Concerto per pistola solista
Genre: Giallo , Comédie , Policier , Murder party
Année: 1970
Pays d'origine: Italie
Réalisateur: Michele Lupo
Casting:
Gastone Moschin, Anna Moffo, Ida Galli (Eveline Stewart), Peter Baldwin, Giacomo Rossi-Stuart, Lance Percival, Orchidea de Santis, Chris Chittell, Marisa Fabbri...
Aka: The Weekend Murders (titre US) / Story of a Crime / The Butler Didn't Do It! / The Killer's Weekend
 

Dans un riche cottage d'Angleterre, des aristocrates jouent au golf. C'est un beau coup qui est donné là par l'une des ladies du groupe, un bien beau coup ! La balle prend une superbe trajectoire ; par contre, sous la petite meute de terre qui tenait le tee, c'est bel et bien une main qui apparaît. Mazette, un cadavre ! C'est un de trop pour la police locale, puisque c'est en fait quelques jours avant que tout a commencé...

Tous les gens ici-présents sont les parents du riche duc anglais Henry Carter, fraîchement décédé si j'ose dire, et que chacun détestait cordialement (ce que le vieil homme leur rendait bien). Ces dernières années, seule sa nièce Barbara (Anna Moffo) s'occupait de lui et, quand la lecture du testament est lue par le notaire, c'est la consternation qui prédomine puisque, hormis l'intégralité de sa fortune qui est destinée à sa nièce, chacun reçoit comme part d'héritage un commentaire désobligeant sur sa façon de vivre. Etonnant mon cher Watson, c'est juste après que tout commence à s'emballer : d'abord de faux cadavres, puisque le jeune neveu (Chris Chittell) n'aime rien tant que de faire des farces macabres : ainsi le retrouve-t-on vidé de son sang dans sa baignoire, dans un subterfuge de suicide. Plus tard, c'est Peter le maître d'hôtel qu'on retrouve à terre avec semble-t-il un couteau planté en plein cœur. Alors que les invités poussent un cri de concert, celui-ci se réveille d'une sieste durant laquelle ce farceur de Georgie a pris le temps de poser un faux couteau sur notre bonhomme.

 

 

Du coup, nos convives, quelque peu blasés, se marrent bien lorsqu'ils découvrent Arthur (Claudio Undari), le majordome, avec un vrai couteau planté dans le dos. C'est l'inspecteur Grey de Scotland Yard (Lance Percival) qu'on envoie sur place enquêter, auquel se joint le sergent Aloysius Thorpe (Gastone Moschin), un homme un peu simple, rêveur et plutôt maladroit. A peine arrivés, voici que Barbara est la cible d'un tir manqué. Les soupçons planent rapidement sur Ted Collins (Giacomo Rossi Stuart) qui mène un vie dissolue et qu'on retrouve gisant dans sa chambre : l'homme s'est tiré une balle dans la tête ! L'apparent suicide semble clore l'affaire mais Thorpe découvre qu'il s'agit d'une mise en scène. Quoi qu'il en soit, voici la seconde victime ! Autant dire qu'il faudra aux agents de police beaucoup de malice et de persévérance pour dénouer un vrai sac de nœuds. Isabelle (Ida Galli), épouse délaissée de Anthony Carter (Peter Baldwin), semble tisser une relation avec un homme énigmatique rencontré lors d'une promenade. Barbara aimerait bien de son côté renouer avec Anthony Kemple ; quant au jeune farceur Georgie, poussé par Gladys, sa mère, le voici attiré par Pauline, la jeune veuve de Ted. Mais voici qu'au cours de la nuit le sergent Thorpe est assommé et que Pauline disparaît. On retrouve cette dernière au petit matin, à la fraîche, enfouie dans le terrain de golf, morte étranglée. Mais qui donc sera le suivant ? En restera-t-il au moins un qu'on puisse accuser de tous ces crimes ? L'enquête va suivre son cours, mais elle sera, vous vous en doutez, ponctuée de quelques festifs macchabées.

 

 

On réduit trop souvent Michele Lupo à sa fin de carrière et ses collaborations bon enfant avec Bud Spencer ("Mon nom est Bulldozer", Le shérif Charly et les extra-terrestres, "On m'appelle Malabar"...) alors que celui-ci, après quelques péplums au début des années 60 puis un western ("Arizona Colt") a régulièrement oeuvré dans le thriller et les récits d'enquêtes criminelles. Citons par exemple "Qui êtes-vous inspecteur Chandler?" avec Claudio Brook et Sydney Chaplin, "Coup de maître" avec Richard Harrison et Adolfo Celi, tous deux en 1967, tandis que les années 70 verront passer "Un homme à respecter" qui réunissait Kirk Douglas, Giuliano Gemma et Florinda Bolkan, puis l'improbable rencontre de Lee Van Cleef et Jean Rochefort dans "L'homme aux nerfs d'acier" qu'il tournera deux ans après celui qui nous concerne. Cela n'a pas empêché le réalisateur de saupoudrer certains de ses films d'humour noir et de comédie macabre. Ainsi sa filmographie est émaillée de quelques comédies criminelles, toujours en collaboration avec Sergio Donati comme scénariste, et mettant en scène Gastone Moschin. On citera "Opération fric" dans lequel l'acteur se heurtait à Lionel Stander et Gordon Mitchell ou "Stanza 17-17 palazzo delle tasse, ufficio imposte" avec aussi Philippe Leroy et Raymond Bussières que Lupo tournera dans la foulée de celui-ci. Quant à Gastone Moschin, l'acteur est aussi à l'aise dans le registre comique que dans celui sérieux ou dramatique ; il n'y a qu'à voir sa prestation dans Milan calibre 9 de Di Leo pour s'en convaincre.

 

 

Et Concerto per pistola solista me direz-vous ? Et bien c'est une véritable réussite, un petit bijou de thriller à l'anglaise passé à la moulinette giallesque. A ce niveau, il convient de le noter d'une pierre blanche tant le traitement et les partis-pris y sont singuliers. Ce n'est pas, loin s'en faut, le premier récit policier à s'inscrire dans l'esprit Agatha Christique, mais c'est le seul et unique thriller italien à ma connaissance qui, non seulement lui emprunte de manière aussi franche en lui rendant hommage, en même temps que de malmener certains héros de ses romans. Le duo d'enquêteurs du dimanche mené par Lance Percival et Gastone Moschin vaut à lui seul le détour. A l'instar d'un Hercule Poirot, le policier de Scotland Yard ne cesse de pérorer devant une assemblée de coupables potentiels sans jamais parvenir à un quelconque résultat. Son acolyte, qui de prime abord passe pour un boulet un brin dégénéré, se sert de sa simplicité toute pragmatique et ne cesse de faire progresser l'enquête. Bien entendu, l'inspecteur, qui se perd en discours prolixes, se réapproprie systématiquement les trouvailles du petit sergent local. Un être prétentieux et suffisant, sûr de lui-même de faire partie de la famille des Poirot alors qu'il ne cesse de s'y prendre comme un gland. Evidemment, outre ce pendant comédie, Lupo n'oublie pas de faire progresser son enquête, de la jalonner de meurtres brusques et inattendus, le tout empreint d'un humour très noir, fidèle à la tradition britannique, renvoyant même par moments au "Noblesse oblige" de Robert Hamer.

 

 

Inutile d'énumérer la longue liste d'acteurs ici-présents. On se contentera à ce niveau de dire que chacun joue parfaitement son rôle, avec le plus grand des sérieux. On remarque toutefois que Concerto per pistola solista marque les débuts pour certains acteurs dans un genre au sein duquel on les reverra assez souvent : Orchidea de Santis, ici en femme de chambre gironde, tourne la même année dans Un joli corps qu'il faut tuer ; on la reverra dans les méconnus Le diable dans la tête de Sergio Sollima et Amore e morte nel giardino degli dei de Sauro Scavolini. C'est le second giallo également d'Ida Galli alias Evelyne Stewart qu'on a déjà vu dans L'adorable corps de Deborah et qu'on retrouvera régulièrement dans le petit cercle des thrillers transalpins (Un papillon aux ailes ensanglantées, Il coltello di ghiaccio, L'emmurée vivante). Idem encore pour Giacomo Rossi-Stuart ("L'appel de la chair"), ici excellent, vivace, rempli de joie de vivre et dénué de tout scrupule avant de trépasser, ce contre toute attente, comme une crotte sur un gazon anglais. A ce titre, il est difficile de ne pas mentionner l'ingéniosité du scénario de Sergio Donati qui mêle de manière brillante et sur un mode pince-sans-rire, le pur mystère criminel façon murder party et le registre ironique et mordant, tout en respectant l'esprit de l'écrivaine en même temps que de lui faire la nique. Notons enfin que tout cela est filmé avec décontraction et une grande habileté par Michele Lupo qui réussit là une savoureuse pellicule, à la fois légère, délectable, une comédie noire parvenant à dépasser nombre de ses confrères anglais. On nage parfois même en pleine farce, proche du pur jeu de massacre. A cet égard, il y a dans The Weekend Murders une scène qui résume admirablement son dénouement (dont on ne dévoilera bien entendu rien) : une partie de chasse où chacun, à travers les arbres, épie quelqu'un d'autre, tenté de le mettre en joue pour le tuer de façon faussement accidentelle. De là à dire que tout le monde est coupable, peut-être, peut-être pas... Inutile d'en dire davantage sur une issue qui ne sera pas loin de nous ramener au début, fortement chargée d'un humour dévastateur et tout aussi irrévérencieuse envers les conventions romanesques.

 

 

Evoluant sur une grinçante partition de Francesco De Masi, mais ponctuée à intervalles réguliers par le mortuaire Concerto No.1 de Tchaikovsky, Concerto per pistola solista est un mélange détonnant, original, drôle, cinglant et brillant ; accessoirement, bien que peu représentatif du genre, il reste l'un des gialli les plus inventifs et singuliers qu'ait pu offrir l'Italie à la fin des années 60, ou au tout début des années 70. Une véritable petite perle à découvrir toute affaire cessante.


Mallox

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