Villemolle 81
Genre: Zombie , Comédie , Expérimental
Année: 2009
Pays d'origine: France
Réalisateur: Winshluss
Casting:
Frédéric Felder, Blutch, Frédérique Arnoux, Frédéric Lathérade, Pierre Laxade, Hélène Larrouy, Fabrice Warchol, Jérôme Jolicart, David Bourgeois, Nicolas Leroy, Grégory Lakowixz, Jean-Louis Capron...
 

Une ville de ploucs ; des moustachus : le maire, les policiers municipaux ; une émission de télé ringardissime présentée par un has been ; un gourou porté sur la coke ; des adeptes d'une secte apocalyptique ; un agriculteur mélomane ; une artiste ultra-féministe qui voit une arme dans chaque pénis ; une météorite et puis des zombies, sans oublier un requin-tigre et 45000 hamsters. Ajoutez-y 16000 litres de Sangria pour faire passer le tout et vous avez là les principaux ingrédients d'un film chaotique où les genres se suivent sans se ressembler et où les techniques se télescopent ou se succèdent au fil des séquences.

 

 

Couleur, noir et blanc, couleur ; images filmées, images animées, mix des deux ; maquette, stop motion, trucages numériques, prothèses en latex, maquillages divers... Villemolle 81 condense sur 80 minutes un festival d'effets au service d'un récit plutôt saugrenu mais porté sur la bonne humeur comme son maire sur la boisson.

Deux parties véritablement distinctes, dans le film. La première, la moins réussie, dure environ 45 minutes et est constituée pour l'essentiel des images d'une émission de terroir : "Charmants villages de France", animée par Marc Chambaze et qui se veut le miroir d'une réalité rurale mais néanmoins vivace, constitutive d'un certain art de vivre reposant sur la culture et l'histoire. Et ça tombe bien puisque Franck Ballon, le maire de ce village dont les ambitions touristiques sont démesurées, porte un projet de spectacle vivant et médiéval mobilisant les forces vives de son petit bled. S'ensuit alors une enfilade de séquences plus ou moins comiques sur ces personnages plus portés sur la sangria que sur l'eau pétillante et tous azimutés à plus ou moins grande échelle.

 

 

Que ce soit avec la secte des Zoltariens ou avec cet écologiste bobo se déguisant en Gros Nounours, que ce soit lors d'une fête avec farandole et biture ou lors du spectacle de "La battaille (sic) de Villemolle", tout sent le Groland et une inspiration commune. Pas étonnant, donc, que le film ait reçu le Prix de la découverte au festival du film de Quend du film grolandais... Il y a de la tronche, de l'humour un peu lourd, des stéréotypes proches de la caricature, de l'outrance et un esprit qui n'a pas peur d'en rajouter une louche et de souligner le trait.
Pas franchement ratée, cette première partie est un peu trop décousue et télévisuelle, un peu trop déjà-vue en fait, pour vraiment emporter l'adhésion ; elle met du temps à trouver son rythme et manque presque de perdre son spectateur avant de réussir à l'accrocher et de lui donner envie de continuer sur cette route perdue dans la cuvette du Tarn... Les séquences animées apportent un véritable plus à ce niveau, parfois simples et presque logotypiques, lorsqu'elles illustrent les analyses du "super-ordinateur" de la commune, parfois chamarrées et psychédéliques, lorsqu'elles racontent la transformation d'un quidam en Zoltar, prédicateur de l'apocalypse.

 

 

Au bout de 45 minutes de film, donc, et après une représentation de la fameuse bataille de Villemolle particulièrement réaliste ( !), une météorite tombe dans le secteur. Marc Chambaze pisse dessus et la zombification de tout ce qui vit alentour peut commencer. Ainsi que le générique nous annonçant le titre du film et le nom de tous ceux qui y ont participé... Et c'est là que Villemolle 81 devient plus particulièrement réussi, gardant cette énergie propre au manque de moyens pour l'insuffler dans le film de genres et poursuivre ses expérimentations visuelles et/ou scénaristiques avec agressions de morts-vivants, fuite en voiture, accident spectaculaire et même largage de bombe atomique !

Là, on quitte le registre purement télévisuel pour toucher à un cinéma qui fait clairement référence aux grands anciens, Romero en tête avec La nuit des morts-vivants, mais aussi à une folie furieuse beaucoup plus contemporaine jouant sur les images, les sons et les effets visuels, sans s'interdire néanmoins le noir et blanc, ni d'en appeler au muet et à ses cartons. Avant de rechanger, une fois de plus, de braquet et de faire le grand écart en plongeant avec volupté dans une séquence de karaoké absurde mais bigrement colorée où Gros Nounours, cousin tarnais des Bisounours, se fait dévorer par les zombies. Les moustachus qui peuplent cette contrée en pleine colonisation sortent tout droit de films d'entreprises des années 70 et les flics surarmés de la police municipale ne dépareraient pas dans un remake franchouillard d'"Hot Fuzz" (qui se passait d'ailleurs, lui aussi, dans un charmant village, mais anglais cette fois).

 

 

"Villemolle 81 est d'abord et avant tout un film comique. C'est un subtil mélange entre Rohmer et Romero – le premier pour le jeu d'acteur, le second pour les effets spéciaux..." C'est pas moi qui le dis, c'est Winshluss, dans le dossier de presse, offrant aux journalistes plus ou moins fainéants, quelques repères pour voir le film sans s'y perdre. Film comique, c'est certain : on voit bien qu'il y a cette ambition de faire rire tout en jouant avec les codes des genres télévisuels et des films de zombies. Subtil mélange, en revanche, on sera un peu plus circonspect. La subtilité n'est pas la force de ce film et on est quand même au final assez loin de Rohmer comme de Romero (même si la proximité avec celui-ci est plus flagrante, ce dont je me réjouis d'ailleurs).

Winshluss vient de la bande dessinée (lire notamment son Pinocchio), des Requins marteaux plus particulièrement, maison d'édition en difficulté financière ces temps derniers, et ça se voit dans cette liberté qu'il s'autorise dans la mise en images de ses délires et ceux de son comparse Frédéric Felder, co-scénariste et acteur interprétant le maire. Il ne maîtrise pas tout et c'est tant mieux. Il n'a pas beaucoup d'argent et c'est très bien comme ça. Il tente, réussit parfois, échoue aussi, mais le carambolage visuel qu'il présente est le signe de quelqu'un qui ose et n'a pas peur de se planter. "Je n'avais jamais fait de film en "live" et je voulais savoir comment se passe le processus entre une idée et sa transposition à l'écran. Villemolle a été utile : ça m'a appris certaines bourdes que je ne referai pas. Les séquences de zombies par exemple : on les a uniquement tournées de face parce que c'était plus fun et plus esthétique, mais au montage, je me suis retrouvé comme un con avec un seul type de plan..." (dans Brazil, n° 40) Dire que le film n'est pas exempt de défauts serait d'ailleurs un euphémisme. Sa première partie est clairement trop longue et le filmage volontairement amateur parfois lassant quand les situations présentées ne sont pas assez percutantes ; le jeu d'acteur un peu trop outré et caricatural nuit parfois à son aspect comique : on voit trop l'acteur jouant le plouc pour s'en moquer de bon cœur) ; le rythme un peu trop nonchalant (volontairement si l'on en croit son auteur) pour river le spectateur devant son poste.

 

 

Mais les qualités, nombreuses, n'en sont pas moins présentes : la première, celle de se lancer dans une aventure un peu marginale et difficile à étiqueter simplement (or on sait qu'on aime beaucoup, en France, mettre chaque film à sa place, dans la case qui lui correspond) ; la seconde, déjà évoquée, celle de télescoper les genres et les moyens de les représenter (à cet égard, l'alternance de plans sur une Opel Manta miniature circulant au cœur d'une maquette et trois fuyards roulant à grande vitesse dans cette même Opel Manta mais grandeur réelle est une séquence particulièrement réussie). Troisième grande qualité du film : cette capacité à surprendre le spectateur puisqu'il ne sait jamais vraiment où on va l'emmener et que Winshluss ne recule devant rien pour le désarçonner (remember the karaoké).

Inégal donc mais franchement sympathique une fois qu'on y est bien entré, Villemolle 81 est le second long-métrage réalisé par Winshluss (le premier étant Persépolis, co-réalisé sous son vrai nom, Vincent Paronnaud, avec Marjane Satrapi), auteur de BD avant d'être cinéaste mais parvenant à faire se rejoindre ses deux univers derrière et devant la caméra (cf. le rôle du journaliste Marc Chambaze, incarné par Blutch). Pour conclure et résumer, en quelque sorte, l'esprit du film, on se contentera de décrire le blason de la ville : une tour d'où sort un poing tenant une saucisse de hamster, entourée de deux tonneaux à ailes déversant une mer de sangria... Winshluss doit d'ailleurs avoir des actions chez les producteurs de cette boisson hispanique puisqu'il a rajouté comme devise à l'étendard de la ville : Sangria ex Machina...

 

 

Bigbonn

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