Brute, le colt et le karaté, La
Titre original: La Dove non batte il sole
Genre: Arts Martiaux , Western spaghetti
Année: 1974
Pays d'origine: Italie / Espagne / Hong Kong
Réalisateur: Anthony M. Dawson (Antonio Margheriti)
Casting:
Lee Van Cleef, Lo Lieh, Karen Yeh, Femi Benussi, Erika Blanc, Patty Shepard...
 

Nous sommes en 1974 et il faut bien le dire, le western spaghetti décline tandis que le Wu xia pian mange son pain blanc mais tourne selon moi un peu en rond ; on a déjà dit, du reste, tout ce que ces deux genres ont en commun et combien l'un empruntait à l'autre.Optons donc pour un petit jumelage, mettons un peu de kung-fu dans nos pâtes, soyons opportunistes car ça devrait bien marcher ce concept. Du reste la même année, on a aussi droit aux "7 vampires d'or", autre jumelage Hammer / kung-fu, et donc peut-être la solution pour relancer les studios déclinants anglais et italien tandis que la Shaw Brothers est au firmament.

 

 

C'est donc pour le coup Antonio Margheriti, bon artisan du cinéma bis al dente et qui a déjà fait ses preuves qui s'y colle ; citons pour mémoire son "Danse macabre" sa "Vierge de Nuremberg", le bon "Et le vent apporta la violence", "La chevauchée terrible" ainsi que des péplums comme "Anthar l'invincible" et "Hercule contre karaté" pour ne citer qu'eux.
Ce film restera donc une production italienne mais en collaboration avec la Shaw Brothers et l'on y trouvera deux stars incontournables des genres : le populaire et excellent Lee Van Cleef et le mythique Lo Lieh ("La main de fer"). Bref, dans sa démarche, on ne prend pas de risque, on combine deux genres populaires, et deux acteurs populaires, plus un titre opportuniste également.
Tout de suite, pour aller direct à ce que donne cette combinaison qui a tout pour plaire, je dirais que le résultat reste un spectacle moyen, juste honnête, souvent frustrant mais globalement plutôt distrayant, avec un ou deux très bons moments.
Pour l'histoire, Dakota (Lee Van Cleef), voleur invétéré, dévalise dans une petite ville californienne un coffre fort appartenant à un certain Wang, pour n'y trouver que des photos de femmes, tandis que l'explosion fait succomber à une crise cardiaque son propriétaire.
Au même moment, en Chine, le neveu de Wang, Ho Kian (Lo Lieh), condamné à mort, son oncle étant accusé d'avoir dérobé un trésor seigneurial, se voit gracié à condition qu'il retrouve ce fameux trésor ; Ho Kian se rend alors en Amérique afin d'élucider l'affaire et trouver ce qui est sa seule chance d'être sauvé. Peu après son arrivée, celui-ci retrouve Dakota en prison (se servant du racisme des villageois pour s'y faire enfermer) et le fait délivrer ; les deux hommes partent alors à la chasse au trésor, mais s'apercevront très vite qu'ils ne sont pas seuls sur le coup.

 

 

"La brute, le colt et le karaté" est donc bien un western mâtiné de kung-fu plutôt que son contraire ; les combats de main de fer ne sont pas nombreux, juste trois ou quatre, et restent assez basiques dans leur chorégraphie ; l'histoire quant à elle est en revanche plus surprenante voire rigolote, Dakota et Wang Ho Kian, parcourant le pays à la recherche d'indices, s'aperçoivent vite que ces indices ont été tatoués par Wang sur les fesses de quatre femmes dont Dakota a trouvé les photos (!) ; nous aurons donc droit à défaut d'action brute à une course au trésor amusante, teintée d'érotisme et d'humour, ce qui fait le prix du film tout compte fait. S'il joue la carte d'un humour un peu facile et attendu (la différence de culture des deux héros), à l'opposé "La brute, le colt et le karaté" présente un aspect un peu "buddy movie" quasi précurseur, dans lequel deux hommes très différents doivent s'associer dans un but précis, ce avec humour et originalité, ce qui ferait presque penser que "Rush hour" en serait un remake moderne.
Atout du film également : un méchant plutôt barré (joué par Julian Ugarte - Orgueil et passion avec Cary Grant !) lui aussi à la recherche du trésor, et qui ne semble pas trop savoir ce que femme est. De plus, les jolies femmes se succèdent, montrant leur popotin pour la bonne cause (à noter la présence de Erika Blanc, muse de Mario Bava et Umberto Lenzi), et tout ceci respire une bonne humeur sympathique, avec un duo fonctionnant très bien. Du reste, les répliques absurdes et drôles fusent, j'en donne quelques unes quand même pour le fun : "Le derrière... mais qu'est-ce que c'est ? / "Le derrière, c'est les fesses !", "Les méchants pourriront en Enfer. Verset 15. Chapitre 2", "Tes fesses ressemblent au Livre d'Or du Palais de Pékin !!" ou encore "Je dois voir votre derrière !", Qu'est-ce que tu veux païen ? / "Je veux l'illumination !").
Film plutôt fun donc, jusqu'à un final jubilatoire, qui viendra affirmer de façon impressionnante l'ironie et l'humour d'un film dont le principal défaut est sa mise en scène un brin "platounette", malgré une assez belle photo. Heureusement d'ailleurs que Lo Lieh se déchaîne lors des combats car Antonio Margheriti semble alors peu à l'aise et ne les filme pas très bien, peut-être aurait-il fallu une équipe technique ainsi qu'une équipe chorégraphique plus confirmée pour que l'adéquation humour / baston fonctionne complètement.

 

 

Pour finir, je dirais que "La brute, le colt et le karaté" est donc un mélange original quoique opportuniste au départ, un petit hymne aimable à l'amitié qui n'est pas sans rappeler les chasseurs de primes de "Et pour quelques dollars de plus", mais surtout un film valant davantage par ses acteurs, son humour et ses idées que par sa mise en scène et le mélange western / kung-fu à demi convaincant, qui s'annonçait pourtant alléchant au demeurant.

Note : 6/10


Mallox
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