4 dollars de vengeance
Titre original: Cuatro dólares de venganza
Genre: Euro-Western (hors spagh) , Western spaghetti
Année: 1966
Pays d'origine: Espagne / Italie
Réalisateur: Jaime Jesús Balcázar
Casting:
Robert Woods, Dana Ghia, Angelo Infanti, Antonio Casas, José Manuel Martín, Gérard Tichy, Tomás Torres...
Aka: Quatre Dollars de Vengeance / 4 dollari di vendetta (Italie) / Four Dollars for Vengeance (USA) / 4 Dollars of Revenge
 

À quelques jours de son mariage avec Mercedes (Dana Ghia), une riche héritière, le lieutenant nordiste Roy Dexter (Robert Woods) se voit confier la mission de convoyer jusqu'à Washington une grande quantité de sacs de dollars en or. Le lieutenant Haller (Angelo Infanti), son meilleur ami mais également amoureux de Mercedes, en profite pour lui tendre un guet-apens qui consiste à le faire accuser du vol de l'or. En effet, Dexter est pris dans une embuscade où des bandits s'emparent de la cargaison. Trouvé grièvement blessé, Dexter est accusé d'avoir organisé le vol puis est condamné aux travaux forcés. Il prend alors conscience d'avoir été l'objet d'une incroyable machination qu'il entreprend de démonter et, pour ce faire, s'évade du bagne au péril de sa vie. Sa vengeance sans états-d'âme - mais avec une pièce d'or réservée à ses victimes comme signature - ne fait dès lors que commencer.

 

 

Parmi les westerns européens, 4 dollars de vengeance n'est clairement pas le plus connu ni le plus prisé. Il a pourtant la particularité, à l'instar des "Longs jours de la vengeance" de Florestano Vancini, de transposer dans le cadre de l'Ouest américain "Le Comte de Monte Cristo" d'Alexandre Dumas. Un véritable défi au regard d'un récit se déroulant sur une période de plus de vingt ans.
Produit par Alfonso Balcázar, lui-même déjà réalisateur de quelques films du genre ("Pistoleros de Arizona", "L'homme qui venait de Canyon-City", tous deux avec Robert Woods), le scénario est confié à Bruno Corbucci et aux frères Grimadi, tandis que la réalisation est assurée par le frangin, Jaime Jesús Balcázar. Ce dernier est un peu moins prolifique que le réalisateur-producteur mais vient néanmoins de tourner ses deux premiers films, deux westerns : "Oklahoma John" avec le quasi inconnu Richard S. Hornbeck et "Tierra de fuego" avec Mark Stevens et Mario Adorf. Cuatro dólares de venganza sera d'ailleurs son troisième et dernier western avant de se tourner vers d'autres genres dont le polar ("La nuit du massacre" avec Tomas Milian et Anita Ekberg), le nunploitation ("Inés de Villalonga 1870" avec María Rey et Mónica Zanchi) puis, après avoir traversé une sorte de désert artistique dans les années 70, un thriller érotique avec Berta Cabré ("Catherine Chérie", 1982) qui clôturera sa carrière de metteur en scène.

 

 

Quoi qu'il en soit, 4 dollars de vengeance ne dure que 84 minutes et tient quasiment du miracle scénaristique. Certes, nombre d'éléments, parfois cruciaux dans le roman originel, passent à la trappe : les quatorze années d'emprisonnement sont remplacées par quelques semaines au bagne, la vengeance stratégique se fait à chaud, le héros ne découvre pas, grâce à son comparse de prison, une île dotée d'un trésor (celle de Montecristo), il n'est pas non plus accompagné d'une princesse grecque ; quant au mariage initial, il saute purement et simplement au profit d'une compétition a priori fair-play pour conquérir le cœur de Mercedes, laquelle est le seul personnage à garder son prénom. Pas d'enfant recelant de lourds secrets non plus pour la belle Mercedes. Ce qui permet aux frères Grimaldi et à Bruno Corbucci de faire du meilleur ami de ce Edmond Dantes de l'Ouest, son plus grand ennemi, en plus de céder aux conventions romantiques, celles de retrouvailles et d'un mariage entre les deux tourtereaux, avec révélation de dernière minute, là où le désenchantement et l'amertume de vies gâchées prenaient initialement le dessus.

Il est cependant amusant de constater comment la trame est conservée, tandis que le contexte et certaines péripéties sont transformées et adaptées à ce nouvel univers. À ce sujet, Roy Dexter prend bien la place d'un mort pour s'évader des travaux forcés (du reste, tant mieux pour lui, Edmond Dantes était quant à lui confiné entre quatre murs au Château d'If). La lettre anonyme et le complot de notables et d'arrivistes est lui aussi présent à l'appel, la vengeance, certes, moins murie, aussi.

 

 

Finalement, il manque au moins deux heures à 4 dollars de vengeance pour être vraiment fidèle au roman imaginé par Alexandre Dumas (et Auguste Maquet), encore que le roman en question soit lui-même très fidèle à la réalité, tragique histoire d'un certain Pierre Picaud, cordonnier de Nîmes, victime d'une machination politico-judiciaire sous le Premier Empire. En même temps, l'illustration qu'en donnent les frères Balcázar, avec une violence plus expéditive, ne relève pas non plus de la haute trahison puisque dans la réalité, le sieur Picaud se vengea du premier traître en le poignardant purement et simplement.

Fi de ces considérations sur la fidélité au roman ou à une réalité qui l'a inspiré, il faut bien reconnaître que 4 dollars de vengeance est une bobine inégale et, somme toute, très moyenne. Après une entame qui n'augure rien de bon, ridiculement soulignée par la partition pour cavalerie en marche signée Angelo Francesco Lavagnino et Benedetto Ghiglia, la partie trahison prend place et, bien que les protagonistes soient esquissés, elle tient plutôt bien le cap. Robert Woods n'est pas l'acteur le plus charismatique qui soit, il semble un peu fadasse en ce début de bobine et, hélas, son comparse campé par Angelo Infanti paraît quant à lui benêt. Mais c'est pour mieux te trahir et voler ta femme, mon enfant ! Quant à la fameuse Mercedes, objet de toutes les convoitises, c'est peu dire que sa prestation de début de carrière n'est pas bandante ! Probablement déjà trop âgée pour ce rôle d'irrésistible beauté à la jeunesse immaculée, disons-le comme c'est, elle semble se curer les dents même dans les séquences les plus romantiques et aurait mérité d'être revendue comme pouliche de grange, tout juste bonne à se faire monter en mâchant du foin. On la reverra cependant dans "Le Dernier tueur" de Giuseppe Vari, 5 gâchettes d'or de Tonino Cervi puis quelques gialli plutôt renommés (Un papillon aux ailes ensanglantées, Folie meurtrière, Les Diablesses).

 

 

La partie "Vengeance" possède quelques qualités à faire valoir dont, en premier lieu, un aspect par moments légèrement gothique, grâce notamment au cliché d'un genre où les chapeaux masquent par leur ombre la moitié du visage du héros. Ici, déguisé en péon, c'est carrément un sombrero que Roy Dexter Dantes porte. Ce qui nous vaut l'une des scènes les plus incongrues de Cuatro dólares de venganza puisque son second forfait (légitime) consiste à provoquer une crise cardiaque chez l'un des trois hommes responsables de son injuste incarcération (en l'occurrence Gérard Tichy). Si la scène est graphiquement assez belle, jouant sur l'obscurité et un visage lentement découvert à l'aide d'une lampe à pétrole, elle est tout aussi crédible qu'un cowboy s'en allant galoper afin de concourir pour le prix de l'Arc de Triomphe.

Ceci étant, plans rapprochés et barbe aidant, Robert Woods y gagne en présence, jusqu'à ressembler de façon troublante au Giuliano Gemma de la seconde partie des "Longs jours de la vengeance". La partition musicale s'y fait aussi plus subtile et, une fois ôtée le titre déjà mentionné, fait son office de manière agréable et efficace. Le problème qui se pose alors réside dans des fusillades brouillonnes, elles-mêmes tapies dans une intrigue qu'il convient, malgré les quelques qualités énumérées plus haut, de prendre, sinon de manière complaisante, avec une certaine distance. Sa résolution, avec en point d'orgue l'irruption d'Antonio Casas (souvenez-vous du premier tué du "Bon, la brute et le truand") en Colonel Jackson, équivalent de l'armurier Morel, patron de Dantes qui a toujours cru en son poulain, est dégainée plus rapidement que ne pourrait le faire n'importe quel tireur d'élite, au point de désarmer le spectateur puis de laisser au final une impression de bâclage à peine relevé par un duel au sabre.

 

 

Dommage car ces hésitations et inégalités de traitement font du coup de 4 dollars de vengeance un paella-spaghetti de facture bien plus banale qu'il n'aurait dû l'être.

À titre anecdotique et au sujet de rôles interchangeables, il est amusant de voir qu'Angelo Infanti ici-présent endossera le rôle de Jacopo - sorte de flibustier non dénué d'une certaine noblesse et en tout cas fidèle à Edmond Dantes, après l'avoir même sauvé puis récupéré parmi ses hommes dans le célèbre roman - dans l'adaptation aujourd'hui oubliée signée David Greene (Richard Chamberlain y jouait le comte tandis que, chose amusante encore, Louis Jourdan qui avait campé le rôle-titre en 1961 pour Claude Autant-Lara jouait l'horrible substitut du procureur du roi, Gérard de Villefort).


Mallox

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