Rêves sanglants
Titre original: The Sender
Genre: Horreur , Thriller , Fantastique
Année: 1982
Pays d'origine: Royaume-Uni
Réalisateur: Roger Christian
Casting:
Darcy Flynn, Željko Ivanek, Jana Shelden, Shirley Knight, Paul Freeman...
 

Dans un hôpital psychiatrique, un amnésique (Željko Ivanek) baptisé John Doe 83 par le personnel sème le trouble. Le docteur Gail Farmer (Darcy Flynn) est victime d'hallucinations étranges. La mère de John (Shirley Knight) lui affirme que son fils est la réincarnation du Christ... La vérité est encore plus terrifiante puisque John fait passer ses horribles rêves dans la réalité par l'intermédiaire de Gail qui quant à elle est certaine d'assister à ce qu'elle voit. Jusqu'au jour où elle s'aperçoit que la mère avec laquelle elle vient de converser est décédée pas moins de cinq jours avant. A partir de là, outre la prise de conscience d'un phénomène paranormal, chaque vision issue d'un rêve de John Doe pourrait bien être assassine...

 

 

Présenté au Festival international du film fantastique d'Avoriaz 1983, il s'agit du premier film du réalisateur Roger Christian, lequel commença sa carrière au cinéma au département artistique, notamment sur deux films de Robert Fuest (And Soon the Darkness puis "Les Décimales du futur") avant de se voir récompenser d'un Oscar en tant que décorateur pour "Star Wars" (le film qui, avec ses sabres laser fluo et un aspirateur trapu, liquida rien moins que le "Sorcerer" de Friedkin...) puis de sortir ses crocs baveux en tant que directeur artistique sur le premier "Alien" ainsi que sur "La Vie de Brian", sanctifié grâce aux sacrilèges des Monty Python.

Inutile de vous faire languir puis deviner télépathiquement ce que je pense de The Sender : une pelloche honorable au sein d'une calamiteuse carrière de metteur en scène. Si Rêves sanglants fait, malgré ses imperfections, globalement illusion, on ne peut pas dire que les films suivants de Roger Christian convaincront : petit à petit dédiés uniquement au petit écran et au DTV, ils varient de l'exploitation poussive à bas coût et peu imaginative ("Starship") à des projets plus tripants sur l'affiche que sur l'écran (le mémorablement hallucinogène et cinématographiquement apocalyptique "Nostradamus" avec Tchéky Karyo et Rutger Hauer).
Aussi, au regard des livraisons futures du sieur Christian, Rêves sanglants apparaîtra aisément comme sa meilleure réussite. En quelque sorte, un premier long qui laissait espérer bien mieux pour la suite...

 

 

Rêves sanglants n'est à proprement parler pas si original que cela. Quatre ans auparavant nous avions eu droit à une variation sur un thème similaire avec le "Patrick" de Richard Franklin, quant lui auréolé du Grand prix au Festival international du film fantastique d'Avoriaz 1979. The Sender apparait comme une sorte de grand frère de "Carrie" qui aurait croisé ce "Patrick", d'assez heureuse mémoire.

Au contraire du roman de King et de son adaptation à l'écran par De Palma, on reste ici confiné le plus souvent à deux endroits : dans l'enceinte de l'hôpital psychiatrique ainsi que dans la demeure de Gail Farmer, très vite dépassée par les événements, en proie à des visions qu'elle prend au début pour une réalité tangible et palpable. Au contraire du film de Richard Franklin, le personnage central, celui dont émanent les événements surréels, évolue comme un être humain, certes interné pour être soigné, le plus souvent hagard et semble t-il lui-même dépassé par ce qui lui arrive, en plus d'être sous le joug d'une mère possessive (Shirley Knight, bien que spectrale de par son rôle, est ici impeccable) mais loin de rester au lit à développer un nouveau sens, il fiche la panique dans la clinique, semant petit à petit la terreur.

Et à Roger Christian de développer, lentement mais sûrement, un ersatz à la fois basé sur son atmosphère inquiétante en empruntant également des sentiers hitchcockiens déjà bien foulés en 1982.

 

 

Durant 45 minutes, le temps de la mise en place et du développement des personnages, Rêves sanglants, demeure intrigant. Christian distille une ambiance sinistre. Il s'appuie sur des acteurs tout à fait crédibles et sur un pitch entrecoupé d'événements surnaturels d'une dangerosité croissante : les scénaristes se servent de Kathryn Harrold (Morsures, "Le Chasseur", "Le Contrat",...) comme élément de transit puis la font passer de proie à victime. Le jeune Željko Ivanek (un acteur que l'on ne finit pas de croiser à ce jour, notamment dans diverses séries télé, ici jeune et méconnaissable dans son premier rôle) est le révélateur somnambule qui nuit finalement malgré lui. Il fait ici une assez belle composition, constamment sonné, comme dépassé par ce qui lui arrive. La première séquence du film, celle où il se réveille au bord d'une autoroute avant de se diriger vers un parc, de remplir sa veste des pierres les plus lourdes qu'il trouve pour tenter de se noyer dans le lac, est fort réussie. Une mise en bouche autant mystérieuse qu'originale.

 

 

La partition de Trevor Jones, à la fois romantique, atmosphérique et menaçante, trouve toujours le ton juste. Pourtant, si l'ambiance clinique opère plutôt bien, elle répond peu à peu de façon proportionnelle à l'anémie de la mise en scène. Il n'est pas exclu, malgré un ensemble qui se tient, de trouver tout cela un peu longuet. Il y a bien des morceaux de bravoure dans The Sender : une mèche dans un crâne pour une opération qui s'avèrera meurtrière, un groupe de gens propulsés au plafond par une force centrifuge télé kinésiste inattendue, des rats qui se mettent à pulluler jusqu'à sortir de la bouche d'un des personnages, du sang qui se met à couler des robinets, une douloureuse scène d'électrochocs ainsi qu'un incendie intempestif qui fait office de bouquet final. Mais ces passages physiquement plus animés ne parviennent pas à ôter le sentiment d'une pellicule qui s'est sagement assoupie, déroulant de vieux préceptes de déambulations, d'enquêtes puis de découvertes plus ou moins éventées. C'est peut-être aussi pour ça que le peu de scènes censées être spectaculaires, à force de n'être plus attendues, ne le sont plus et tombent alors un peu à plat.
A l'inverse, grâce à une relation empreinte de duplicité entre une mère-tarentule et un fils détenteur de pouvoirs qui le dépassent (les deux peuvent se voir comme des messies et des annonciateurs de morts), Rêves sanglants garde à bon escient, quelques secrets. A l'éventuel spectateur d'être averti que certains détails pourront échapper à sa compréhension.

 

 

Tout en demeurant très intéressant, avec une mise en scène plus rigoureusement clinique et, pourquoi pas, sinistre, The Sender aurait pu être une totale réussite du thriller surnaturel. En l'état, faute de vigueur derrière la caméra, il ne convainc qu'à moitié.


Mallox

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