Amour chez les poids lourds, L'
Titre original: Convoi spécial
Genre: Erotique , Aventures
Année: 1978
Pays d'origine: France
Réalisateur: Jean-Marie Pallardy
Casting:
Elizabeth Turner, Jean-Marie Pallardy, Georges Guéret, Jean Luisi, Nikki Gentile, Ely Galleani, Ajita Wilson, Annik Borel...
Aka: Convoi spécial / Truck Stop / Erotic encounters / I grossi bestioni
 

Ulysse est chauffeur poids lourds, et sa femme, Pénélope, est la gérante du "Truck Stop", un relais routier. Cette femme belle et autoritaire a appris la disparition de son mari (et de Jeff, le copilote) en plein désert, vers la frontière turco-iranienne. Depuis, tous les routiers faisant escale dans l'établissement rêvent d'être le nouveau prétendant, pensant que le pauvre Ulysse a cassé sa pipe dans un pays lointain. En fait, de pipe il est bien question, mais de toute autre nature. Les deux disparus coulent en fait des jours heureux dans un petit paradis, domaine de Calypso, une déesse noire au corps sculptural accompagnée de servantes également fort jolies. Mais à la longue, Ulysse finit par se lasser de cette vie monotone, et il lui tarde de retrouver Pénélope.

 

 

Après un bon départ, qui voit un trio de sirènes attirer Jeff en plein désert, se livrer à une scène de saphisme sur fond de rock progressif, puis une scène où un autre routier (Georges Guéret) se fait draguer par un travelo (Annik Borel, pour un rôle très bref à contre emploi) dans les toilettes d'une station-service ; le film se poursuit malheureusement dans un esprit particulièrement lourd (d'où le titre doublement approprié). Une lourdeur s'associant à la répétition de gags rarement efficaces. En cela "L'amour chez les poids lourds" ne retrouve pas la gauloiserie avenante des précédents Pallardy. Bien qu'il s'agisse d'une coproduction franco-italienne, on pense plutôt aux comédies grivoises bavaroises en ce qui concerne l'humour. Par contre, au niveau de l'érotisme, on est bien dans le créneau de la sexy-comédie à l'italienne. Cela veut dire qu'humour gras et érotisme léger sont au programme durant presque quatre vingt dix minutes, avec en fil rouge le gag récurrent des routiers s'amusant à se foutre des coups de poing dans la tronche, dans la joie et la bonne humeur, tandis qu'un type avec un chapeau melon rythme ces bagarres sur les accords d'un piano. Le repaire de Pénélope évoque alors le saloon des westerns, tout en rappelant également les films muets des années 1900.

 

 

 

De ce détournement de l'Odyssée d'Homère, Pallardy n'a pas retenu beaucoup d'éléments, au bout du compte, et surtout on peut lui reprocher de ne pas les avoir suffisamment exploités. Par exemple, la métaphore du cyclope, devenue une tenancière de bar obèse et borgne, s'avère décevante et quasiment inutile. Heureusement, le réalisateur se rattrape avec les diverses épreuves que les routiers doivent subir, des concours plus farfelus les uns que les autres, où le meilleur aura le droit d'accéder au titre de prétendant de Pénélope.
Mais l'ensemble reste assez inconsistant, le spectateur ayant l'impression étrange qu'il n'y a pas de premiers rôles dans la distribution, mais plutôt une succession de personnages secondaires, revenant à tour de rôle pour certains d'entre eux. Cela est dû au découpage du film, d'une part, mais surtout à un scénario encore plus succinct que d'habitude, et qui aurait déjà eu des difficultés à remplir un court métrage. La fin illustre parfaitement ce sentiment, lorsqu'Ulysse retourne enfin parmi les siens, qui l'accueillent à bras ouverts, après une ultime épreuve qui consistait à gravir une colline juché tantôt sur un âne, tantôt sur un cheval ! Une conclusion sympathique, certes, mais qui donne l'impression de visionner un souvenir de vacances tourné en super 8 par des potes dans le Larzac.

 

  

 

"L'amour chez les poids lourds" aurait tendance à démontrer que les routiers ne sont pas si sympas que cela, puisqu'ils ne sont guère préoccupés par le sort de leur ami, et plutôt pressés de se taper sa femme. Les routiers sont blagueurs, dira-t-on, et surtout des obsédés sexuels. On retrouve au sein de cette confrérie les habituels Georges Guéret, Jean Luisi et Jean-Claude Stromme. La femme convoitée, Pénélope, est campée par Elizabeth Turner (ici desservie par une doublure voix calamiteuse), connue chez nous pour avoir joué dans le "Pulsions cannibales" d'Antonio Margheriti. Mais elle doit son meilleur rôle à Ruggero Deodato, dans un sulfureux "Ondata di piacere" malheureusement inédit en France. La reine Elizabeth est entourée de fort belles employées, justifiant que le "Truck Stop" soit effectivement un point chaud. Dans leurs rangs, on compte des actrices qui restent malheureusement anonymes, comme Nikki Gentile ; et d'autres qui possèdent au contraire une belle filmographie, telle Ely Galleani. L'italienne se fit d'abord remarquer dans plusieurs gialli ("L'île de l'épouvante", "Le venin de la peur"), avant de poursuivre dans le circuit érotique, notamment dans des "Black Emanuelle".
Quant à Ajita Wilson et Annik Borel, précédemment citées, elles avaient déjà tourné ensemble dans une production grecque l'année précédente : "Le secret de la panthère noire" ("Black Aphrodite"). Selon certaines sources, ce film aurait été distribué en France par… Jean-Marie Pallardy, ce qui expliquerait le souhait du réalisateur d'avoir Ajita Wilson pour son film. Enfin, n'oublions pas Alessandra Vazzoler, qui incarne la grosse barmaid affublée d'un bandeau à la Moshe Dayan. Ceux qui ont vu "Frissons d'horreur" ("Macchie solari") se rappellent certainement de la scène terrifiante dans laquelle Mimsy Farmer voyait les morts s'animer dans la morgue. Parmi les macchabées se trouvait une grosse femme : Alessandra Vazzoler, qui jouera aussi dans "Bactron 317", de Jean-Claude Stromme ; comme quoi le cinéma est aussi une histoire de famille.

 

 

Curieusement, "L'amour chez les poids lourds" est un des rares films de Jean-Marie Pallardy à ne pas s'être fait descendre par l'équipe de la revue "image et son", réputée à l'époque pour tirer à boulets rouges sur le cinéma bis. Le journaliste avait souligné le courage du metteur en scène de ne pas avoir cédé à la mode du hard alors en vigueur. Si l'intention était effectivement louable, il n'en demeure pas moins que "L'amour chez les poids lourds", en matière d'érotisme, ne se trouve pas dans la bonne catégorie. On friserait presque la catégorie "poids plume", en fait. Une plume qui par ailleurs, n'a pas trop servi lors de l'écriture du scénario. On sent que Jean-Marie Pallardy ne s'est pas trop foulé pour le coup. Il était probablement concentré sur le postérieur d'Ajita Wilson, ce qu'on ne peut guère lui reprocher.

Note : 5/10

 

Flint
 
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