Sorcière sanglante, La
Titre original: I Lunghi capelli della morte
Genre: Horreur , Gothique , Sorcellerie
Année: 1964
Pays d'origine: Italie
Réalisateur: Antonio Margheriti
Casting:
Barbara Steele, George Ardisson, Halina Zalewska, Umberto Raho, Laura Nucci, Giuliano Raffaeli, Nello Pazzafini, Jeffrey Darcey...
Aka: The Long Hair of Death (GB, USA)
 

Europe centrale à la fin du XVe siècle : la peste et la superstition font de la vie quotidienne un enfer. La sorcière Adèle Karstein est brûlée vive sous les yeux de ses filles Hélène et Elizabeth. Elle a maudit ses bourreaux : le comte Humbolt et son fils Kurt, ce dernier étant le responsable du crime pour lequel elle fut injustement condamnée. Hélène est assassinée par le comte qui a abusé d'elle la nuit même du supplice. Des années plus tard, par une terrible nuit d'orage, une belle jeune femme aux longs cheveux noirs se présente à la porte du château des Humbolt.

 

 

I Lunghi capelli della morte (La Sorcière sanglante) est l'un des quatre grands titres d'horreur et d'épouvante tourné par Margheriti et l'un des deux tournés par Barbara Steele pour ce même cinéaste (*).

Distribué à Paris en exclusivité par Transunivers films en août 1970 (ce retard aberrant à la distribution constitue une énigme alors qu'en Italie il avait remporté un triomphe financier durant la saison cinématographique 1964-1965), La Sorcière sanglante y fut parfois considéré comme inférieur à Danse macabre (1963) en raison d'un rythme un peu moins nerveux. On convenait cependant, parmi les connaisseurs, qu'on était en présence d'un grand film : mise en scène d'une régulière beauté plastique, interprétation en vedette de Barbara Steele alors au sommet de sa beauté et de son talent, scénario d'Ernesto Gastaldi globalement inspiré par l'eschatologie médiévale et citant expressément dans le dialogue L'Apocalypse de Saint Jean.

 

 

Pour la génération qui avait dix ans en 1970, il devenait cependant bien difficile de trancher entre "les deux grands Barbara Steele réalisés par Margheriti". Danse macabre était devenu totalement invisible au cinéma. La Sorcière sanglante était interdit aux moins de 18 ans (selon un document Transunivers Films paru dans le Répertoire Druhot de 1982, p.302), interdiction ramenée par la suite aux moins de 13 ans (selon l'éditeur Artus films). Le personnel cinéphile du Brady en projetait cependant irrégulièrement une copie positive en état 3 ou 4. C'est là-bas que nous l'y découvrîmes le 04 août 1989 après presque 20 ans d'attente depuis notre rêveuse contemplation des magnifiques photos d'exploitation et de plateau parues dans Vampirella n°7 en 1970 ! Il y avait eu, entretemps, la VHS Secam éditée par V.I.P. (et celle éditée par Fantastic Vidéo de Danse macabre, recadrée et mutilée, aux prix tout aussi prohibitifs l'une que l'autre). La séance cinéma en question du Brady fut probablement l'une des toutes dernières séances publiques de La Sorcière sanglante en exploitation commerciale normale à Paris.
Depuis, ces deux Margheriti sont passés dans divers festivals (dont L'Étrange Festival) et à la télévision, permettant à une nouvelle génération de cinéphiles de les découvrir et de les comparer.

 

 

Certaines séquences correspondaient parfaitement à la reconstruction mentale que mon imagination avait fabriquée pendant ces longues années d'attente. Je ne fus nullement déçu même si je ressentais une certaine "baisse de régime" dramaturgique par rapport à Danse macabre. Voici les meilleures séquences du film, justifiant sa vision encore aujourd'hui :

1) l'ouverture bi-séquentielle en montage alterné, d'une cruauté hallucinante et dont la puissance dramatique et visuelle est assez régulièrement digne d'un Dreyer,

2) l'apparition du sosie d'Hélène aux portes du château,

3) l'enterrement puis l'examen du corps d'Elizabeth,

4) la vengeance finale de Mary envers Kurt à la faveur d'une cérémonie médiévale.

Entre ces quatre séquences célèbres, on peut repérer certains éléments de modernité syntaxique glissés subrepticement au sein d'une continuité classique : des plongées et des contre-plongées audacieuses, des grands angles démesurés dignes d'Orson Welles, un usage sophistiqué de la profondeur de champ et de la longueur focale. Outre ces éléments spectaculaires, la mise en scène utilise le temps, sa dilatation, sa fixation, d'une manière originale : l'idée de faire s'immobiliser le fantôme puis de le faire s'écrouler après la mort d'Humbolt me semble, par exemple, remarquable. Comme si le temps s'arrêtait des deux côtés du miroir, marquant une symbiose surnaturelle, source de terreur, entre les vivants et les morts.

 

 

Le scénario est une chose, sa réalisation en est une autre et il me semble que certains effets ici visibles ne pouvaient clairement s'obtenir qu'à la caméra. Margheriti avait beau "se couvrir" par plusieurs caméras, il avait un authentique génie plastique manifesté à plusieurs reprises dans La Sorcière sanglante. Poésie brute de l'espace, le cinéma fantastique de Margheriti est aussi non moins constamment une poésie noire du temps.

Du point de vue de l'interprétation, non seulement Barbara Steele est excellente dans un double rôle Hélène-Marie / victime-bourreau – double rôle fréquent dans sa carrière de star du cinéma fantastique puisque qu'elle en tourna de tout aussi admirables pour Mario Bava, Mario Caiano, et Riccardo Freda de 1960 à 1965 – mais encore Giorgio Ardisson s'avère assez étonnant dans la manière dont il incarne Kurt : l'ambivalence entre peur et folie est rendue tangible par son jeu régulièrement expressionniste.

Enfin, les décors, une direction de la photographie en écran large Noir & Blanc aux noirs d'encre, un montage de Mario Serandrei (le monteur régulier de Mario Bava), le soin accordé à la direction artistique : tout cela confirme que Margheriti fut un cinéaste qui trouva dans l'horreur et l'épouvante l'inspiration nécessaire à l'accomplissement de son talent.

 

 

Francis Moury



En rapport avec le film :



# La fiche dvd Artus Films


(*) Nous renvoyons le lecteur, concernant la bio-filmographie de Margheriti, à notre article nécrologique sur le site www.cinéastes.net : Antonio Margheriti est mort.

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