Vampires (2009)
Titre original: Trapped
Genre: Vampirisme , Comédie
Année: 2009
Pays d'origine: Belgique
Réalisateur: Vincent Lannoo
Casting:
Carlo Ferrante, Vera Van Dooren, Pierre Lognay, Fleur Lise Heuet, Bénédicte Bantuelle, Baptiste Sornin, Selma Alaoui, Arnaud Maillard, Paul Ahmarani, Julien Doré...
 

Les vampires existent et ils ont même invité une équipe de reportage à les suivre dans leurs activités quotidiennes, et surtout nocturnes. Problème : la 1ère équipe n'est pas revenue, ni la seconde, ce n'est donc qu'après deux ans que l'essai est renouvelé et, cette fois-ci, transformé. Bienvenue, donc, dans une famille de vampires belges ! A sa tête, George, calme et posé. A ses côtés, Bertha, dondon dodue et extravertie. Leurs enfants ensuite, Samson, le fêtard, et Grâce, l'adolescente à problèmes, qui s'habille de couleurs vives et rêve d'être humaine et de pouvoir mourir. Sans oublier les voisins du dessous, de la cave en fait, Bienvenu et Elisabeth, vampires portés sur les traditions et rageant d'être ainsi relégués au sous-sol.

 

 

Qu'est-ce que ça fait de sa vie éternelle, un vampire ? Eh bien, pas grand-chose : ça dort le jour, ça vit la nuit, ça mange des sans-papiers, immigrants pensant avoir trouvé une sympathique terre d'accueil en arrivant en Belgique et réduits à l'état de viande ambulante livrée à domicile par des passeurs indélicats. Le reste du temps, chacun s'occupe comme il peut, tout le monde couchant avec tout le monde, puisque chez les vampires il n'y a pas de notion d'inceste. Grâce se "suicide" régulièrement, sous les quolibets de son frère, qui fait des virées avec l'ami Steve.

Quant à George, il philosophe pour la caméra, disserte sur son état, sur le vampirisme et sur l'humanité, emmène l'équipe à la rencontre de Petit Cœur, le leader de la communauté en Belgique, leur fait découvrir l'école où sont formés les jeunes, et parle encore, dans son grand fauteuil d'osier. Une famille presque ordinaire, avec ses petits tracas et ses joies aussi, comme lorsqu'on emmène Grâce voir Jean-Paul, l'entrepreneur de pompes funèbres, qui lui a préparé le cercueil dont elle rêvait pour son anniversaire : rose bonbon ! Ils sont presque attachants, ces vampires, si ce n'est qu'ils s'octroient de temps en temps, une chasse sanglante en compagnie des autres membres de la communauté. Ils sont presque humains en fait. Presque.

 

 

Mais nom de Drac, qu'ils sont bavards ! Et qu'ils expliquent tout, et qu'ils commentent tout, se lançant dans des monologues parfois interrompus par l'une ou l'autre morsure, répondant longuement à des questions plutôt bateau, se donnant en spectacle dans des scènes de ménage ou répandant des rumeurs et des cancans de voisinage. Et c'est là que le bât blesse, dans cette logorrhée épuisante, dans ce choix initial de mise en scène, pseudo documentaire, qui ponctue tout son déroulement d'interviews récurrentes et fortement lassantes. On pense forcément au bien meilleur "C'est arrivé près de chez vous", dans lequel Benoit Poelvoorde faisait des débuts fracassants en tueur bavard et auto-satisfait. D'ailleurs on pense même à Poelvoorde en voyant George, même si celui-ci a un jeu beaucoup plus contenu, notamment quand il s'épanche depuis son grand fauteuil qui rappelle celui de Monsieur Manatane...

Mais "C'est arrivé près de chez vous" date d'il y a 20 ans ! Et de l'eau a coulé sous les ponts depuis cette date, et les films tournés façon reportage se sont multipliés à la faveur du développement des caméras numériques. Le résultat est donc tout sauf surprenant et à la limite du sans intérêt.

 

 

Pourtant, il y avait quelques bonnes idées, à commencer par la source abreuvant les vampires de leur sang quotidien, suffisamment discrète pour ne pas heurter la société au sein de laquelle ils vivent : des immigrants clandestins. Parfois des vieux aussi, ou d'autres êtres en marge. Mal exploitée aussi, la connivence de la police, dont parle George, et qui sous-entendrait que leurs activités, loin d'être totalement inconnues des forces de l'ordre censées garantir la sécurité de tous, se feraient avec l'acceptation de celles-ci, voire leur complicité. La communauté vampirique de Belgique ne serait donc pas une microsociété totalement secrète mais plutôt une part bien réelle de la population, certes discrète, mais agissant dans l'ombre avec l'assentiment plus ou moins volontaire du reste des habitants du plat pays.

A l'image de ce directeur d'école qui reçoit des élèves humains le jour mais cède la place, au crépuscule, à un autre directeur et à d'autres élèves, aux canines aiguisées. Cours d'histoire, cours de morsure, visionnage de films d'horreur pour apprendre à rire et aiguiser son instinct (en l'occurrence, ici, "Midnight Movie", de Jack Messitt), on est loin du b.a.-ba diurne, même si certains mordeurs (sur mannequins en plastique du type de ceux servant aux cours de secourisme) risquent fort le redoublement à louper systématiquement la carotide...

 

 

Toutes les idées un peu intéressantes, comme cette intégration plus ou moins réussie d'une communauté de plus dans un pays petit mais toujours en proie à des guéguerres interminables entre Wallons et Flamands, sont vite éludées pour passer à une autre puis à une autre encore. C'est frustrant car on aurait pu imaginer un développement plus construit sur le côté exploiteur du vampire (les termes étant d'ailleurs parfois synonymes dans le langage courant), caricature d'une caste privilégiée ne travaillant pas et suçant littéralement le sang de ses congénères, élite imbue d'elle-même, inutile et parasite mais plus ou moins acceptée par tous et représentant un marché pour certains, comme le croque-mort ou un psychologue spécialisé et faussement altruiste. On pense même à des films comme Invasion Los Angeles, de John Carpenter, ou Society, de Brian Yuzna, mettant en scène des puissants dominant les hommes et insufflant dans un cinéma souvent très conformiste une portée politique (de façon plus ou moins convaincante, certes). Mais ici, le souffle politique se fait vite asthmatique. Et l'ennui, que distillent toutes ces séquences trop longues, est rarement trompé plus que quelques secondes par l'un ou l'autre trait d'humour plus ou moins réussi. Et quand, enfin, on se dit que ce trop long métrage arrive à sa fin, la visite au chef suprême de la communauté à Londres (basé à l'ambassade de Roumanie, ah ! ah ! ah !) relance les protagonistes dans un exil québécois et un segment d'une quinzaine de minutes vraiment de trop (et avec un leader communautaire au cabotinage insupportablement poelvoordien).

 

 

Des regrets, donc, car on voit bien que l'idée de base n'était pas forcément mauvaise même si pas très neuve, et parce que les petites touches comiques parsemant le film font parfois mouche. Mais, là où il y avait matière à un court-métrage, on s'embarque pour une heure et demie bien trop interminable hélas, et perdant très rapidement toute sa charge "poil-à-gratter" au profit d'une intrigue molle et soap-horrifique. L'accroche du film dit : "Ils ne font pas peur. Ils ne sont pas sexy. Ni branchés. Mais ils sont BELGES". Disons-le tout net : si on se cogne un peu qu'ils soient belges (dans le film, ils auraient tout aussi bien pu être français, grecs ou danois), on aurait apprécié qu'ils soient sexy et qu'ils fassent peur plutôt que d'être aussi bavards et, au final, inconsistants...

 

Bigbonn

 

En rapport avec le film :

 

La fiche dvd Imagine Film de Vampires

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