Maison des damnés, La
Titre original: The Legend of Hell House
Genre: Horreur , Maisons hantées
Année: 1973
Pays d'origine: Grande-Bretagne
Réalisateur: John Hough
Casting:
Roddy McDowall, Pamela Franklin, Clive Revill, Gayle Hunnicutt, Michael Gough...
 

Un vieux millionnaire achète un manoir hanté et y envoie une équipe de scientifiques et de médiums afin de découvrir s'il existe bien une vie après la mort. L'équipe a une semaine pour fournir des preuves ; parmi eux se trouve le seul survivant d'une précédente expérience.



Au début des années septante le producteur James Nicholson (le papa de Jack et l'un des patrons fondateurs de l'AIP) décide de se lancer dans une aventure en solo ; ce qu'il ne sait pas c'est que "La maison des damnés" sera, avec "Larry le dingue et Mary la garce", l'une de ses deux dernières productions. En effet, le pauvre décèdera avant même la sortie de "Larry le dingue et Mary la garce". Nicholson connaissait l'écrivain Richard Matheson pour avoir travaillé avec lui sur les adaptations de Poe réalisées par Roger Corman. Il propose alors au romancier d'adapter son propre roman, "Hell House", sorti en 1971 et hommage au film de Robert Wise, l'inégalable "La maison du Diable", chef d'oeuvre d'angoisse diffuse adapté lui aussi d'un roman (assez quelconque diront certains) : "The Haunting of Hill House", de Shirley Jackson. L'adaptation cinématographique a gommé quelques excès (surtout sexuels, plus de crucifix avec un Christ exhibant un énorme phallus), supprimé des personnages (dont le fils du commanditaire) et déplacé l'action du Maine vers l'Angleterre.
Pour mettre en images le scénario de Matheson, la production fit appel à un réalisateur du crû, John Hough ("Incubus"), qui venait de réaliser l'année précédente l'intéressant "Twins of Evil" (1972) pour la Hammer, et qui fait partie de ces réalisateurs qui donnèrent au cinéma d'exploitation anglais ses lettres de noblesse. Comme beaucoup de ses collègues, ce dernier travaillera sur la mythique série "The Avengers / Chapeau melon et bottes de cuir", où il apprit un sens du cadrage spécifique (beaucoup de contre plongées), et l'utilisation optimale des objets et des décors. Une particularité qui lui sera bien utile sur ce film, dont l'essentiel de l'action se déroule à l'intérieur de la bâtisse maudite. Le réalisateur devra faire preuve d'une réelle imagination pour ne pas ennuyer les spectateurs. Avec l'aide de son directeur de la photographie (qui lui aussi s'est fait les dents sur la série "Chapeau Melon"), il aura recours à de multiples effets visuels avec beaucoup de gros plans des visages (attention aux spots qui se reflètent dans les lunettes !) et un travail incroyable sur les ombres et les reflets. Ajoutons aussi une musique quasi expérimentale de Brian Hodgson et Delia Derbyshire, tous deux bruiteurs et compositeurs électroniques pour la BBC ("Dr Who"). Ils sortiront en 1968 "White Noise - An Electric Storm", album expérimental qui deviendra une pierre angulaire de la pop anglaise. Leur travail sur l'ambiance du film est quasi imperceptible mais incontestable ; coupez le son et vous verrez la différence !



Quatre volontaires (aux motivations variées) se retrouvent dans une étrange bâtisse dont la réputation de maison hantée n'est plus à faire. Loin de vouloir révolutionner le genre, John Hough utilise les stéréotypes de rigueur (toiles d'araignées, ombres...) pour créer une ambiance surnaturelle. Ainsi, les rares plans extérieurs de la maison (contrairement au roman, le film sort rarement de son cadre, fini le marais des bâtards…) sont toujours nimbés de brouillard et filmés suivant des angles et des détails savamment étudiés (voir le chat noir qui passe en premier plan). Sans jamais trop en monter, Hough réussit son pari de faire planer la présence maléfique du démoniaque Belasco, avec comme surprise finale l'apparition de son corps (ce qui nous vaut un caméo du grand Michael Gough). Le réalisateur essaye aussi de respecter une certaine authenticité et une crédibilité dans la description des phénomènes surnaturels, comme l'indique ce petit texte au début du film rédigé par Tom Corbett (célèbre médium britannique de l'époque, spécialiste des phénomènes psychiques) qui indique que les événements décris dans le film sont fictifs mais pourraient exister. Cette recherche de crédibilité nous donnera une séance de spiritisme assez impressionnante, à base d'ectoplasme sortant des doigts de Pamela Franklin, une étrange expérience qui nous sera expliquée scientifiquement par les théories du docteur Chris Barrett / Clive Revill, rendant la chose encore plus insolite (à condition d'y croire un minimum). Il faut préciser qui si certains aspects sexuels du roman ont été gommés (notamment quelques descriptions anatomiques), le film garde une forte connotation sexuelle. Ainsi, la femme du professeur est suggérée comme inconsciemment insatisfaite (il faut la voir essayer de vamper un Roddy McDowall assez dubitatif), et la médium sûrement encore vierge (physiquement et psychiquement). Ajoutons deux personnages masculins considérés chacun comme impuissants physiquement (pour le scientifique) et psychiquement (pour le médium traumatisé). Il n'en faudra pas plus pour que l'esprit lubrique de Belasco se mette au travail, à moins que ce ne soit l'inconscient des volontaires !



Il faut aussi reconnaître qu'une partie de l'efficacité du film vient de son casting, avec en tête Roddy McDowall, excellent en médium rescapé et traumatisé d'une précédente expérience dans la demeure. On ne présente plus le regretté Roddy, dont la filmographie débute dans les années trente, pour finir à sa mort dans les années nonante. Enchaînant toutes sortes de productions (séries B, films d'auteur, grands spectacles), l'acteur s'est retrouvé dans de nombreux films fantastiques. Ainsi, pendant les années septante, il est apparu dans "Les évadés de la planète des singes", "L'apprentie sorcière", "La conquête de la planète des singes", "L'aventure du Poséidon", "La bataille de la planète des singes", "Laserblast", "Embryo"... Clive Revill interprète un physicien pragmatique et rationaliste, pour qui les phénomènes paranormaux ne sont que des reliquats d'énergie emmagasinés par la demeure, et qui va tenter de l'assainir grâce à une machine de son invention. Le nom de Clive Revill ne vous est peut-être pas familier, mais son visage, lui, doit sûrement vous évoquer quelque chose. Car cet acteur néo-zélandais joue depuis les années cinquante, et il est apparu dans nombre de films ("La vie privée de Sherlock Holmes", "Assassinats en tous genres", "Les souliers de Saint-Pierre") et séries télé ("Chapeau melon et bottes de cuir", "Columbo", "Colorado"...). Dans les pays anglo-saxons, sa voix est très appréciée pour les doublages (la voix de l'empereur dans "l'Empire contre attaque", c'est lui). Le deuxième médium est interprété par la mignonne Pamela Franklin, fragile et sensible, qui sera la victime de l'esprit pervers qui hante les lieux. On a découvert la frimousse de l'actrice dans l'inquiétant "Les innocents", où elle jouait le rôle d'un des enfants, au côté de Deborah Kerr. Par la suite, Pamela est apparue dans quelques productions fantastiques comme ("Satan's School for Girls", "Soudain les monstres"...), mais c'est à la télévision qu'elle fit le plus d'apparitions, notamment dans la plupart des séries un temps soit peu fantastiques des années soixante-dix ("L'homme qui valait trois milliards", "Gemini Man", "Le sixième sens", "Project UFO"...). La femme du scientifique est interprétée par l'actrice Gayle Hunnicutt, une très jolie brune qui jouera dans diverses séries des deux côtés de l'Atlantique ("Dallas", "Le retour du Saint", "Les aventures de Sherlock Holmes"...).
Si "La maison des damnés" n'est pas le chef d'oeuvre absolu du genre (titre détenu jusqu'à présent par l'incroyable "Maison du Diable" de Wise), il demeure un très bon film de maison hantée, un genre assez spécifique qui reste toujours assez périlleux (voir "Hantise", exemple de tout ce qu'il ne faut pas faire), et un exercice dans lequel John Hough, vieux roublard de la télévision anglaise, se tire avec les honneurs en plaçant son film dans le sillage de celui de Wise, réalisant une belle machine à faire peur !



The Omega Man


En rapport avec le film :

# Le film a semble-t-il subi quelques coupes. Ainsi, certains sites internet en répertorient généralement trois :

- après que Pamela se soit faite violer par l'esprit du fils de Belasco, elle ouvre les yeux et voit en flash le corps décomposé de ce dernier.
- après que Pamela se fasse écrasée par la croix, des plans serrés la montrent se couper les veines afin que son sang apporte la preuve sur l'identité de l'esprit.
- après que le scientifique se soit aperçu que sa machine n'avait pas fonctionné, il est traîné par l'esprit à travers les couloirs de la maison, coupé et écrasé par les objets environnants.

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