Land of the Dead
Genre: Zombie , Horreur
Année: 2005
Pays d'origine: Etats-Unis
Réalisateur: George A. Romero
Casting:
Simon Baker, John Leguizamo, Dennis Hopper, Asia Argento...
 

Vingt ans après un "Jour des morts vivants" certes de bonne mémoire mais qui pourtant marquait un net recul par rapport à "La Nuit des morts vivants" et à "Zombie", George Romero livre enfin le quatrième volet de son monde des morts vivants, cette fois-ci influencé par l'Amérique post-11 septembre, et en droite ligne de ce qu'il avait déjà amorcé dans "Le Jour des morts vivants" avec Bub, le zombie en voie de domestication. C'est à dire qu'ici les zombies sont nettement plus évolués qu'à l'accoutumée, et qu'ils continuent encore de développer leur intelligence de façon significative tout au long du film. Preuve en est qu'au début, ils se font aisément tromper par les vivants en se laissant hypnotiser par le spectacle de feux d'artifice, tandis qu'à la fin, non, ce n'est plus le cas, et les personnages de tomber des nues...

Un peu lourdingue, comme symbole de l'évolution des zombies, il faut bien admettre. Mais le terme "lourdingue" est à vrai dire ce qui caractérise le mieux le film dans sa globalité. Ainsi, le discours politique, tant attendu chez Romero et qui ne pouvait qu'être stimulé par le 11 septembre, se trouve être la principale préoccupation du réalisateur, qui du coup en oublie qu'il a une histoire à raconter, lui qui avait si bien su le faire dans ses trois films zombiesques précédents. L'histoire ne vise rien d'autre que de représenter l'état du monde en général et de l'Amérique en particulier et à notre époque. Vaste projet, surtout pour un film d'une heure trente. Mais Romero se lance dedans tête baissée et nous présente donc une société humaine rassemblée dans ce qui est la représentation des Etats-Unis : un lieu isolé, replié sur soi-même, dirigé par un pourri (Dennis Hopper) vivant dans le luxe, qui regarde son peuple de haut (au sens littéral, puisque lui vit en haut d'un building et que ses administrés vivent dans la rue), qui les laisse s'appauvrir tout en les envoyant faire les sales besognes à l'extérieur, dans le simple but de s'enrichir tout en faisant miroiter moult espoirs à sa crédule chair à canon.

 

 

De ce fait, l'un de ses lieutenants (John Leguizamo) va finir par s'apercevoir de l'injustice qui règne, et en bon égoïste qu'il est va chercher à se venger en utilisant les propres armes de ce vilain pourri pour détruire la cité, quitte pour cela à considérer le bas peuple comme un dommage collatéral. Nous sommes donc là en présence du terroriste de service qui, pour bien que cela soit clair aux yeux du public mentionne directement le mot de "jihad" dans l'un de ses dialogues. A cela se rajoutent quelques personnes raisonnables, des modérés, qui sont les héros du film mais qui ont bien du mal à susciter la sympathie. L'un est un héros taciturne, non pas parce que c'est un vrai solitaire non-conformiste, mais bien parce qu'il n'a ni personnalité, ni idées, ni acteur décent pour l'incarner. Un autre personnage est un arriéré mental qui passe pour un sous-Forrest Gump (son talent à lui n'étant ni le ping pong ni la pêche à la crevette mais la manipulation des armes à feu). Une autre (la vilaine Asia Argento) est là pour la touche sexy et pour montrer une fille des bas fonds, ancienne prostituée sauvée in extremis d'une condamnation à mort. Tant qu'à faire, Romero aurait carrément dû en faire une naine borgne et boiteuse, l'aspect Cosette en aurait été encore plus saisissant. Et il y aura même un comique de service qui viendra se greffer à ce groupe, déjà peu plaisant et dont tout le monde se fiche à l'unanimité...
Et les zombies dans tout ça ? Eh bien leur rôle est assez flou. On peut penser qu'ils représentent le reste du monde, la pauvreté humaine, les victimes des exactions de l'administration de la cité des vivants. Et ils ont un chef, qui les mène mollement à la rébellion. Si ce chef est la représentation métaphorique de quelque chose, alors je sèche, je ne vois pas. M'est plutôt avis qu'à travers lui, Romero a tenté de personnifier tout le peuple zombie en phase d'évolution. Toujours est-il que ce n'est pas bien brillant non plus, puisque les zombies n'apparaissent finalement que comme une toile de fond.
Et c'est pour cette même raison qu'en plus d'être une bien peu subtile métaphore de la situation politique internationale vue par les yeux d'un contestataire (heureusement que le film n'est pas réac, en plus !), Land of the Dead est également un mauvais film d'horreur. En essayant vainement de lier ses différents groupes de personnages (Dennis Hooper et ses sbires, les héros, les terroristes, les zombies) les uns aux autres, Romero ne trouve pas l'inspiration pour verser dans l'horreur telle qu'il avait pu la montrer dans ses trois opus précédents ("La Nuit des morts vivants" étant plus soft, époque de sa sortie oblige). Le sujet du film n'est à vrai dire même pas accrocheur, puisque dès le début du film, l'humanité s'est d'ores et déjà résignée à son triste sort.

 

 

L'apocalypse n'est plus imminente : elle est là, et en chemin nous perdons donc toute la noire pagaille qui caractérisait les films précédents, avec le perpétuel danger que représentaient les zombies. Ceux-ci n'obtiennent ici que des miettes, ce qui était déjà un peu le cas dans "Le Jour des morts vivants", mais que Romero parvenait à contourner via une atmosphère bien plus tendue entre ses personnages, confinés dans un espace clos. Ce qui n'est même plus le cas ici : c'est à ciel ouvert, et ce n'est pas la nuit permanente qui va créer un sentiment claustrophobique. Surtout avec ces fades zombies, au final bien peu dangereux. Les scènes gores sont ainsi là souvent pour remplir l'attente du public, quelques fois pour permettre d'accentuer un trait de caractérisation d'un des personnages, et en plus d'être moins nombreuses, elles sont nettement inférieures à celles de "Zombie" et du "Jour des morts vivants". Romero tente bien de compenser en misant sur l'action au sens propre du terme, avec des grosses pétoires en pagaille, mais rien n'y change : on finit par s'emmerder.
Et c'est ainsi que l'un des plus estimables réalisateurs de films d'horreur américains en est venu à caricaturer à tous les niveaux les films qui ont fait sa renommée. Triste spectacle.

 

Note : 3/10

 

Walter Paisley
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