le scénariste, pour torcher et boucler quelque chose qui se tient à peu près.

 

 

L'autre point fort du film, et l'un des derniers, concerne sa bifurcation à mi-chemin, dans un espace quasi-fantastique qui le fait même ressembler par moments à l'excellent The Perfume of the Lady in Black tourné deux ans plus tard. Les effets grand-guignolesques finissent par s'amonceler quasi à la manière d'un William Castle, et même si l'on sent bien qu'il y a anguille sous roche, le tout passe de manière fort plaisante.

Aidé par une belle photographie de Luciano Trasatti et une partition assez emballante de Coriolano Gori, La morte scende leggera demeure un giallo relativement rare qui, malgré ses artifices, notamment scénaristiques, reste à découvrir.

 

Mallox
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