Police Connection
Titre original: Badge 373
Genre: Polar , Vigilante
Année: 1973
Pays d'origine: Etats-Unis
Réalisateur: Howard W. Koch
Casting:
Robert Duvall, Verna Bloom, Henry Darrow, Eddie Egan, Felipe Luciano, Tina Cristiani...
 

Eddie Ryan (Robert Duvall), d'origine irlandaise, est un flic dont les méthodes pour le moins musclées ne font pas l'unanimité parmi des collègues et surtout ses supérieurs. Eddie est un être obstiné, quasi obsessionnel, et c'est peut-être là, à la fois sa force et sa principale qualité professionnelle ; tout du moins pour mener à bien ses enquêtes. Pour le reste, l'homme est obtus, misogyne, homophobe et raciste. Aussi, le jour où, après avoir dérouillé Frankie Diaz, un truand portoricain, sur le toit d'un immeuble avant que celui-ci ne tombe à la renverse de trop d'étages pour se relever, cela n'étonne ni n'émeut personne. Sauf que les méthodes utilisées par Ryan sont tant notoires qu'il ne fait aucun doute : il s'agit d'une bavure. Eddie Ryan s'est emballé une fois de plus... une fois de trop. A contrecoeur, il s'exécute devant la sanction et rend son insigne avant de se trouver un job dans un des petits bars de la ville de New-York. Eddie aurait pu en rester là, à servir à boire, le soir venu, à des ex-collègues venus le chambrer, si ce n'était que bientôt son équipier et ami Gigi Caputo (Louis Cosentino) se fait salement trouer par on ne sait qui. Dans la foulée, c'est au tour de la petite amie de ce dernier d'être retrouvée chargée à mort de drogue. N'importe quel citoyen pourrait alors être pris de rage et d'un profond désir de vengeance, et comme Eddie est un peu plus qu'un citoyen lambda, un être proche d'un monolithe "auto-justicier", autant dire qu'il rend illico presto son tablier pour trouver les coupables. Les premiers indices l'amènent sur la piste d'un réseau de drogue tenu par un gang de portoricains, lequel va bientôt tenter de l'assassiner ; et si Eddie devra fuir à ce moment là, il reviendra inexorablement à la charge ensuite...

 

 

Badge 373 est, après l'énorme succès de "French Connection", une nouvelle illustration d'un des faits d'armes d'Edward Walter Egan, personnage on ne peut plus réel dont les "exploits" furent sujets à des adaptations littéraires et cinématographiques, ce à trois reprises (quatre si l'on compte "French Connection II"). En 1986, La NBC envisagera même de tourner une série articulée autour de ce personnage haut en couleurs : "Popeye Doyle". Celle-ci ne fera pas long feu, et malgré que la production ait planifié ses tournages, elle en restera à son simple pilote. On rappellera que Popeye était bel et bien le surnom d'Eddie Egan à la ville comme au cinéma. Pourtant, après avoir fait l'objet d'un livre qui donnera le fameux "French Connection", Badge 373 ne capitalise étonnamment pas sur ce surnom immortalisé par Gene Hackman.

C'est le producteur Howard Winchel Koch ("La hache sanglante", "Voodoo Island", "Un crime dans la tête", "Y a-t-il un pilote dans l'avion ?" etc...) qui en premier fait la démarche de rencontrer Egan afin de voir avec lui s'il n'y a pas matière à exploiter à nouveau l'une des affaires que le flic eut en charge. Egan (à qui échoie par ailleurs le rôle du lieutenant Scanlon dans le film) lui raconte donc cette histoire que le journaliste écrivain Pete Hamill a pour tâche d'adapter ensuite pour l'écran. L'homme a vécu à la fois à Barcelone et à Dublin, connaît bien les petits quartiers de New-York tout comme le reste de la ville puisque c'est pour les "New-York Post" et "New-York Daily News" qu'il exerce son métier de journaliste, et c'est aussi là qu'il vit. Autant dire que tout est en place pour offrir une plongée réaliste au sein de la faune malfamée new-yorkaise, celle des petites ruelles hasardeuses sentant la pisse croupie, des bars à putes et des camés, des dealers et des réseaux de drogue. Koch décide de tourner lui-même le film et offre au passage un petit rôle - un reporter - à son scénariste. Quant à Koch metteur en scène, Badge 373 n'est pas pour lui pas un baptême mais plutôt un chant du cygne, puisque ce sera son dernier film en tant que réalisateur après une douzaine de films dont un assez médiocre "Frankenstein contre l'homme invisible" avec Boris Karloff en 1958.

 

 

Tout est donc mis en place pour à la fois rencontrer le succès mais, plus exigeant encore, offrir également un film réaliste et spectaculaire. Autant dire que le premier objectif sera loin d'être atteint puisque Badge 373 fera un four aux Etats-Unis tant et si bien qu'il sera distribué ensuite à-la-va-vite dans quelques pays dont la France (sous le titre racoleur Police Connection) avant de se voir rapidement oublier le temps passant.
Chose encore plus étonnante par rapport à cet échec : le film multiplie les péripéties et on peut l'admettre sans pour autant bouder son plaisir : s'il y a de la pure exploitation dans Badge 373, c'est cette poursuite en milieu de film entre le gang de portoricains qui cherche à tuer Robert Duvall alors au volant d'un autocar, séquence (très réussie au demeurant - elle fait légèrement penser à celle que tournera Eastwood pour "L'épreuve de force") qui tente de nous refaire le coup du hit de Friedkin. Ailleurs, le rythme va bon train : fusillades, meurtres et faux suicides se succèdent tandis que les cadavres s'amoncèlent en même temps que les dommages collatéraux (générés par un type à la limite de l'irresponsabilité).

A ce propos, si l'on ne retrouve pas l'ambiguïté de l'un des derniers plans de "French Connection" mettant en scène Roy Scheider (en passant, on rappellera que ce dernier avait lui aussi été sollicité pour reprendre son rôle de Buddy Russo, ce qui donna un excellent Police puissance 7 signé Philip D'Antoni également pourvu d'une mémorable poursuite en voiture), il y a une chose qui ne cesse d'étonner à la vision de Badge 373 : un portrait pour le moins peu reluisant de son héros. D'entrée de film, son racisme et son homophobie est mis en exergue alors qu'il enquête dans une boîte de nuit. Par petites touches, et même s'il aura des raisons qu'on qualifiera pour faire vite de "légitimes", sinon de compréhensibles, l'homme que nous suivons tout du long des deux heures d'un polar crapoteux n'est pas loin d'être un sale con. Le fait qu'il n'apparaisse pas plus sympathique que certains truands sans états d'âme après qui il court explique sans doute, en tout cas en partie, l'échec du film.

 

 

En parlant d'échec, Robert Duvall, qui offre ici une excellente composition (n'ayant même que peu de choses à envier à Hackman si ce n'est un poil de cabotinage et quelques tics), semble répéter pour son rôle la même année dans Echec à l'organisation, un polar sec et brutal réussi, signé John Flynn (adapté par Donald E. Westlake à partir de son propre roman, tandis qu'un autre écrivain viendra y puiser un peu plus tard certaines de ses trames : Ted Lewis et son "Jack's Return Home" en 1970, lequel accouchera du fameux "Get Carter").

Il y a, sans pour autant qu'on puisse l'aborder tout entier et en tant que tel, une véritable ombre vigilante qui plane de la première à la dernière image de Badge 373. C'est d'ailleurs l'une des grandes forces du film en même temps que l'un des ses aspects les plus originaux. Difficile, de fait, d'éprouver beaucoup d'empathie pour le personnage d'Eddie Ryan dont l'humanité ne se révèle au grand jour que par un esprit revanchard, n'ayant que peu de temps à perdre à pleurer ses proches. La femme est d'ailleurs quasiment traitée comme une sous-race, dans une misogynie profondément enracinée. Eddie n'est pas non plus homme à se remettre en question, tandis qu'ailleurs toutes les communautés, hormis la sienne, sont mises dans le même sac à merde : nègres et portoricains sont inexorablement des voyous ou des assassins.
Logique, donc, que le public en mal de héros ou d'êtres meurtris par le bourbier vietnamien n'ait pas suivi. Le personnage ici dépeint a dû paraître en son temps par trop dénué d'âme. A regarder Robert Duvall, il ne fait que foncer droit devant avec la même froideur que ceux qu'il pourchasse.

 

 

Sur ces bases très rugueuses, il est regrettable que la mise en scène de Howard W. Koch semble si dénuée d'âme et de caractère, se contentant le plus souvent d'illustrer platement son histoire. Soit, comme dit avant, il y a bien quelques scènes d'action très bien menées, mais suivre les investigations d'un tel sale con sans se montrer capable d'insuffler à sa propre mise en scène la même tonicité et le même dynamisme buté que ce dernier relève par moments d'un pari perdu. Badge 373 recèle aussi d'autres défauts comme un manque de nuances dans le traitement de ses personnages secondaires : si notre Eddie "Popeye Egan" Ryan est un réac dans toute sa splendeur, on ne peut pas dire que les macros, les putes ou bien encore les idéalistes et les chefs de gang soient croqués de manière suffisamment subtile pour instiller l'ambiguïté nécessaire afin d'assurer la réussite totale d'une telle entreprise. Au final, certains personnages ont un sort qui semble tellement mérité qu'on en vient presque à se demander si le film n'épouse tout simplement pas, au premier degré, le point de vue de notre flic nauséabond. Ceci étant, et selon l'humeur du moment, il pourra tout aussi bien, pour ces mêmes raisons, offrir au film une saveur toute amère.

Pour conclure, Badge 373 offre tout compte-fait, en plus d'un spectacle honnête et plaisant (bien qu'un peu long et intrinsèquement peu aimable), une chouette plongée, par moments presque documentaire, dans un New-York malfamé. La photographie signée Arthur J. Ornitz (Black Snake, "Serpico", Un justicier dans la ville...) est somptueuse, et la musique, même utilisée de façon parcimonieuse, n'est pas mal non plus ; étonnant du reste de voir que son compositeur Jerome Louis Jackson n'en a signé que deux ("Summer School Teachers" de Barbara Les monstres de la mer Peeters étant le second). On mentionnera enfin la stupéfiante autant que caricaturale prestation de Henry Darrow en chef portoricain, laquelle devance une interprétation plus tardive lui ressemblant singulièrement : celle d'Andy Garcia dans le "Huit millions de façons de mourir" de Hal Ashby...

 

 

Mallox

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