Casseurs de gangs, Les
Titre original: Busting
Genre: Polar
Année: 1973
Pays d'origine: Etats-Unis
Réalisateur: Peter Hyams
Casting:
Elliott Gould, Robert Blake, Allen Garfield, Antonio Fargas, Michael Lerner, Sid Haig, Ivor Francis, William Sylvester, Cornelia Sharpe...
 

Les inspecteurs Keneely et Farrel, de la brigade des moeurs de Los Angeles, s'échinent depuis déjà longtemps à coincer Carl Rizzo, un gros bonnet du crime. Hélas, ce sont leurs méthodes peu orthodoxes qu'on leur met en avant afin de les décharger de l'affaire, et ceux-ci se retrouvent aux urinoirs publics à arrêter les pervers.

Faut dire qu'à déclencher une fusillade en pleine rue puis en plein supermarché, ça ne fait pas très sérieux et cela menace la population qui n'en demande pas tant. C'est en tout cas l'argument qu'on leur donne pour les évincer de la ‘grosse' affaire. Mais est-ce vraiment le bon motif ? Tout cela sonne tellement faux que nos deux flics, pas dissuadés pour autant, poursuivent leur enquête coûte que coûte. C'est même pendant leur temps de loisirs qu'ils la poursuivent, allant même jusqu'à narguer frontalement Rizzo sur son propre terrain. Attendus au tournant, ils se feront bientôt démolir la gueule salement. Keneely retrouvera même Farrel en sang dans leur voiture leur servant de guet. Cela ne fera que redoubler leur ardeur à retrouver le gros bonnet, et surtout à le mettre derrière les barreaux pour longtemps...

 

 

On connaît bien Peter Hyams, cinéaste toujours actif à ce jour, et à l'heure où j'écris ces lignes, en pleine préparation d'un invraisemblable remake de "L'invraisemblable vérité", chef-d'oeuvre total de Fritz Lang. Avec une vingtaine de films au compteur, il s'agit d'un artisan très honnête. Si Busting est son premier film, on lui devra par la suite quelques réussites notables comme "Capricorn One" en 1978 (avec Elliot Gould à nouveau), le très bon "Outland" avec Sean Connery, ou même encore les efficaces "Deux flic à Chicago" en 1986. A n'en pas douter, c'est un réalisateur, sinon de talent, en tout cas solide, même si ses dernières livraisons varièrent du moyen au pitoyable (voir les pas terribles "Timecop" et "Mort subite" avec JCVD, le ridicule "Relic" et sa pathétique créature de synthèse filmée dans l'obscurité, et surtout le très très effrayant "Sound of Thunder", navet de premier ordre qui ne peut se goûter qu'au second degré). Un cinéaste de talent qui livrera également un beau ratage dans les années 80 avec "2010", la suite du hit de Kubrick. Un film à ne pas faire, mais que pourtant celui-ci accepta de tourner. Néanmoins, à voir ses quelques réussites au compteur (celles évoquées plus haut, notamment), on a le sentiment que Hyams aurait pu faire une bien meilleure carrière.

Et ce n'est pas ces très intéressants Casseurs de gangs qui viendront contredire cela...

 

 

Produit par les incontournables Robert Chartoff et Irwin Winkler qui sortent tout juste de "The Mechanic" avec Bronson, Busting, disons-le tout net, n'est pas un grand film mais un bon film, un poil inégal par moments, mais qui a de nombreux atouts pour lui.

En tout premier lieu, des acteurs rompus au genre et bien utilisés. On rappellera que Robert Blake vient juste de tourner Electra Glide in Blue de James William Guercio (et avant la série "Baretta" qu'il enchaînera après ce film-ci), tandis qu'Elliot Gould sort, de son côté, du très distancié "The Long Goodbye", alias "Le privé", de Robert Altman, dans le rôle d'un Phillip Marlow très nonchalant. Autant dire que Hyams ne prend pas beaucoup de risques en les faisant jouer dans des registres que les deux acteurs connaissent bien, et dans lesquels ils sont parfaitement à l'aise. Mais ce n'est pas grave tant que ça fonctionne, et l'on peut même dire sans crainte que le tandem ici fonctionne "à l'aise Blaise", faisant parfois même des étincelles, notamment lorsque certains dialogues savoureux s'en mêlent. Des dialogues par ailleurs très étonnants qu'on qualifiera vite fait de "politiquement incorrects", comme cette phrase de Keneely à Farrel après la fusillade dans le supermarché : "Je crois en avoir touché un... Hola, je lui ai explosé la tête au négro !". Pas de doutes, nos bonzommes sont des flics de la rue avec un parlé qui va de pair, des gens moyens piqués au vif, amers et las d'être empêchés, ni plus ni moins.

Si Blake joue la carte de la sobriété et du silence (la plupart du temps la clope au bec, même à demi-mort !), Elliot Gould joue la carte de l'humour provocateur et décontracté (pas loin non plus d'un "MASH"), et pour finir là-dessus, leur association, sans être totalement surprenante, n'en est pas moins réussie.

Ailleurs, on notera les fortes présences de vieux briscards comme Allen Garfield, parfait dans le rôle de Rizzo, ou de Michael Lerner (dont les amateurs se souviennent bien dans le très bon Angoisse de Bigas Luna), mais aussi celle de l'incontournable second plan de la blaxploitation, Antonio Fargas (qui tourna du reste Busting entre le génial "Across 110th Street" et le beaucoup moins génial "Foxy Brown"), un Fargas en pleine forme qui nous gratifie ici de quelques apparitions savoureuses en client/indic gay, ou celle encore du non moins incontournable Sid Haig, en garde du corps de Rizzo. Bref, un casting sans faute.

 

 

Et puis, ce qui fait surtout la réussite de ces Casseurs de gangs, c'est une flopée de scènes réussies. L'une des meilleures demeure la longue poursuite à travers les rues, qui débouche alors sur une prise d'otages dans le supermarché (déjà évoquée plus haut), mais d'autres encore, comme Gould et Blake qui se retrouvent à danser un slow en tee-shirt moulant gris dans une boîte Gay afin d'infiltrer le milieu, un Sid Haig qui se fait traiter de "salope" par Gould en pleine chambre d'hôpital, alors que l'infirmière somme les policiers de quitter la chambre, seule la famille étant acceptée. De même, un repas d'anniversaire dans lesquels nos deux tenaces boulets viennent brûler la voiture de Rizzo au moment de souffler ses bougies, ce, en chantant "This is a very good fella !", le tout en dansant à cloche pied autour de leur petit barbecue dont ils ne sont pas peu fiers. Sans compter d'autres scènes que j'oublie sans doute, pour accoucher d'une scène finale qui laisse pantois, amer. Le temps est à la désillusion, tant et si bien qu'on se surprend à penser à certains polars italiens de la même époque et dans lesquels le ver était aussi dans la pomme (La lame infernale, pour exemple, ou encore le personnage campé par Martin Balsam dans Confession d'un commissaire de police au procureur de la République, pour la stérilité d'un tout légalisme et l'évidence de devoir outrepasser la loi pour être efficace).

Et puis après tout, à quoi bon arrêter un grand ponte si ce n'est que pour le mettre sous les verrous un an tout au plus, ses affaires continuant de prospérer durant ce temps ?

 

 

Bref, Busting est un bon film. La mise en scène y est efficace et pensée, les dialogues y sont vifs et le propos plutôt riche et ambigu (on pense parfois aux polars de Friedkin). Si l'on ajoute à cela une excellente exploitation des décors, notamment tout ce qui concerne les bas-fonds de L.A (on signalera la superbe photographie d'Earl Rath), ainsi qu'une partition discrète mais très inspirée de Billy Goldenberg ; cela donne un premier film réussi qui mérite largement d'être redécouvert.

 

Mallox
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