Neuvième configuration, La
Titre original: The Ninth Configuration
Genre: Fantastique , Drame
Année: 1980
Pays d'origine: Etats-Unis
Réalisateur: William Peter Blatty
Casting:
Stacy Keach, Scott Wilson, Jason Miller, Ed Flanders, Neville Brand, Richard Lynch, Joe Spinel...
 

Drôle de film que cette "Neuvième configuration", mélange improbable de drame psychologique, de fantastique, de réflexion politique, de quête métaphysique, de comédie humaine absurde, d'humanisme, de mysticisme, et d'action. Il flirterait avec le pensum indigeste si ce n'était quand bien même à demi-raté, il demeure fascinant et surtout plus fouillé que le tout venant du genre. Le spectateur empruntera une sorte de chemin de croix (ce qui paraît logique vu le propos du film sur lequel je reviendrai), passant pas des sentiments mitigés pour au final avoir de bonnes chances de trouver l'oeuvre prenante, attachante et même aliénante.
Par erreur (?), le colonel Hudson Kane (Stacy Keach) est mandaté par le pentagone afin de prendre la direction d'un château situé sur la côte Est, dans lequel sont internés des officiers de l'armée américaine. Ceux-ci ayant tous participés au conflit vietnamien, souffrent de divers troubles et désordres psychologiques post-traumatiques. Kane est chargé à la fois de déterminer les causes de leur folie en même temps que de déceler s'il y a des imposteurs et autres tirs au flanc. Très vite ce dernier se retrouvera dépassé, d'autant qu'il semble lui-même également hanté, voire schizophrène. Il faut dire qu'il vient directement du front, d'où résonnent encore dans son esprit, un chaos de voix. Il fait alors la connaissance de Billy Cutshaw, ancien astronaute interné pour des crises de panique à répétition. Une drôle de relation naît entre les deux hommes et bientôt l'astronaute met au défi le colonel Kane de prouver l'existence de dieu...

 

 

On doit cet ovni à William Peter Blatty, surtout connu pour avoir écrit "L'Exorciste" avant de le voir adapté avec le succès que l'on sait. "La neuvième configuration" est tirée de son propre roman "Twinkle, Twinkle, Killer Krane" qui s'inscrit comme le second volet d'une trilogie sur la foi. Si "L'Exorciste" fouillait l'existence du mal, ici il fouille l'existence du bien. Quoi de plus logique puisque l'existence d'un mal absolu implique celle d'un bien absolu et vice-versa. Le troisième volet des recherches sur ce thème et anti-thème sera donc "l'exorciste III" adapté de son roman "Légion". On ne peut pas dire que ce dernier volet fut une réussite et j'ai le souvenir pour ma part d'un film lourd, bavard indigeste, emmerdant, comme si le romancier s'était senti obligé de régler ses comptes avec l'adaptation de son premier roman, celui-ci ayant fait l'objet en son temps, de nombreux désaccords entre son réalisateur, la production et ce dernier. Si "L'exorciste III" tombera bel et bien dans le pensum, ce n'est pas vraiment le cas ici. C'est un film riche parfois un brin pénible, mais le plus souvent captivant. Son gros problème reste un énorme déséquilibre des différentes parties qui la forment. Doit-on imputer ce défaut au metteur en scène ? Pas si sur lorsque l'on regarde les difficultés de tournages puis de montage et de distribution qu'il connut. D'ailleurs "La neuvième configuration" n'a pas fait l'objet de sortie dans les salles françaises, avec un auteur au nom pourtant vendeur.
En effet, d'entrée les atouts ne furent pas de son côté puisque pour réduire les coûts on déplaça le tournage en Europe de l'Est, ce au dernier moment. Dans le même registre, l'acteur principal prévu (Nicol Williamson) fut remplacé in-extremis par Stacy Keach, tout comme certains techniciens, puis certains seconds rôles, contraignant Blatty à jouer lui-même dans le film pour palier une carence d'acteurs. Ensuite il livra un montage de près de trois heures et on le contraignit à l'écourter. L'écrivain-metteur en scène livra alors plusieurs moutures, dont l'une fut exploitée par la Warner comme étant un film d'horreur dans la droite lignée de "L'Exorciste". Blatty le prit très mal et fit retirer son film de l'affiche. Si j'évoque ces difficultés, c'est qu'il semble manifeste à la vision du film que le déséquilibre évoqué ci-dessus reste le fait des diverses mutilations dont il a été victime. Les différentes parties ne se relient pas toujours de façon harmonieuses, elles restent trop brutales pour ne pas laisser par moments sur le carreau le spectateur, en même temps que de nuire à une atmosphère très envoûtante qui pourtant l'habite incontestablement.

 

 

D'entrée, si l'on veut bien oublier l'ignoble chanson du générique, nous sommes plongés au sein d'une atmosphère plutôt gothique avec ce château en haute altitude cerné d'un épais et immense brouillard. Les personnages aliénés nous sont présentés en groupe et on semble s'orienter vers une version "Vol au dessus d'un nid de coucou" post-trauma vietnamien. Dès l'arrivée du colonel Kane, le film se rapproche d'avantage d'un "Shock Corridor" de Samuel Fuller, dans lequel un journaliste se faisait interner sciemment afin d'enquêter puis de livrer un scoop, mais perdant petit à petit par mimétisme, la raison. Après un portrait de groupe vite esquissé et d'avantage là pour nous présenter les lieux, on entre dans le portrait au cas par cas des aliénés. Il est peu dire qu'on y trouve des personnages hauts en couleurs, ainsi qu'une kyrielle d'acteur assez impressionnante, allant de Joe Spinel à Jason Miller en passant par Robert Loggia, puis dans d'autres rôles Richard Lynch ou encore Tom Atkins. Casting étonnant pour un film qui le sera non moins.
On se rappellera alors qu'avant sa reconnaissance mondiale, William Peter Blatty fut scénariste pour Blake Edwards, notamment sur la série "Peter Gunn" ou "Qu'as-tu fait à la guerre papa ?", car on assistera alors à des scènes empruntes absurde, décalées et allumées, en somme très drôles, et vu le sujet du film on est pris à revers. Sans cesse ensuite nous serons pris à revers, d'où une grande partie de l'intérêt d'un film échappant à tous les standards, presque abyssal à analyser. Bref, pour résumer cet aspect là, nous aurons droit à un type en train de monter une pièce de théâtre, en l'occurrence, "Hamlet" de Shakespeare mais conçue pour des chiens. Là-dessus un autre traversera régulièrement les répétitions en même temps qu'hantant le château de sa présence, déguisé en Superman. Normal, il est certain d'être Superman tant et si bien qu'il installera même une cabine téléphonique près de son lit afin de pouvoir agir plus rapidement en cas d'alerte. "La neuvième configuration" est dotée de beaucoup d'humour, de ceux, absurdes, grotesques et décalés qui font mouche.

 

 

Beaucoup de légèreté inattendue et bienvenue donc dans ce qui reste pourtant la plupart du temps un drame psychologique dans lequel le talent de Stacy Keach éclate. Peut-être même s'agit-il de son meilleur rôle (avec "Fat City" de Huston). Celui-ci dans son personnage tout d'abord d'apparence sereine, montrant petit à petit des signes de troubles (il entend des voix), puis se transfigure totalement se mettant alors à la totale disposition de ses patients, dans une quête humaniste où les fous ont droit à leur rédemption, où les choses s'inversent comme dans un jeu de rôle dans lequel les militaires auront même ordre de suivre les consignes des aliénés, suivant donc les nouvelles règles établies par le colonel. Tout en tension intérieure lorsqu'il découvre l'état de lieux, puis tout en visions fiévreuses dès lors qu'il croit comprendre le but sacré de sa venue au sein de la forteresse gothique , le tout dans une retenue sans faille, Stacy keach s'y révèle proprement stupéfiant. Dans les moments de creux, car il faut bien l'admettre, il y a aussi des moments plus ternes, celui-ci tient le film sur des épaules pour le coup immenses. Difficile de ne pas être fasciné par le personnage, difficile de ne pas s'identifier à lui et ses démons intérieurs qui pourraient pourtant paraître bien loin de nos préoccupations, bref, de ne pas rester à l'affût de ses doutes et décisions. C'est remarquable et remarquablement dirigé par Peter Blatty.
Ensuite, tout dérape dès lors que le colonel Kane n'aura plus qu'une idée en tête, celle de sauver la vie de l'astronaute. C'est là que le lien se fera avec "L'exorciste" puisque Billy Cutshaw n'est autre que celui dont le prêtre Regan prophétise la mort prochaine au sein du film de Friedkin . De même que la médaille que trouvera à la fin le frère de Kane, rappelle étrangement le médaillon du père Merrin lors des fouilles archéologiques au début. La mort de l'astronaute est annoncée et c'est dans un bar et sous la menace de Hells Angels que se jouera son sort, dans une scène complètement scotchante, d'une efficacité à couper le souffle, elle offre une fulgurance de violence qui impressionne. En même temps, Kane jouera lui aussi ici le plus gros, à savoir sa rédemption. Ayant tué au Vietnam, toute la culpabilité qui l'habite pourra être expiée d'un coup d'un seul, sauvant une personne vouée à une mort certaine. En cela, il prouvera dans un même temps à Cutshaw l'existence de Dieu.

 

 

Etonnant et passionnant, non ? Vous aurez compris combien je trouve ce film attachant et si mes arguments n'ont su vous convaincre, allez jeter un oeil à ce drôle de film qui reste longtemps en mémoire jusqu'à personnellement pas mal me hanter. Dommage que je n'ai pas pu voir la version de 180 minutes initiale, car les trous narratifs restent manifestes, malgré toutes les qualités flagrantes, et à juste titre pour une fois, il me semble qu'on puisse parler d'oeuvre maudite et sans concessions. Une antithèse parfaite au standard mercantile hollywoodien. Peut-être même son Antéchrist, allez savoir...

 

Note : 7,5/10

 

Mallox
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