Prince des Ténèbres
Titre original: Prince of Darkness
Genre: Fantastique , Satanisme
Année: 1987
Pays d'origine: Etats-Unis
Réalisateur: John Carpenter
Casting:
Donald Pleasance, Jameson Parker, Victor Wong, Lisa Blount...
 

A la sortie de l'échec de son pourtant excellent "Big Trouble in Little China" (1986), John Carpenter est au plus bas dans l'estime des gros studios. Et les gros studios au plus bas dans son estime. Sa carrière s'oriente donc logiquement vers un cinéma plus confidentiel, bien entendu toujours dans le domaine du fantastique. Il s'apprête ainsi à signer deux chefs d'oeuvre... "Prince des Ténèbres" (1987) et "Invasion Los Angeles" (1988).
C'est "Prince des Ténèbres" qui nous intéresse donc ici.
L'histoire est celle d'un groupe de scientifiques regroupés dans une église pour procéder à des expériences relatives à un mystérieux container se trouvant dans la cave de l'édifice. Ce container, rempli d'un liquide verdâtre, ne contiendrait rien d'autre qu'une incarnation du Diable, qui cherche à revenir sur Terre. Les scientifiques vont être pris au piège dans l'église, assiégés par un cortège de clochards maléfiques...

 

 

Avec ce sujet relativement simple, Carpenter ne s'encombre pas d'explications scénaristiques capillotractées. Dès les premiers plans, qu'il alterne avec les noms du générique, il nous prend directement à la gorge pour ne plus nous lâcher. Les éléments prouvant l'arrivée de l'Antéchrist sur Terre s'accumulent...
"- Ca a commencé il y a un mois.
- Mais quoi ?
- Un changement, dans l'air... dans le ciel..."
Une fois les scientifiques (étudiants scientifiques, d'ailleurs) regroupés dans l'église, en compagnie du prophétique prêtre incarné par Donald Pleasance, tout peut alors commencer. Non pas que Carpenter va nous montrer tout un tas de possessions démoniaques exubérantes, de créatures visqueuses ou de meurtres sanglants. Non. D'ailleurs le fait que les personnages soient là dans un but scientifique (comme dans La Maison du Diable de Robert Wise d'ailleurs, autre grand film de trouille), prouve que Carpenter vise une approche plus terre-à-terre de l'émergence du mal. Donc plus réaliste. Plus puissante.

 

 

Conscient que la peur vient surtout de l'imagination, il place ses personnages (et ses spectateurs) dans un état d'esprit particulier. Il les enferme. Et ce qu'il y a à l'extérieur n'est guère réjouissant (les clochards, les manifestations surnaturelles) et fait d'une éventuelle sortie un échappatoire peu réjouissant. La seule tentative de sortie est donc logiquement contrecarrée, et les personnages sont assiégés (encore une fois chez Carpenter, le huis-clos réfère au western, genre de prédilection du réalisateur). Assiégés dans l'église, avec tout ce que cela comporte : mysticisme, ténèbres... Bref un espace réduit et clos particulièrement effrayant. En effet c'est bien cela qui créé la peur, autant que la menace que représente le container.
Celui-ci, ou plus exactement le liquide qui s'y trouve, prend le contrôle de plusieurs personnes, qui se transforment peu à peu en espèces de zombies travaillant à l'arrivée du Prince des Ténèbres sur Terre. Le "mieux" du lot étant bien sûr cette femme pourrissante destinée à porter l'enfant du Diable... Au fur et à mesure que les "possédés" deviennent nombreux, les survivants en sont réduits à s'isoler de plus en plus. Leur espace est de plus en plus réduit (l'un d'entre eux est même enfermé dans des chiottes !), et le spectateur sent d'emblée qu'ils auront tôt ou tard à faire face à leurs ennemis... Ils ne pourront y couper.
Tout ça tandis qu'à l'extérieur les manifestations d'hostilités s'amplifient (le clochard fait d'insectes avec sa voix démoniaque...), et qu'un étrange rêve vient perturber les personnages principaux. Un message étrange, indéfinissable. Filmé bizarrement, d'une façon très cauchemardesque, ce rêve a un message incertain. Il ne provient pas de l'esprit des dormeurs. C'est une mise en garde en provenance du futur. Mais lancée par qui ? Et pour quoi ? La fin donnera partiellement des explications, libre d'interprétations toutes plus angoissantes les unes que les autres.

 

 

Véritablement un chef d'oeuvre, "Prince des Ténèbres" n'a depuis jamais été égalé dans le domaine du film de trouille. Un film mystérieux et cependant parfaitement maîtrisé. D'une noirceur franchement inquiétante (reflétant peut-être l'état d'esprit de son réalisateur à ce moment-là), desservie par une photographie toute en zones d'ombres, le film est assurément à mettre en haut de la liste de la filmographie pourtant bien impressionnante de John Carpenter.

 

 

Note : 10/10

 

Walter Paisley
 
A propos du film :
 
# Les clochards sont menés par le génial Alice Cooper, qui signe d'ailleurs une des chansons du film.
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