Môme aux dollars, La
Titre original: Einer frisst den anderen
Genre: Policier , Murder party
Année: 1964
Pays d'origine: Allemagne (RFA) / Italie
Réalisateur: Gustav Gavrin / Richard Cunha
Casting:
Cameron Mitchell, Jayne Mansfield, Ivor Salter, Dodie Heath, Pinkas Braun, Elisabeth Flickenschildt, Werner Peters, Isa Miranda...
Aka: Dog Eat Dog
 

Dans une chambre d'hôtel sur la côte adriatique, une blonde voluptueuse s'ébroue sur son lit au milieu d'un matelas de billets (littéralement), sur fond de musique jazzy provenant de son transistor radio. Au même moment, soit une nuit d'été dans les années 60, un grand type rigolard armé d'un revolver et au volant d'une décapotable, en poursuit un autre à pied et désarmé dans la vieille ville de Dubrovnik. Manifestement, cette poursuite est le résultat d'un désaccord quant au partage du butin d'un hold-up et le poursuivi est précipité du haut des remparts médiévaux, ce qui règle en apparence la question. Entre temps, le tenancier de l'hôtel se rend dans la chambre de la blonde pour lui demander de faire moins de bruit. Cette dernière range en catastrophe les billets puis tente de vamper l'intrus mais celui-ci repère une grosse coupure qui traînait, alors que le programme musical de la radio est interrompu par un flash info annonçant qu'une vaste chasse à l'homme est menée pour retrouver les auteurs d'un cambriolage sanglant sur un navire américain ramenant pour un million de dollars usagés dans leur mère patrie...

 

 

Quand Georges Lautner, alors jeune débutant, fut engagé pour réaliser "Le monocle noir", ce devait être une série B d'espionnage tout à fait sérieuse, mais après avoir lu le scénario qu'il trouva "particulièrement ridicule, exagérément mélodramatique, quasi grotesque, où toutes les scènes sonnaient faux", il décida de transformer le film en comédie en en faisant réécrire totalement les dialogues, sans en modifier l'histoire qui possédait déjà un potentiel hautement parodique. Que serait devenu ce métrage s'il n'avait pas été modifié ?
Et bien, sans doute quelque chose comme La môme aux dollars, véritable ovni filmique qui dès le départ laisse son spectateur interloqué pour aller crescendo dans le n'importe quoi dès que l'action se retrouve délocalisée dans une île prétendument déserte. On ne sait alors plus trop si on a devant les yeux une parodie qui aurait mal tourné (dans tous les sens du terme), jouée avec un sérieux papal, ou un vrai film noir complètement raté. On en vient presque à se demander si tout ça n'est pas voulu et s'il ne s'agirait pas en fait d'une œuvre d'avant-garde particulièrement hermétique.
Bref, un ratage, mais un ratage grand style qui a un côté fascinant et même quasiment hypnotique.

 

 

Le sommet est atteint dans la dernière scène d'Elisabeth Flickenschildt (qui n'est pas la dernière scène du film, ce qui est bien dommage car il aurait ainsi fini en apothéose) où l'on se dit : "mais enfin, qui a pu avoir une idée aussi débile, et comment acteurs et metteur en scène ont pu tourner ça en conservant leur sérieux".
En fait, La môme aux dollars est bourrée d'idées (enfin d'idées, disons plutôt de détails) farfelues et saugrenues dont on perçoit bien la symbolique mais qui ne fonctionnent absolument pas (par exemple, la décrépitude physique des protagonistes). Précisons que le film a aussi un aspect whodunit dont, c'est peu de le dire, les réalisateurs et les scénaristes semblent totalement se foutre (et le spectateur avec eux). De toute façon, dans la "logique" du film, il est aisé de deviner que le coupable est la personne la plus improbable.
Ce qui est sûr c'est que ceux qui, trompés par la présence d'Elisabeth Flickenschildt, Werner Peters et Pinkas Braun, et par l'argument de départ (l'adaptation allemande d'un polar britannique), pensaient voir un simili Krimi ont été déçus, pour ne pas dire plus.

 

 

Une explication possible de l'aspect général du film se trouve dans ses conditions de production assez difficile. Faute de moyens, le tournage a été interrompu à plusieurs reprises et le réalisateur principal, Gustav Gavrin, n'ayant pas pu l'achever c'est Richard Cunha (Fusée pour la Lune, "She Demon"), grand spécialiste des séries "situées au-delà du B sur l'alphabet" qui s'en chargea.
Si Richard Cunha est bien connu de tous les amateurs de SF américaine fauchée, Gustav Gavrin est lui par contre totalement oublié, y compris dans son pays natal. Autrichien d'origine croate il avait tourné, du temps où il était encore yougoslave, soit plus de dix ans avant La môme aux dollars, quelques films patriotiques sur la seconde guerre mondiale avant de se reconvertir en assistant de production pour les tournages germanophones en Yougoslavie.
Le casting, pour le moins disparate mais comportant des piliers du cinéma de genre pour la plupart excellents acteurs, participe aussi à l'aspect bancal de l'ensemble. Si on exclut Isa Miranda dont toutes les scènes sont en marge de l'action, c'est paradoxalement Jayne Mansfield qui s'en tire le mieux en conservant son jeu parodique de caricature de Marilyn Monroe (mais était-elle capable de faire autre chose ?) pendant que ses petits camarades enchaînent avec le plus grand sérieux les scènes les plus ridicules. Notons enfin que Pinkas Braun et l'obscur Ivor Salter sont totalement à contre-emploi, mais le film étant ce qu'il est ça se remarque à peine.

 

 

Sigtuna

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