Agonizando en el crimen
Genre: Horreur , Thriller , Drame , Psycho-Killer
Année: 1966
Pays d'origine: Espagne
Réalisateur: Enrique López Eguiluz (Enrique Eguiluz)
Casting:
Juan Logar, Irene Gutiérrez Caba (Irene G. Caba), Pepe Rubio (José Rubio), Yelena Samarina, Paul Naschy (David Molba), Tomás Blanco, Annie Sinigalia, Antonio Jiménez Escribano, Ángel Soler...
 

Jacqueline et Jean sont en voyage de noces à Paris lorsque la jeune mariée est victime d'un accident cardio-vasculaire. Jean, alors étudiant en 4ème année de médecine, attend angoissé le verdict d'une opération qui s'annonce plus que délicate. Bien qu'il demande à y assister, le chirurgien le contraint à rester dans la salle d'attente. Mais pour le rassurer, il lui montre ses avant-bras en lui disant : "Ayez confiance en mes mains". Une sentence qui ne tarde pas à avoir de lourdes conséquences puisque Jacqueline meurt durant l'opération et Jean, submergé de tristesse, ne s'en remettra pas. Rendant responsable le chirurgien à qui il a accordé toute sa confiance, il sombre dans une folie meurtrière et se met à tuer tous les étudiants en médecine qu'il trouve sur son chemin et qui sont susceptibles de rallier la chirurgie. Un premier cadavre est trouvé, amputé de ses mains...

 

 

Agonizando en el crimen n'a pas bonne réputation. À vrai dire, peu exploité au niveau international à l'époque, il est resté depuis extrêmement rare au point de n'avoir quasiment pas de réputation, en tout cas pas en France. Pire encore, lorsqu'on croise des informations le concernant, l'ère du 2.0 copié/collé sévissant depuis belle lurette, il n'est pas rare de trouver des résumés plus ou moins flous ou farfelus dans lesquels l'homme affligé, devenu tueur en série, s'en prend aux responsables de l'opération (alors qu'il choisit des étudiants en médecine au hasard de ses rencontres) quand il n'est autre que le chirurgien qui a opéré sa fiancée et que, de ce fait, il serait devenu fou, perdu dans une fuite en avant et s'imaginant greffer de nouvelles mains à sa compagne. Certes, vu que dans Agonizando en el crimen, les victimes se voient amputées des mains après s'être fait dessouder de différentes manières, il est justifié de le rapprocher des "Yeux sans visage" auquel il paye son tribut. L'influence du film de George Franju paraît évidente tout comme Agonizando en el crimen annonce un autre classique : L'Abominable Docteur Phibes. Bien entendu les meurtres perpétrés ici ne possèdent pas la future théâtralité du film de Robert Fuest, toutefois, en raison de la profession des protagonistes, il y fait penser (on ne tirera pas sur la corde pour dire que s'il s'était déroulé dans le monde des grands chefs de la gastronomie on serait alors proche du très délectable et so British "La Grande cuisine" de Ted Kotcheff). Quoi qu'il en soit et fi des deux films précités, Agonizando en el crimen ne prétend pas à l'humour, encore moins à l'humour noir anglais...

 

 

Si le canevas a tout du thriller, la tonalité de Agonizando en el crimen est entièrement dramatique. Et c'est ce qui en fait son prix ! D'autant qu'à suivre l'enquête, on peut trouver que les inspecteurs qui en sont en charge font preuve d'un piètre esprit de déduction, au point que cela nuise à la crédibilité de cette petite bobine qui a pourtant des qualités à faire valoir.

Certains ne manqueront pas de le trouver fade, pourtant, Juan Logar, en jeune médecin vaguement complexé par son physique, campe de manière assez remarquable cet homme ordinaire, d'apparence moyenne, voire banale, et qui, emporté par la fièvre, se met finalement à tout faire pour que la seule et unique chose qui le faisait exister survive. Certes, dans la désillusion la plus totale. En témoigne une structure en flashbacks qui accompagne ses souvenirs et sa mélancolie. Une structure due à l'acteur, lui-même producteur et auteur du scénario (ainsi que de la musique - qui lorgne moments vers "Le Vol du bourdon" de Rimski-Korsakov). S'il ne propose pas de dimension sociale comme le fera Eloy de La Iglesia cinq ans plus tard avec le superbe La Semaine d'un assassin, les personnages principaux des deux films évoluent dans une même spirale dépressive.

 

 

Côté casting, les amateurs ne manqueront pas de relever la présence de Paul Naschy. Ce dernier apparaît au générique, en tant qu'acteur, sous le pseudonyme de David Molba (et sous son véritable nom, Jacinto Molina, comme secrétaire de plateau). À la vision de ce thriller autant dramatique que psychotique, il faut bien admettre qu'il fait fort bonne impression et que chacune de ses apparitions à l'écran, autant dans les registres rhétoriques que physiques, assurent à la bobine le minimum de vigueur nécessaire vu que, malgré des meurtres égrainés de façon régulière (très bien captés par Raúl Artigot qui photographiera plus tard le susnommé La Semaine d'un assassin) et une tension palpable par intermittence, la psyché prime assez souvent sur l'action. Mais lorsqu'on l'évoque, Agonizando en el crimen est trop souvent réduit à sa seule présence, celle d'une égérie en tout début de carrière (en tout cas dans un rôle conséquent et crédité au générique). Il serait du coup injuste d'occulter la présence d'autres noms ici présents, parfois-même des figures coutumières d'un genre horrifique, encore en devenir en 1966, en tout cas en Espagne.
C'est par exemple le cas de Yelena Samarina, actrice d'origine russe mariée alors à Juan Manuel López Iglesias, fondateur de la société Alta Films, ceci expliquant sa présence dans tout un pan du cinéma de sous-genre ibérique (La Fille de l'exorciste, La mansión de la niebla, El Filo del miedo, ...). Elle trouve ici l'un de ses rôles les plus valorisants, ayant été souvent réduite à faire de la figuration. Irene Gutiérrez Caba, en mère non crédule des tourments qui agitent son fils jusqu'à le posséder, est parfaite. La Française Annie Sinigalia (surtout présente dans des séries chez nous telles que La Brigade des maléfices, "Un ours pas comme les autres" ou bien encore "Les Dames de la côte"), en amoureuse un peu nunuche dans des parties au romantisme un brin désuet, n'a certes qu'un rôle superficiel à assumer, ce qu'elle fait de façon très honorable. Quant à Pepe Rubio alias José Rubio, c'est un acteur protéiforme qu'on a l'habitude de voir (ou d'apercevoir) depuis le début des années 60 avec "Goliath contre les géants". Sans n'avoir jamais été renversant ni vraiment imprimé l'écran, il s'est toujours acquitté de la tâche de façon très professionnelle. C'est une fois de plus le cas ici.

 

 

Agonizando en el crimen porte davantage la marque de Juan Logar que celle de son réalisateur, Enrique López Eguiluz. Un fait récurrent dans l'industrie cinématographique à petit budget d'une l'époque où les tâches sont souvent réparties davantage au regard des disponibilités que des talents. Ce dernier signera pourtant les premières aventures de Waldemar Daninsky, Les Vampires du Dr. Dracula, à croire que le réalisateur n'a tourné que des films-tremplins. Il coréalisera ensuite "El Santo contre les tueurs de la mafia" sans jamais prétendre à une grande carrière.

En tout cas, Agonizando en el crimen - c'est presqu'un cliché de le dire - n'est certes pas un chef-d'œuvre, mais il ne mérite en aucun cas d'être tombé à ce point dans l'oubli. Son aspect giallesque est plutôt attractif, les personnages possèdent une véritable psychologie, voire une profondeur tout humaine, ajouté à cela qu'on ne s'ennuie jamais durant les 88 minutes proposées, jusqu'à se laisser piéger et rester attentif jusqu'au mot fin.
Notons pour les nostalgiques du Paris d'autrefois, que notre capitale y est très bien captée (les trois quarts du film s'y déroulent et les protagonistes, bien que parlant espagnol avec l'accent madrilène, sont censés être français) et ne se limite pas à la Tour Eiffel. On a même droit à une jolie chanson française restée méconnue. Pour le reste, entre les rapports et les événements tendus, une enquête criminelle correcte, des meurtres relativement violents et une ambiance désespérée, le charme opère.

 

 

Mallox

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