Maniaci, I
Genre: Comédie , Sketchs
Année: 1964
Pays d'origine: Italie
Réalisateur: Lucio Fulci
Casting:
Raimondo Vianello, Franco Fabrizi, Walter Chiari, Barbara Steele, Gigi Ballista, Sandra Mondaini, Aroldo Tieri, Umberto D'Orsi, Enrico Maria Salerno, Franco Franchi, Ciccio Ingrassia, Franca Valeri, Ugo Fangareggi, Margaret Lee...
Aka: The Maniacs / Beautiful Eyes
 

Tout comme Gli imbroglioni, son film précédent, I maniaci est basé sur une série de sketches se voulant des petites peintures de caractère. Ici, toujours sur le mode comique, Lucio Fulci s'amuse à croquer les manies les plus profondes de ses congénères, en plus de poursuivre son petit jeu de "chamboule tout" sur certaines institutions ou valeurs qu'il juge figées, réactionnaires, et pour tout dire régressives.

Le film est donc composé d'une quinzaine de sketches, très courts, que l'on peut énumérer ainsi :
- Le premier sketch ("L'elaborazione") met en scène un conducteur de corbillard obsédé par son véhicule au point de vouloir en faire un objet parfait pour ses clients et de les satisfaire ainsi.
- Dans "Lo sport", un petit chef de bureau autoritaire perd un pari sportif et transforme sa femme en bombe pour ne rien montrer. Petit problème, celle-ci va devenir trop attirante pour certains des employés.
- "Il sorpasso" raconte la drôle d'histoire d'un type obsédé par la vitesse, qui se croit dépassé par une voiture, tente de la dépasser à son tour, pour s'apercevoir enfin que les phares entrevus étaient ceux d'un avion !
- Voici donc "L'hobby", où l'on rencontre deux amies qui occupent tous leurs week-ends à épier puis à parler de leurs maris afin de savoir ce à quoi ils les occupent.
- "I consigli", un couple a pris l'habitude de se quereller pour tout et rien. Si bien qu'une dispute à propos d'un détail lors d'une promenade en voiture les mènera à l'accident.
- Dans "La protesta", Pasquale et Mario passent leur vie à protester contre les gouvernements et semblent même être restés bloqués dans une tranchée en 1943. Tous des fachos !
- "Il pezzo antico" voit un couple, obnubilé par les objets d'arts, partir au bout du monde dans un monastère pour y faire du shopping.

 

 

- Dans "La parolaccia", un écrivain est en pane d'inspiration. Pour finir son dernier roman, il décide d'aller rendre visite à un écrivain à succès et plutôt constipé, lequel lui conseille à sa grande surprise de gagner en vulgarité et en perversité.
- Arrive "Lo strip", où un homme ne peut s'empêcher chaque soir d'aller dans une boîte de strip-tease pour tromper sa solitude et pour trouver par procuration du plaisir charnel. Petit problème cependant : ça le rend un peu trop nerveux.
- "Le interviste" voit un conseiller gouvernemental interviewé pris de tics jusqu'à péter un câble, afin d'esquiver les questions répétées sur la corruption du gouvernement.
- Dans "L'autostop", un homme d'affaires prend régulièrement des auto-stoppeurs à son bord. Issu du Nord, un choc de cultures aura lieu dès lors qu'il prendra à son bord un homme du Sud.
- "La cambiale" raconte l'histoire de deux couples (les Brugrolis et les Bonfanls) qui rentrent en guerre pour dépenser le plus possible d'argent chacun devant l'autre, afin de montrer leur richesse.
- Dans " Il weekend", deux voleurs, Franco et Ciccio, font irruption dans un hôtel particulier pour le cambrioler, pensant que les propriétaires sont absents. Voici que, contre toute attente, la femme infidèle ramène son amant tandis que le mari ramène sa maîtresse. Chacun pensait être tranquille, autant dire que ce ne sera pas le cas !

 

 

Ce que l'on a tendance à oublier, vu l'importance qu'ont pu prendre ses thrillers ou ses films d'horreur, c'est que les années 60 furent finalement les plus fastes en Italie pour Lucio Fulci.
Le fait de travailler alors avec des stars comme Walter Chiari, Franco et Ciccio ou Raimondo Vianello (et même s'ils sont à ce jour quelque peu oubliés) garantissait alors une salle de cinéma remplie, avec parfois même des queues étonnantes.
Certes, Fulci n'a jamais eu à l'époque la reconnaissance critique d'un Comencini ou d'un Monicelli, mais, à l'instar de certains de ses confrères comme Steno ou Marino Girolami, il jouissait malgré tout d'une bonne popularité, due au fait que ses films savaient se montrer talentueux et malins, ce à peu de frais ; tant et si bien que ces films, que l'on dit souvent faits en série, paraissaient suffisamment convenables pour que les gens s'y déplacent et pour que les producteurs réinvestissent... et ainsi de suite. Un talent déjà maîtrisé par le metteur en scène qui ne cessera de s'affirmer dans ses travaux ultérieurs et dans des genres très différents.
Le début des années 60 est également marqué par le début des films à sketches, lesquels rencontrèrent assez vite de beaux succès. ("Amori pericolosi" qui sort la même année, mis en scène entre autres par Carlo Lizzani et avec une pléiade d'acteurs comme Jean Sorel, Gérard Blain, Sandra Milo, Frank Wolff, fait lui-même un tabac).

 

 

Ce qui diffère légèrement dans I maniaci, c'est la multitude de segments qui le composent, avec des durées pouvant osciller entre quelques secondes jusqu'à presque un quart d'heure. Là, où jusqu'ici, cinq ou six sketches suffisaient. Fulci, de son côté, préfère offrir de petits instantanés supposés dresser le portrait d'une époque. Nous sommes en 1964, et donc en plein boum économique ; chacun sait que dans les périodes les plus difficiles, ce ne sont pas forcément les aspects individuels les plus reluisants de l'être humain qui ressortent, et c'est avant tout dans ce contexte qu'il convient de juger I maniaci, tout inégal qu'il puisse être.
Le reproche que l'on puisse faire ici, et a contrario d'un Gli imbroglioni pourtant moins bon, c'est un manque d'unité, puisque finalement le réalisateur nous balance une série de scénettes n'ayant le plus souvent aucun lien entre elles, et n'étant même pas unifiées par une histoire annexe les englobant toutes. Soit, on retrouve au travers des historiettes des thèmes communs (qu'on retrouvait d'ailleurs dans ses films précédents : Urlatori alla sbarra, Colpo gobbo all'italiana, Les faux jetons, Un type étrange... ou suivants : Young Dracula, Obsédé malgré lui, "Juge ou putain") comme le sexe, une religion hypocrite, le mariage qu'il aime mettre à mal, l'oppression par travail, l'obsession ou le manque d'argent, le football décrit comme un sport de sauvages sinon de cons...), mais tout ceci ne semble là que par pur hasard ; c'est paradoxalement ici que cela peut se voir comme des obsessions d'auteur et donc, malgré tout et aussi, comme une qualité.
Si l'on fait fi de son manque le liant, I maniaci trouve donc, on ne sait par quel miracle, une certaine unité sinon de forme, en tout cas de ton, tant et si bien qu'il paraît parfois même moderne et se ferait presque le précurseur de certains shows plus tardifs, comme ceux des Monty Python.

 

 

S'il y a tout de même une chose regrettable, malgré tout, c'est la piètre qualité de certains sketches qui, à l'instar de ceux que l'on trouvait dans Gli imbroglioni, sont si peu drôles qu'ils frôleraient la correctionnelle en plus d'en faire pâtir d'autres, minoritaires certes, mais quant à eux très bons. Sans aucun doute, I maniaci souffre de la présence de trop de noms attelés au scénario, et derrière les histoires ici présentées : Franco Castellano, José Gutiérrez Maesso, Giuseppe Moccia, Vittorio Viechi, Mario et Tonino Guerra sont sans doute des gens affûtés alors et de talent, mais cela fait de toute évidence trop pour un seul film.
On ne va pas disséquer chaque segment, mais il en est certains qui méritent toutefois qu'on s'y attarde plus que d'autres.
"La parolaccia" est sans conteste le plus sournoisement délirant dans sa progression. Mais c'est peut-être aussi celui qui prend le plus son temps pour bien développer et son histoire et ses personnages. On y retrouve Baietti (Umberto d'Orsi – formidable de retenue) dans le rôle de l'écrivain en panne d'inspiration, qui s'en va donc voir l'un de ses collègues devenu un écrivain à succès (Enrico Maria Salerno, épatant lui aussi, mais de verve convaincante). Ce dernier lui conseille de donner un peu de piment à son histoire et de la perversité à son style. Le résultat sera autant surprenant qu'hilarant, puisqu'au final le roman sera rempli de nazis homosexuels et de parachutistes transsexuels !

 

 

Un autre segment qui reste fort sympathique est "L'autostop", dans lequel on y trouve à nouveau Umberto d'Orsi en homme d'affaires du Nord de l'Italie (Walter Chiari), prenant en auto-stop un homme simple venant du Sud de l'Italie pour venir trouver du travail au Nord. Leur culture est tellement différente que leurs rapports vont inéluctablement se dégrader, tant et si bien que chacun va petit à petit soupçonner l'autre d'être un assassin et même un tueur en série. Fulci n'y va pas avec le dos de la cuillère et met les deux pieds dans le plat du problème de migration des "pauvres" du Sud de l'Italie, méprisés de venir prendre le travail des riches patrons qui se trouvent tous au Nord. La fracture est si grande qu'il est difficile, à la vision du sketch, de ne pas penser à La longue nuit de l'exorcisme et le même thème de scission entre l'Italie urbaine et rurale.

Finissons tout de même pour dire que, contre toute attente, la partie la plus franchement drôle du film demeure la dernière avec Franco et Ciccio surpris en plein cambriolage. On nage en plein vaudeville absurde et quasi surréaliste, les Marx Brothers ne sont pas loin, et c'est mené de main de maître et à un rythme d'enfer par Lucio Fulci. A ce titre, il convient de préciser que même inégal en terme d'écriture, I maniaci est un film, techniquement parlant, parfaitement maîtrisé par son réalisateur.
Si la qualité des sketches n'est pas toujours à la hauteur, notamment au vu d'un casting de haut niveau par rapport à son budget, et si I maniaci ne vous inspire pas plus que cela, il est cependant à voir au minimum pour les apparitions d'un lot de starlettes toutes plus appétissantes les unes que les autres : Barbara Steele, Gaia Germani, Ingrid Schoeller, Rada Rassimov, Margaret Lee, Lisa Gastoni, en plus d'offrir un sympathique album de photos d'époque. A ce titre, je n'oublierai pas non plus de mentionner les excellentes musiques qu'on y trouve, toutes signées par les talentueux Ennio Morricone et Carlo Rustichelli.

 

 

Mallox

 

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