Critiques par genre Comédie | Fantastique | Fantasy Comment noyer le Dr Mracek ou la fin des ondins en Bohême
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Comment noyer le Dr Mracek ou la fin des ondins en Bohême
Titre original: Jak utopit dr. Mráčka aneb Konec vodníků v Čechách
Genre: Comédie , Fantastique , Fantasy
Année: 1974
Pays d'origine: Tchécoslovaquie
Réalisateur: Václav Vorlícek
Casting:
Libuše Šafránková, Jaromír Hanzlík, Vladimír Menšík, Milos Kopecký, Zdeněk Řehoř, František Filipovský...
Aka: How to Drown Dr. Mracek, the Lawyer
 

La nuit, sur une route tchèque, un couple en voiture provoque involontairement un accident, envoyant un minibus dans la rivière Vltava. La réaction du couple est étrange, car contrairement aux apparences, il ne s'agit pas d'un homme d'affaires entre deux âges et de sa jeune maîtresse mais de deux ondins, créatures maléfiques et immortelles, surnaturelles et aquatiques, se dissimulant parmi les humains et collectionnant les âmes des noyés. Le lendemain matin, une équipe de sauvetage avec scaphandrier opère sur les lieux. Alors que le haut représentant des autorités se lamente qu'il n'y ait aucun survivant dans ce bus transportant une délégation d'éminents scientifiques étrangers, les secouristes se rendent compte que le plongeur a oublié un élément de fermeture de sa combinaison. Ils le remontent en urgence, n'ayant aucun espoir de le revoir vivant un quart d'heure après le début de sa plongée. Mais celui-ci, Aloïs Vodičky, est en pleine forme et s'est à peine rendu compte que son scaphandre était ouvert. Estomaqué par ce qu'il pense être une extraordinaire conscience professionnelle, l'officiel décide de récompenser Vodičky. Il demande à un collègue du scaphandrier ce qui pourrait lui faire plaisir. Ce dernier lui apprend que Vodičky et toute sa famille habitent dans une antique et vaste demeure mais complètement rongée par l'humidité, et qu'ils seraient sûrement très heureux d'être relogés dans des appartements modernes.

 

 

Mais les Vodičky sont en fait des ondins, et c'est avec stupeur qu'ils apprennent le lendemain la nouvelle, désormais officielle, de la destruction prochaine de leur maison et de leur futur déménagement. L'humidité leur étant indispensable, il n'est pas question pour eux de voir la dernière résidence des ondins en Bohême disparaître. Ils se rendent donc chez le fonctionnaire de l'urbanisme chargé de cette affaire, un jeune docteur en droit du nom de Mracek, mais ce dernier se montre incorruptible. Ce qui n'est pas le cas de son adjoint, qui leur fait comprendre que, s'il était chargé du dossier, par exemple si son supérieur était indisponible, il pourrait facilement s'arranger avec eux. Il suffirait donc de noyer le docteur Mracek, une tache d'autant plus facile que ce dernier adore canoter sur la Vltava. Mais c'est compter sans la jeune et mignonne fille d'Aloïs, Jana, et surtout sans les "talons d'Achille" des ondins. En effet, si ces derniers entrent en relation intime avec un humain ou se retrouvent en contact avec du sang de mammifères ou d'oiseaux, ils perdent leurs pouvoirs et deviennent de banals humains...

 

 

Voici une autre comédie délirante du duo Vorlícek (à la réalisation) et Macourek (au scénario), beaucoup moins connue (hors de ses frontières d'origine) que le célèbre Qui veut tuer Jessie ? ou que le génial Monsieur, vous êtes veuve, car peut-être moins originale, et sans doute moins réussie que ses deux aînées. Elle n'en mérite pas moins le coup d'oeil. C'est un film enlevé et drôle, ce qui pour une comédie est l'essentiel, mais dont l'humour (malgré l'aspect surréaliste du scénario) repose presque entièrement sur du comique de situation. Une mécanique bien huilée et fluide, enfilant les quiproquos comme d'autres les perles, faisant de ce film une sorte de "Feydeau" de l'absurde, mais une mécanique forcément artificielle et souvent prévisible, utilisant parfois des ficelles un peu grosses (le boudin, la transformation en carpe). Malgré cela, Comment noyer le Dr Mracek ou la fin des ondins en Bohême est suffisamment dynamique et bien interprété pour satisfaire tous ceux qui ne sont pas complètement allergiques au style "boulevard". Par contre, si les pièces de Feydeau (les "Rolls" du genre) ne vous ont jamais fait décrocher un sourire, vous pouvez passer sans regret votre chemin. A l'inverse, il est possible que l'aspect plus classique, moins farfelu, de l'humour de ce métrage le fera apprécier par des personnes qui se sont ennuyées devant Monsieur, vous êtes veuve, (car, oui, aussi incroyable que cela puisse paraître, de telles personnes, par ailleurs très estimables, existent, y compris à Psychovision).

 

 

Humour et scénario mis à part, Comment noyer le Dr Mracek ou la fin des ondins en Bohême a un aspect moins "léché" que les deux films de Vorlicek précédemment cités : pas de format "scope", un casting moins réputé (bien que talentueux), des filles moins jolies (mais une héroïne très craquante), des décors moins variés et moins luxueux, et une figuration moins nombreuse. Il n'a pas, de toute évidence, bénéficié du même budget. Mais on pourra admirer en arrière plan quelques lieux célèbres de la belle cité praguoise, en particulier lors de la balade romantique en barque de Mracek et Jana. C'est à ce moment là, d'ailleurs, que l'on se rend compte que l'action (que l'on pensait se dérouler dans quelque bucolique campagne provinciale, du fait de la figuration très clairsemée et de l'aspect champêtre des rives de la Vltava) se situe en réalité en plein cœur de la capitale tchèque. Le spectateur attentif apercevra donc furtivement, au loin, la colline du château surmonté de la noire silhouette de la cathédrale St Guy, et plus près mais tout aussi furtivement les piles du pont Charles ou la toiture caractéristique du Théâtre national ; et même, mais nous quittons là les rives de la Vltava, la façade baroque de St Nicolas de Mala Strana.

 

 

Dans la distribution, parmi des noms assez peu connus internationalement, se trouve quand même l'un des rois de la comédie tchèque, Milos Kopecký, l'inoubliable Baron de Crac de Zeman, jouant ici Wassermann le chef des Ondins de la Vltava. Le couple de jeunes héros est incarné par Libuše Šafránková et Jaromír Hanzlík. Šafránková, mignonne brunette de vingt et un ans au moment du tournage, révélée par Vorlicek un an plus tôt avec une adaptation de Cendrillon ("Trois noisettes pour Cendrillon"), fut durant les années 70 l'interprète idéale des princesses de contes de fée, dont ce film est sur bien des points une forme modernisée. Dans les années 80, elle devînt une des interprètes fétiches de Jiří Menzel. Jaromír Hanzlík, le Dr Mracek du titre, fut lui un des plus populaires jeunes premiers du cinéma tchèque, souvent dans des rôles comiques, du milieu des années 60 jusqu'à la fin des années 70. Dans les années 80, il sut rebondir dans des rôles plus dramatiques pour le cinéma d'auteur.
Comment ne pas citer, avant d'achever cette modeste critique, le brun et rondouillard Vladimír Menšík (qui joue ici un des oncle de Jana), très populaire second rôle (et partenaire préféré du grand Jiří Sovák) présent dans la plupart des comédies tchèques des années 60 et 70, et même chez Milos Forman ("Les amours d'une bonde").
En résumé, un très agréable divertissement.

 

 

Note : 7,75/10

Sigtuna

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