Signe de la croix, Le
Titre original: The Sign of the Cross
Genre: Peplum , Agressions animales
Année: 1932
Pays d'origine: Etats-Unis
Réalisateur: Cecil B. DeMille
Casting:
Fredric March, Elissa Landi, Claudette Colbert, Charles Laughton, Ian Keith...
 

"Rome, l'unique objet de mon ressentiment", comme l'a écrit un chanteur rwandais pour le scénario d'un film avec Alan Ladd coréalisé par le metteur en scène de Blindman et par celui des Amazones si j'en crois mon wiki. Bref, à Rome au 1er siècle de l'ère chrétienne, Néron empereur joue de la harpe d'un air mélancolique en regardant l'Urbs brûler, sans doute pour oublier le nez ridicule que lui a donné non pas la nature mais le département maquillage de la Paramount. S'ensuit un dialogue avec son préfet du prétoire Tigellinus que je ne vous retranscrirai pas car il n'a aucun intérêt, ni pour la suite de l'histoire ni dans l'absolu, si ce n'est de nous signaler qu'aucun des deux n'aime les chrétiens et que leurs têtes ont été mises à prix (celles des chrétiens, pas celles de Néron et son préfet).

 

 

Plus tard, alors que plus aucun stigmate de l'incendie n'est visible dans la ville, Titus, venu de Judée pour transmettre le message de Paul, rencontre en pleine rue, quoique dans la clandestinité, Flavius Fontella chef de ses coreligionnaires à Rome, dont il se fait reconnaître en traçant un signe de croix. Dans cette même rue se trouvent des chasseurs de chrétiens (profession qui connaît actuellement un "revival" en Egypte et au Nigeria), reconnaissables à leurs peaux de bêtes et leurs dégaines d'hommes des cavernes. Des chasseurs de toute évidence non doués, puisque pas foutus d'identifier des gens pourtant tous fringués comme les Juifs après l'exode d'Egypte dans les "Dix commandements" (le film muet).
Bref, comme nos deux bons pasteurs ont laissé trainer complaisamment le signe (de la croix, ah ah) de leur appartenance religieuse, ils se font capturer et manquent de se faire lyncher par la foule, malgré l'intervention de Mercia, la pupille de Fontella. Sur ces entrefaites arrive en char le préfet de Rome Marcus Superbus qui, non content de porter un patronyme ridicule, a aussi une grotesque tenue d'aurige semblant issue d'un surplus de "Ben-Hur" (le film muet).

 

 

Le signe de la croix a longtemps eu une image sulfureuse pré code Hay, due à quelques scènes assez hors normes pour un film biblique, scènes qui furent censurées quelques années après sa sortie initiale (et même remplacées en 1944 en vue d'une ressortie par un prologue "contemporain") et qui demeurèrent longtemps invisibles si ce n'est par des posters d'exploitation d'époque, jusqu'à sa restauration in extenso à la fin du 20e siècle.
Ce film a aussi contribué à la réputation d'érotomane vicieux (à moins que ce ne soit l'inverse et que l'image de pervers hypocrite de DeMille ait joué dans l'aura sulfureuse de ce métrage), sous des dehors de bigoterie, de son réalisateur, qui paraît il harcelait sexuellement les figurantes et second rôles féminins sur ses tournages.
Mais dans l'ensemble, ce métrage n'est franchement pas terrible et même un brin longuet en tous cas jusqu'aux scènes d’arènes finales qui sont tous comptes faits le seul intérêt de ce Signe de la croix.

 

 

Contrairement à ce que l'on pourrait croire, il ne s'agit pas d'une très libre (et ratée) adaptation de "Quo Vadis" mais celle d'un plagiat américain contemporain du roman d'Henryk Sienkiewicz, d'où un scénario à la fois proche et différent, mais nettement moins bien. D'où aussi un symbole de la croix totalement anachronique pour l’époque, puisqu'il ne fut adopté que quatre siècles plus tard au crépuscule de l'Empire romain et à l'époque du Christianisme triomphant. Au 1er siècle, le symbole de la chrétienté était le poisson (dont les lettres étaient l'acronyme en Grec de "Jésus-Christ, Fils de Dieu et Sauveur") la croix n’étant alors associée qu'à un supplice infamant.
Le film en lui-même est très symbolique de "l'oeuvre" de Cecil B. DeMille qui descendait d'une lignée de rabbins juifs ashkénazes par sa mère et d'une lignée de pasteurs protestants hollandais par son père. En d'autres termes, c'est long, chiant dans l'ensemble, faussement spectaculaire mais certaines scènes qui sortent du lot (en bien ou en mal) sauvent ce métrage de la médiocrité; et, bien sûr, le film flatte les plus bas instincts du spectateur mâle, tout en utilisant hypocritement un sujet biblique. Bref, ce brave DeMille faisait des films d'exploitation sous couvert de blockbuster biblique ce qui fait qu'on lui pardonnera, en partie, son manque de talent.

 

 

Niveau interprétation c'est aussi très mitigé. Laughton, en Néron, ne doit apparaitre que 10 minutes en tout et pour tout et est affublé d'un faux nez ridicule qui le décrédibilise complètement. Pourquoi ce postiche sur un acteur déjà fortement charpenté du tarin ? Mystère, peut-être que son nez épais mais courtaud de buveur de gin ne faisait pas assez aristocratique ou pas assez italien. Colbert par contre est très bien en garce sexy dans le rôle de l'impératrice Popée, hélas on la voit elle aussi très peu et sa scène de bain dans du lait d’ânesse, largement exploité dans la promotion du film à l'époque, n'a rien de pharamineux même selon les standards de l’époque. Reste que, malgré un physique à première vue banal, elle a du sex-appeal à revendre.
Ce qui n'est pas le cas de l'héroïne principale, interprétée par l'austro-anglaise Elissa Landi, qui selon la légende serait la fille d'une bâtarde de l'empereur d'Autriche François Joseph (l'époux de la frigide Sissi). Avec son charisme de bigorneau mort-né, on se demande très vite ce que le héros peut lui trouver. Héros interprété par Fredrik March qui fait ce qu'il peut compte tenu du scénario, de sa partenaire et de ses tenues (il porte la moitié du temps des casques grotesques de pompier du 19e siècle).
Notons d'ailleurs (et ceci explique cela) que pour des raisons de budget (Hollywood subissait alors le contrecoup de la crise de 1929) la plupart des costumes provenaient des surplus des studios et avait été créés pour d'autres films (dont les "Dix commandements" version muette).
Notons aussi que le "sympathique" Cecil B. DeMille profita de la situation économique (et donc du chômage massif chez les acteurs) pour engager une abondante figuration à vil prix.

 

 

Comme dit précédemment, quelques scènes "rigolotes", toutes situées dans les 20 dernières minutes, sauvent le film, mais il faut reconnaitre que dans l'ensemble, les séquences de l’arène sont assez médiocres, en particulier les combats de gladiateurs mal branlés et parfois à la limite du foutage de gueule (voir ce pied-de-nez qu'un des combattants fait, à plusieurs reprises en plus, à son adversaire, et dont on peut se demander si ce n'est pas un pied-de-nez que DeMille fait à son public).
Restent donc les 2 fameuses scènes (de quelques secondes) où deux figurantes (la brune serait Sally Rand, à l'époque une "protégée" de DeMille, qui devint plus tard une stripteaseuse célèbre) quasi nues sont livrées d'une part à la férocité de crocodiles, d'autre part à celle (que l'on imaginera plus libidineuse) d'un gorille.
Et puis le combat un peu plus long (et spécial Bigbonn, mon estimé, quoique Belge, camarade de Psychovision) entre des amazones affublées de perruques en crins de cheval (pour moitié des cascadeurs masculins dans les scènes de groupes) et des nains passés aux brou de noix (pour moitié aussi des types d'1m60 qui se tiennent accroupis). Mais sur deux heures c'est un peu... peu.

 

 

Sigtuna



En rapport avec le film :

# Le signe de la croix lança la carrière hollywoodienne de l'immense Charles Laughton. Sa prestation en Néron a marqué les esprits à l'époque (même si aujourd'hui sa prestation doit sans doute paraître outrée ou caricaturale). Pourtant, DeMille et Laughton ne se sont pas entendus durant le tournage et DeMille concevait le rôle d'une façon toute différente, reprochant à Laughton de ne pas prendre le personnage au sérieux. Là-dessus, ils sont restés fâchés longtemps ensuite... et l'acteur fit comprendre au réalisateur que son approche était à côté de la plaque de même que le caractère de Néron, selon lui, histrion puéril, sot et rempli de vices, ce qui avait influencé sa manière de l'incarner. De son côté, DeMille voulait un simple personnage dominateur, à la personnalité forte.

DeMille eut des problèmes avec le code Hays, qui n'était alors qu'un avis consultatif venu des milieux religieux protestants, pour la scène du singe et l'ensemble des scènes dénudées, mais aussi, étrangement, pour la danse à tendance lesbienne, pourtant bien anodine, dans la demeure de Marcus Superbus. Problèmes que le réalisateur régla en appelant personnellement le sénateur avant la sortie du Signe de la croix (les deux hommes étaient amis). Mais le film fut à posteriori (après son exploitation en salles) visé par une campagne de l'office catholique, ce qui amènera un an plus tard les studios hollywoodiens à adopter officiellement le code Hays.

Le projet à la base était bien plus faramineux, DeMille voulait du faste, reconstruire en grandeur nature le palais de Néron, il dû aussi réduire considérablement le nombre de figurants (d'ailleurs le directeur de la photo utilise un procédé étrange et ingénieux, loin du numérique pour Le Signe de la croix : un objectif prismatique, qui lui permet de doubler en apparence le nombre des gens dans les scènes de foules... Et le film fut un énorme succès !

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