Jade
Genre: Erotique , Thriller
Année: 1995
Pays d'origine: Etats-Unis
Réalisateur: William Friedkin
Casting:
David Caruso, Linda Fiorentino, Chazz Palminteri, Michael Biehn, Donna Murphy, Richard Crenna, Ken King, Holt McCallany, David Hunt, Angie Everhart, Kevin Tighe...
 

San Francisco - David Corelli enquête sur le meurtre du millionnaire Kyle Medford. Une prostituée le met sur la piste d'une certaine Jade, une insatiable nymphomane fréquentant les hautes sphères. Mais elle est assassinée avant d'avoir pu l'identifier. Des indices troublants orientent Corelli vers son ancienne amie, Trina.

 


En 1977, Sherry Lansing fut la première femme à prendre la tête d'un studio Hollywoodien. En 1990, elle devient patronne de la Paramount, et en 1991 elle épouse un certain William Friedkin. Tout cela pourrait être une simple anecdote si nous n'étions à Hollywood. Dans ses mémoires, le scénariste Joe Eszterhas, sûrement pas très content d'avoir été nominé deux fois la même année comme pire scénariste aux fameux "Razzie Awards" pour "Jade" & "Showgirls" (il a d'ailleurs gagné grâce à "Showgirls"), accuse Sherry Lansing d'avoir imposé son mari comme réalisateur, et d'avoir ainsi torpillé la production. Eszterhas oublie (volontairement) de préciser que son scénario se trouve dans la liste des Razzie Awards, mais ni le film, ni son réalisateur ne sont nominés, contrairement à "Showgirls", qui remportera tout cette année la. En fait, depuis "Basic Instinct", le surestimé Joe vend à prix d'or des photocopies de son script dont il change le titre ("Silver", "Jade") à sa convenance. En 1995, il propose à la Paramount une de ses nouvelles arnaques. A tout hasard, Sherry Lansing propose le script à son époux, ce dernier étant bien l'un des rares à pouvoir en tirer quelque chose de valable. A sa grande surprise, le réalisateur accepte le projet. En fait Friedkin, a envie de tourner, et il sait que malgré ses nombreux succès il n'est plus guère en odeur de sainteté à Hollywood.

 


D'emblée, Friedkin fait fort, car si "Jade" n'est pas son meilleur film (on aurait même tendance à le considérer comme mineur), il demeure une œuvre intéressante et sous estimée. Le réalisateur va s'approprier le scénario d'Eszterhas et transformer ce qui s'annonçait comme un ersatz de "Basic Instinct" en polar vénéneux et malade. Pas de cinémascope, mais une image serrée en 1:85 photographiée de main de maître par Andrzej Bartowiak, meilleur directeur photo que réalisateur ("Roméo doit mourir") ; le tout accompagné d'une musique lancinante et obsédante (magnifique partition de James Horner). Techniquement, on est rassuré, le réalisateur n'a pas perdu la main. Les dix premières minutes sont magnifiques. Sur le fond, on est plus inquiet. Que va bien pouvoir faire Friedkin avec le matériel à sa disposition ? Il décide de changer la donne, et au lieu de laisser planer un semblant de suspense, il révèle carrément l'identité du tueur des le début, lorsque le procureur Corelli (interprété avec sobriété par David Caruso) ramasse le bouton de manchette. Un stratagème qui lui permet de transformer une enquête policière en un subtil jeu de stratégie, entre un procureur, dont on se demande quelles sont les véritables intentions, et le tueur. Le procureur se retrouve bien vite au milieu d'un imbroglio politico-sexuel, et le vide va s'opérer autour de la fameuse "Jade". Les témoins disparaissant au fur et à mesure de l'enquête, lui-même sera victime d'une tentative de sabotage, ce qui lui vaudra un magnifique vol plané au volant de sa voiture. Le meurtre d'Angie Everhart, se faisant désarticuler comme un pantin par une voiture, permet en outre au réalisateur de nous offrir une nouvelle scène de poursuite. Sans être un morceau d'anthologie comme celle de "French Connection", elle reste cependant intéressante, car se déroulant en partie lors d'un carnaval chinois. Avec un certain cynisme, le réalisateur filme ces voitures roulant au pas, engluées dans les cortèges, et creusant un sillon sanglant parmi les participants. Une nouvelle fois, Friedklin nous montre qu'il n'a pas perdu la main en signant l'un des meilleurs polars "oubliés" de cette fin de siècle.

 


Comme à son habitude, Friedkin ne peut s'empêcher de parsemer son film d'images subliminales, et de scènes apparemment gratuites ou sans intérêt. Lors d'une séquence, l'avocat Matt Gavin téléphone à sa femme, en voyage, pendant qu'une autre lui fait une fellation. On s'apercevra plus tard que cette personne est en réalité la secrétaire du procureur, qui va lui remettre l'adresse du rendez-vous avec un témoin gênant (Angie Everhart), qui sera bien sûr éliminé. En fait, le réalisateur remplit avec cynisme sont cahier des charges. Vous voulez des scènes de "cul", vous allez en avoir, seulement celles-ci sont loin d'avoir le glamour de "Basic Instinct". On apprend bien vite que la fameuse Jade n'est autre que la face cachée du psychiatre Trina Gavin (Linda Fiorentino formidable) à la recherche de plaisir que son double semble avoir perdu en épousant le fameux avocat Matt Gavin. Elle se livre à diverses acrobaties sexuelles avec plusieurs membres éminents de la haute société (dont un gouverneur), des ébats qui furent filmés par Medford, la victime. Une partie des scènes chaudes nous sont proposées via des vidéos que visionnent les enquêteurs, mettant le spectateur dans le rôle ambigu du voyeur, une petite manie héritée de l'époque où il réalisait des documentaires, et que Friedklin utilise souvent dans ses films, ce qui donne ce petit côté brut de décoffrage qui caractérise le réalisateur. Sans être un chef d'œuvre, "Jade" est un bon petit polar commercial et formaté, certes, mais par William Friedklin, ce qui n'est pas rien en soit, et c'est pour cette raison qu'il ne faudrait pas le sous estimer. A voir au moins une fois, donc, ou plus si affinité.

 

 

The Omega Man

 

A propos du film :

# D'après certaines sources, il existerait une version "director's cut" sortie aux USA uniquement en VHS et sur les chaînes câblées, une version en Pan and Scan mais plus longue de douze minutes. Il faut toutefois préciser que la version européenne étant plus explicite sur le sexe que la version américaine, certains ajouts se trouvent donc déjà sur la copie non censurée européenne.
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