Critiques par genre Giallo Arma, l'ora, il movente, L' (La proie des vierges)
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Arma, l'ora, il movente, L' (La proie des vierges)
Genre: Giallo
Année: 1973
Pays d'origine: Italie
Réalisateur: Francesco Mazzei
Casting:
Salvatore Puntillo, Bedy Moratti, Renzo Montagnani, Claudia Gravy, Eva Czemerys, Alcira Harris...
Aka: La proie des vierges (titre de diffusion télé) / The Weapon, the Hour, & the Motive
 

Dans un petit village du sud de l'Italie, on vit petit, entre peu de gens. Difficile de ne pas se connaître ni même d'ignorer les habitudes de son voisin au sein d'une communauté aussi réduite. Finalement, toute la vie du village semble tourner autour de l'abbaye. Une abbaye tenue par Dom Gorgio, un prêtre libertin (Maurizio Bonuglia), et dont les nonnes dans l'enceinte semblent toutes plus ou moins sous le charme. Un charme que celui-ci utilise, puisqu'il n'a pas moins de deux maîtresses dans le village : Giulia (Eva Czemerys), une cartomancienne qui n'hésite pas à tromper son mari, trouvant au prêtre des airs angéliques ; et Orchidea (Bedy Moratti), voisine de l'église, qui a pour habitude de venir soigner l'enfant malade hébergé dans l'abbaye, venant même quotidiennement lui faire sa piqûre (d'insuline ?). Il s'agit de Ferruccio (Arturo Trina), un orphelin que le prêtre recueillit en son temps. Celui-ci aime à jouer dans le grenier, avec pour compagnon un chaton. Il semble vouer une sorte d'amour oedipien pour Orchidea. Il lui reproche d'ailleurs régulièrement de ne pas passer d'avantage de temps avec lui et lorsqu'elle est absente, celui-ci se prête à quelques découpages les mettant en scène tous les deux réunis. Ailleurs, son passe-temps favori est de guetter les nonnes et la vie de l'église en général, grâce à un trou qu'il a fait dans le plancher, lequel lui permet de voir parfois même des choses qu'il ne devrait pas voir...

 

 

De son côté, Dom Giorgio est las de vivre dans pêché. Il est d'ailleurs violemment pris à parti par Barsetti, le vieux sacristain. Le seul qui semble ne pas s'en laisser compter, et à dire ouvertement ce qu'il pense au prêtre.

Dom Giorgio se défend à peine. Il aimerait lui aussi enfin accorder ses actes à sa foi pour cesser de vivre constamment dans une quête du pardon, retrouver une paix intérieure. Il prend la décision d'annoncer à ses deux maîtresses son désir de rompre. Cela se passe sans trop d'encombres avec Orchidea, mais il n'en n'est pas de même avec Giulia, beaucoup plus directive et qui, chantage aidant, le somme de se déshabiller pour lui faire l'amour. Sous le coup de la menace, Dom Giorgio s'exécute avant de rentrer se flageller violemment dans sa paroisse. Un œil le scrute, celui de Ferruccio. La nuit tombe et l'œil est toujours là, à scruter, tandis qu'une ombre glisse le long du mur de l'église. Une ombre qui bientôt se fige un instant lorsqu'une bille de l'enfant tombe à travers le trou qui lui sert à épier.

Le lendemain, au petit matin, Dom Giorgio est retrouvé mort assassiné à coups de couteau.

Le commissaire Franco Boito arrive sur les lieux du crime. Furieux que les nonnes aient déplacé le corps, il ordonne une reconstitution. Très vite également il remarque les stigmates sur le corps du prêtre. Celles-ci sont maculées de cire. Se pourrait-il qu'un coupe-bougie ait servi au meurtre ? Le sacristain est vite soupçonné, trop vite sans doute. Mais que vient faire cette bille non loin de l'endroit où Dom Giorgio a été tué ? Sans doute n'a-t-elle pas grand rapport avec cette affaire ; c'est en tout cas l'avis du commissaire...

 

 

L'arma, l'ora, il movente, est un giallo que l'on trouve difficilement en France, où il ne semble avoir été distribué ni en salles, ni en vidéo. Une injustice que les éditeurs de dvd se feraient bien de réparer tant cet unique film de Francesco Mazzei vaut le détour. Ce dernier oeuvra, il est vrai, d'avantage en tant que producteur jusqu'au début des années 70 ("World by Night", un mondo de la nuit – "Bianco, rosso, giallo, rosa", une comédie avec Anita Ekberg ou encore "Une jeune fille nommée Julien", du solide – Folie meurtrière - Tonino Valerii), avant de participer aux scénarios d'une poignée de films dont le dernier cité mais encore "Convoi de femmes" de Pierre Chevalier.

Pourtant, si L'arma, l'ora, il movente (aka La proie des vierges) repose avant tout sur un scénario habilement écrit (on retrouve d'ailleurs à la plume Marcello Aliprandi, auteur d'un "Meurtre au Vatican" en 1982, pour rester dans le domaine du thriller ecclésiastique), il vaut tout aussi bien pour sa mise en scène efficace et sans détour. Soit, l'amateur de fulgurances meurtrières en sera quelque peu pour ses frais (malgré les effets spéciaux signés par l'incontournable Carlo Rambaldi). Celles-ci n'atteignent pas forcément le quota habituel en plus d'être assez elliptiques, mais elles contenteront aisément l'amateur d'intrigues bien agencées, avec ici suffisamment de rebondissements, de personnages intéressants et de sous trames, qui donnent au film un rythme et un intérêt qui ne se dément jamais.

Non, le film de Mazzei a le mérite de jouer la carte de la sobriété, mais regorge néanmoins de nombreux moments spectaculaires ou de pur suspens.

 

 

En vrac, il sera difficile d'oublier la déambulation de nuit de Ferrucio, au sein d'une église où une simple brise et quelques oiseaux de proies empaillés offrent une fantasmagorie propre à l'enfant pris dans un cauchemar. De même, il y a ces nonnes, qui se flagellent en groupe après l'enterrement du prêtre, comme dans un rite ancestral, se châtiant sans doute de n'avoir pas dit tout ce qu'elles savaient à son propos. Difficile également de ne pas retenir l'une des protagonistes principales qui se fera salement égorgée, pour des raisons qu'on soupçonnait autres ; ni la manière aussi dont Ferruccio, (seul personnage, vous l'aurez compris, à connaître le coupable) parviendra à reconstituer de quelle façon un meurtre fut maquillé en suicide... Le suicidé, parfait coupable au préalable, était enfermé de l'intérieur dans son bureau, avec l'unique clé de la pièce devant lui sur la table – grand moment !). Citons aussi le passage quasi fantomatique d'une nonne (en l'occurrence la très belle Claudia Gravy), qui évitera à Ferrucio de se voir laisser tomber du haut d'une falaise par l'assassin. Et puis cette cérémonie de mariage entre le commissaire Barsetti et Orchidea, durant laquelle se mettront à pleuvoir des billes, mues par le chaton de Ferrucio, offrant ainsi une formidable scène finale sur laquelle je ne vous ferai pas l'indélicatesse de vous en dire plus !

 

 

Bref, les moments forts ne manquent pas. On évoquera également le complexe oedipien dont souffre Ferruccio, qui fantasme sur la personne la plus proche d'être sa mère, Orchidea, et la façon dont cela est intelligemment traité en filigrane. De même, ce jardinier sacristain qui n'hésite pas à faire un bras d'honneur à la police lorsqu'il est libéré, apportant ainsi quelques notes d'humour salutaire, à l'instar de cet adjoint au commissaire toujours à côté la plaque, tant et si bien qu'il finira même par tomber sur le râble de son chef, ou bien encore se pointera sous la douche des nonnes qui ne manqueront pas d'hurler...

On rajoutera, pour conclure, que les acteurs y sont tous très bons. Renzo Montagnani, plus habitué aux comédies de second ordre ("La toubib aux grandes manœuvres", "La prof et les cancres"... j'en passe et des meilleures, sans oublier bien entendu notre standard national, "Les aventures de Rabbi Jacob"), démontre ici qu'il peut exceller dans un registre dramatique. Le charme mystérieux et quasi magnétique d'Eva Czemerys (The Killer Reserved Nine Seats) dans un rôle secondaire fait merveille ; mais les deux grandes surprises du film demeurent Arturo Trina, admirablement dirigé dans le rôle de l'orphelin, et qui trouvera un autre rôle la même année dans "Sepolta viva" d'Aldo Lado, avant de complètement disparaître du paysage cinématographique ; et puis surtout Bedy Moratti (aperçue sans être créditée au générique de Liz et Helen de Freda, puis plus tard dans le très faiblard ...a tutte le auto della polizia de Caiano), qui impose ici une étonnante présence. Pour l'anecdote, on notera qu'on retrouve Bedy Moratti et Eva Czemerys la même année, à l'affiche de "Condamnées à l'enfer" alias "La vie sexuelle dans une prison de femmes", de Rino Di Silvestro.

En tout cas, L'arme, l'heure et le mobile est un giallo riche et très habile, qui mériterait une audience et une reconnaissance bien plus grandes.

 

 

Mallox
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