Cold Eyes of Fear
Titre original: Gli occhi freddi della paura
Genre: Polar , Thriller
Année: 1971
Pays d'origine: Italie / Espagne
Réalisateur: Enzo G. Castellari
Casting:
Giovanna Ralli, Gianni Garko, Frank Wolff, Fernando Rey, Julián Mateos, Karin Schubert, Leonardo Scavino...
 

Une nuit, Peter, avocat de profession, se détend dans un night club. Il fait alors la rencontre d'Anna, une prostituée qu'il ramène chez son oncle chez lequel il loge. Un oncle, juge de métier, de grande réputation, et surtout très occupé alors à son bureau. A peine le couple rentré pour tirer son coup que le juge appelle, chargeant Peter de mettre la main sur un dossier important, dont il a besoin de façon urgente. Peter, de son côté légèrement accaparé ailleurs par la belle Anna, semble quant à lui un peu moins empressé...

 

 

Voilà qu'en entrouvrant une porte de placard, le domestique tombe tout raide mort, ce qu'il semblait être depuis un certain temps. L'oncle rappelle et rappellera de façon incessante, afin de s'assurer de son côté que le dossier est bien trouvé et est entre de bonnes mains. Le valet, s'il est bien mort d'une crise cardiaque, n'est en revanche pas mort tout seul. En effet, surgit alors au sein de la maison un jeune aux allures de voyou psychotique, les menaçant de son arme. Difficile d'en savoir plus sur son mobile tant le jeune homme semble tourmenté et nerveux. Le juge de son côté commence à s'inquiéter du manque de nouvelles, et dépêche un policier sur place afin de s'assurer que tout va bien. Hélas, le policier qui arrivera dans la demeure se révèlera vite être un substitut ayant tué l'autre afin d'endosser son uniforme. Bientôt les choses s'éclaircissent... Il s'agit d'un criminel que son oncle a envoyé en prison huit ans auparavant, venu récupérer là, entre autres, le dossier l'incriminant à l'époque. Un huis clos infernal, dans lequel le couple est pris en otage, commence alors...

Infernal, c'est bien le mot qui convient à ce film sur lequel il semble assez vain de s'étendre trop longuement, tant la substance à disséquer manque rapidement et cruellement. Passons assez vite sur le fait que le film de Castellari ne possède strictement aucun des codes propres au Giallo genre auquel il est pourtant le plus souvent rattaché, et qu'il s'agit tout compte fait bel et bien d'un simple thriller basique, qui emprunte toute sa structure narrative à "Desperate Hours" de William Wyler (alias "La maison des otages" chez nous), si bien qu'on aura, une fois n'est pas coutume, le droit de trouver le titre américain "Desperate Moments", soit, moins beau, mais plus pertinent que son titre original en trompe l'œil, si j'ose dire...

 

 

Alors non, pas de Giallo ici présent, si ce n'est tout de même une scène, elle-même également en trompe l'oeil, un préambule dans lequel un tueur ganté viole une femme après lui avoir lacéré ses sous-vêtements au cran d'arrêt, avant de se faire poignarder dans le dos par la victime, et par son propre couteau. Les applaudissements se font entendre, nous sommes finalement dans le night-club mentionné plus haut, il s'agissait d'un spectacle mis en scène (une sorte de live show déviant donc), voilà tout. Voilà aussi toute la présence de Karin Schubert au sein du film et de cette séquence hors-jeu (comme bien d'autres ensuite, ainsi cette descente de police musclée en plein trafic de drogue tenu par des Bikers déchaînés en train de se battre à coups de chaises sur la gueule), on ne la reverra plus jamais après cela. Passons donc.

Infernal aussi, car au regard de ce spectacle qui échoue surtout à peu près à tout niveau, on a du mal à croire, (quoique ce soit assez fréquent) qu'on se soit attelé à trois à un scénario aussi mince, inepte, recelant des trous narratifs ou des ficelles aussi grosses, et doté en plus, de personnages aussi peu crédibles qu'inconsistants. Pour la forme, on notera que Castellari s'est ici entouré de Leo Anchóriz, assez peu rompu à l'exercice, et que l'on connaît bien mieux comme acteur ("Sandokan"/ "O'Cangaçeiro"...) que comme scénariste, et de Tito Carpi qui n'avait jusqu'ici œuvré que dans les genres aventures ou westerns, avec notamment sa collaboration avec le même Castellari pour le déjà faiblard "7 Winchesters pour un massacre". Bref, ceci explique peut-être cela, mais ne l'excuse pas pour autant.

 

 

"Gli occhi freddi della paura" s'avère être un gâchis presque total. Jamais Castellari ne parvient à insuffler une quelconque tension dramatique, comme jamais il ne parvient à faire de son huis clos un objet suffoquant, et qui plus est, il multiplie les invraisemblances. Là-dessus, se greffent moult inconsistances et incohérences au niveau des personnages, déjà évoquées ci-avant, et l'on finit exténué par tant de n'importe quoi. Notamment une mise en scène qui multiplie parfois les angles à la seconde comme pour tenter de donner du mouvement à un spectacle annoncé comme statique (il faut voir, par exemple, le nombre de zooms cadrés différemment sur un simple pistolet, qui en dit long sur le manque d'inspiration du cinéaste). A propos des acteurs, avoir un tel casting sous la main pour l'exploiter aussi pauvrement relève presque de l'exploit, et l'on est bien triste de voir par exemple le pourtant excellent Frank Wolff dans un tel projet quand on sait qu'il s'agit là de l'un de ses tous derniers films avant qu'il ne mette fin à ses jours l'année suivante. De même pour Gianni Garko (bien mieux exploité dans le méconnu et sous-estimé "The Flower with Petals of Steel" et surtout par Fulci dans un huis clos d'une toute autre tenue, "L'emmurée vivante") qui passe ici on ne sait trop comment, de l'homme lâche, suffisant et carriériste, à l'être le plus héroïque qui soit.

Que dire de la prestation de Julián Mateos, acteur d'origine espagnole, si ce n'est qu'il ne semble rien comprendre à ce qui se passe, tout comme nous ne comprenons que trop mal ses motivations et ses changements de tons. Celui-ci se laisse séduire par Anna dans un jeu de dupes gros comme une maison, pète les plombs lorsqu'il apprend que le véritable motif de sa présence dans la maison du juge Flower n'est pas de leur soutirer de l'argent mais de prendre un dossier compromettant, semble ensuite l'oublier, pour s'énerver à nouveau plus tard comme dans un subit recouvrement de mémoire. Il y a décidément quelque chose qui ne tourne pas rond dans ce "Cold Eyes of Fear".

 

 

Quant à Fernando Rey, qui s'avère au final être le personnage le plus potentiellement intéressant, il passe son temps à donner coups de téléphone sur coups de téléphone à son vilain canard de neveu, en même temps que d'étudier une phrase latine, laissée astucieusement par ledit neveu pour l'alerter, lors d'un de ses rapides coups de fil. Finalement, seule Giovanna Ralli éclaire le film de sa présence, et parvient à insuffler un peu de vie à un personnage pourtant très accessoire.

Pour finir tout de même sur une note positive et ne pas s'acharner sur ce qui reste à mes yeux un fatras pesant et ennuyeux, on signalera la très bonne partition de Morricone ainsi que la très belle photographie d'Antonio L. Ballesteros ("Orgy of the Vampires"), notamment dans sa peinture d'un Londres nocturne, et certains flash-backs 'oniriques'. A noter, aussi, un bon plan final... Il s'agit d'un regard entre deux hommes qui en dit plus long que tout le reste du film. Mais c'est alors trop tard pour sauver les meubles et c'est tout de même bien peu...

 

 

Mallox
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