Lady and the Monster, The
Genre: Fantastique , Film noir
Année: 1944
Pays d'origine: Etats-Unis
Réalisateur: George Sherman
Casting:
Erich von Stroheim, Vera Ralston, Richard Arlen, Mary Nash, Helen Vinson, Sidney Blackmer...
 

Etats-Unis, dans les années 40 (du moins on le suppose) - Dans son château néogothique sis dans une vallée californienne (du moins on le suppose), le professeur Franz Mueller se livre à des expériences sur la culture hors sol des cervelles, sans doute afin de révolutionner l'industrie alimentaire. Enfin là, j'avoue que je conjecture un brin, car on ne saura jamais le but ultime des travaux de ce moderne émule du professeur Frankenstein. Celui qui paraît le plus évident (de but), à savoir la greffe dans un corps en état végétatif, ne sera jamais évoqué. Non, le professeur Mueller s'applique à maintenir "en vie" les cerveaux hors de leur "milieu naturel" pour le plaisir de les conserver, ou pour la beauté du geste, c'est selon.
Bon, vous allez me dire : avec ça on ne va pas bien loin, et vous avez raison ; mais tout ceci n'a pas vraiment d'importance et ne servira que de prétexte assez saugrenu quand ce métrage prendra un tournant plutôt inattendu en son milieu pour se transformer en film policier.

 

 

Mais, me direz vous, où sont la lady et le "monster" promis par le titre ? Une question qui en sous tend en fait une autre (car je vous ai deviné, petits vicieux) : assisterons-nous au rapt, plein de sous-entendus sexuels, de la première par le second ? Et bien, vous serez déçus car il n'y a pas plus de "monster" dans ce film que de politique sociale dans le gouvernement Ayrault (en fait, cette critique a été commencée il y a longtemps, et à l'époque j'avais mis Fillon. Eh bien, il m'a suffit de changer le nom pour constater que ça fonctionnait aussi bien), à moins de considérer qu'un cerveau dans son aquarium puisse en faire office. De même, il n'y a pas plus de lady dans ce film que d'esprit de tolérance chez un islamiste ; à moins, là encore, de considérer que la jeune pouffe à la teinture platine et aux états d'âme fatigants, que Mueller doit souffrir comme pupille (et dont, pour une raison obscure, il est secrètement amoureux), puisse en tenir lieu.

Un titre mensonger mais, à tout prendre, moins que celui de ses ressorties successives sur le territoire américain, à savoir, respectivement, "Monster & Tiger Man" et "Tiger Man" tout court (si parmi vous, lecteurs, se trouve quelqu'un ayant une explication pour le "Tiger Man", qu'il n'hésite pas à l'envoyer par mail à Psychovision, il recevra en récompense un poster de Vera Ralston nue, ou d'un tigre selon ses préférences sexuelles ; si le lecteur est une lectrice il recevra à la place un poster de Mabit, un de nos plus éminents collaborateurs).
Pas de lady, pas de monstre, pas de tigre, mais malgré cela cette petite série B au scénario bancal mêlant fantastique et policier de façon assez artificielle n'est pas pour autant dépourvue d'intérêt.

 

 

Le premier, c'est bien entendu la présence d'Erich von Stroheim dont le rôle s'efface hélas dans la seconde partie du film. Je ne vous ferais pas l'injure de vous présenter le grand Erich, qui connut pratiquement tout dans sa carrière cinématographique. Petit émigrant juif autrichien de milieu modeste, il devint le parangon de l'officier prussien à la morgue aristocratique, "l'homme que vous aimerez haïr", dans le Hollywood de la première guerre mondiale. Dans les années 20, il sera un réalisateur admiré puis maudit aux films mutilés par les producteurs, et s'exilera en France dans les années 30 pour devenir un génial acteur de complément. La seconde guerre mondiale provoquera son retour à Hollywood, où il aura désormais un statut de has been abonné aux séries B. Jusqu'à accepter d'une certaine manière de caricaturer sa déchéance dans Boulevard du crépuscule. Bref, pour paraphraser la célèbre réplique de ce dernier film, von Stroheim est resté un grand acteur, mais entre temps le cinéma est devenu petit.


L'autre intérêt de ce film c'est, paradoxalement, sa structure étrange (avec une première partie fantastique et une seconde policière), certes bâtarde et mal foutue mais qui fait son originalité. Le scénario de ce métrage est tiré d'un roman de Curt Siodmak ("Donovan's Brain") qui ne participa pas à son adaptation. Malgré ses invraisemblances parfois grossières (une communication télépathique se poursuivant à plusieurs centaines de kilomètres de distance), "Donovan's Brain" sera transposé deux fois à l'écran par la suite, dont The Brain en 1962 avec Peter Van Eyck.
Pas grand-chose à dire sur la mise en scène de George Sherman, un spécialiste des séries B d'action, aidé ici par rien moins que John Alton (le pape du noir et blanc) à la photo.

 

 

Concernant l'interprétation, pas grand-chose à dire non plus en bien ou en mal, hormis donc pour von Stroheim (en bien) et pour Vera Ralston (en mal). Une constatation que j'ai pu faire sur les acteurs de série B du Hollywood de la grande époque, c'est que par rapport à leurs collègues tournant pour les grands studios, ils sont soit moins photogéniques, soit moins talentueux. Avec Vera Ralston c'est "double dose". Née Vera Helena Hrubá à Prague, fille de riches bijoutiers juifs, elle fit des compétitions de patin à glace durant son adolescence, avant de fuir pour les Etats-Unis après les accords de Munich. Arrivée à Los Angeles, elle fut repérée par le directeur de la "Republic Pictures", Herbert Yates, qui tenta de la lancer dans le genre alors déjà moribond du film de patinage. Mauvaise actrice au sex-appeal des plus discutables, sa carrière ne s'explique que par l'appui de son producteur de pygmalion puis d'époux (de quarante ans son aîné) ; Herbert Yates.
Tout compte fait, c'est peut-être elle le "monster" du titre.

 

 

Sigtuna


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