O'Cangaceiro
Genre: Aventures
Année: 1970
Pays d'origine: Italie
Réalisateur: Giovanni Fago
Casting:
Tomas Milian, Ugo Pagliai, Eduardo Fajardo, Howard Ross, Leo Anchoriz, Jesus Guzman...
Aka: The magnificent bandits / Viva Cangaceiro
 

Le Brésil, entre les deux guerres, dans la province du Sertão. Une troupe de militaires encercle un petit village où sont regroupés les hommes de Firmino, l'un des cangaceiros (bandits de grands chemins) les plus recherchés du pays. L'affrontement tourne au massacre, non seulement celui des cangaceiros, mais aussi des villageois, tués pour avoir protégé des criminels. Non loin de là, le fermier Espedito (Tomas Milian) demeure l'unique rescapé, accablé par la mort de sa vache Bianca qui était son unique richesse. Blessé, il est recueilli par Julien, un vieil ermite mystique qui soigne ses blessures. Il lui fait part de sa ressemblance avec le Christ, et persuade le fermier de vouer son existence pour défendre la Justice. Ainsi, sous le nom de Rédempteur, Espedito tente de convaincre la population qu'il est le nouveau messie, portant la croix dans une main, et la machette dans l'autre.
Au fil de ses pérégrinations, il finit par être arrêté dans une ville et jeté en prison. Mais il n'y reste pas longtemps, et s'évade avec la complicité de ses compagnons de cellule. Ceux-ci vont accepter de suivre le Rédempteur, dont la foi inébranlable parviendra sans mal à surmonter son statut d'illettré à l'intelligence limitée. Rustre, mais ayant faim de justice et soif de liberté, Espedito ne va pas tarder à devenir le cangaceiro le plus redouté du Sertão, et dont la tête a été mise à prix par le gouverneur Branco (Eduardo Fajardo). Dans ce pays en proie au chaos, le destin d'Espedito va basculer le jour où il va rencontrer Vincenzo Helfen (Ugo Pagliai), un ingénieur hollandais érudit et distingué qui travaille pour une puissante compagnie pétrolière. Bien que tout les oppose, une étrange amitié va naître entre les deux personnages.

 

 

Les cangaceiros font partie de la culture brésilienne. Ce nom a plusieurs significations, la principale désignant un bandit. Mais un cangaceiro pouvait être aussi un garde du corps, un homme-lige ou encore un mercenaire. Tirant son origine du mot "cangaço", qui veut dire fardeau, le cangaceiro symbolisait la liberté, l'identité nationale, et le bras armé des opprimés. Ils étaient pour la plupart des bandits populaires, dont les exploits furent immortalisés par le Cordel, important mouvement littéraire. Les cangaceiros apparurent au cours du XIXème siècle, dans le nord-est du Brésil, essentiellement le Sertão. Au départ, ils étaient payés et armés par des éleveurs de bétail afin d'agrandir les zones de pâturage, ce qui n'était possible qu'en guerroyant contre les tribus indiennes. Mais, au fil des années, certains clans se lièrent aux familles politiques les plus puissantes, d'autres s'opposant aux propriétaires terriens les plus riches. Les cangaceiros disparurent à la fin des années 1930 avec la mort de leurs derniers grands leaders.

"O'Cangaceiro" raconte donc l'histoire de l'un de ces leaders, baptisé Espedito pour les besoins du film, dans un pays dont on connaît assez peu l'histoire : le Brésil. Passionné de la culture brésilienne, il n'est pas étonnant que Giovanni Fago se soit penché sur un thème pas très éloigné, tout compte fait, du western "Zapata". Le cinéaste fit ses premières armes en tant qu'assistant réalisateur, durant près de dix années, travaillant notamment pour Lucio Fulci sur "Le temps du massacre". C'est donc sans surprise qu'il commença sa carrière de metteur en scène avec deux westerns : "Le jour de la haine", puis "Los machos". Son troisième film est "O'Cangaceiro" qui est plus un film d'aventures qu'un western spaghetti. Cela dit, il existe toutefois quelques similitudes entre le Brésil des années 1930 tel qu'il est filmé par Fago, et le far-west américain de la seconde partie du XIXème siècle.

 

 

On ne pourra pas non plus éviter d'établir quelques comparaisons entre les motivations des cangaceiros brésiliens avec celles de leurs confrères mexicains, aussi bien dans l'esprit de révolte qui les anime que dans certaines touches vestimentaires, comme la taille impressionnante de leurs couvre-chefs. Et puis, Giovanni Fago, en choisissant (subtilement) Tomas Milian pour incarner Espedito le "Rédempteur", et en ajoutant une note "exotique" en la présence de cet ingénieur hollandais, favorise un affrontement de cultures comparable à celui du "Compañeros" de Sergio Corbucci, réalisé la même année. Difficile en effet de ne pas comparer l'amitié qui va lier Tomas Milian et Ugo Pagliai dans l'œuvre de Fago, et celle qui unit le même Milian à Franco Nero (marchand d'armes suédois) dans celle de Corbucci.
Enfin, que ce soit aux Etats-Unis, au Mexique ou au Brésil, un peon reste un peon, c'est-à-dire un paysan ou un domestique, et dans tous les cas un sans droits spolié par les autorités gouvernant son pays. Espedito est le symbole du peon qui va prendre conscience que les choses doivent changer dès lors que son unique bien (sa vache) a été détruit par les militaires.
Au départ symbolique mystique, le parcours du héros vire peu à peu à la fresque révolutionnaire. Et, en adoptant un ton volontairement léger, le film de Giovanni Fago se rapproche là encore de "Compañeros" (les deux titres sonnent également de façon similaire).
Niveau casting, c'est évidemment Tomas Milian qui vole la vedette à tout le monde, et on ne voit pas qui d'autre aurait pu tenir le rôle à sa place. Le personnage d'Espedito lui colle à la peau, cela va sans dire, et Fago lui offre l'occasion de briller autant dans un registre comique que dramatique. Face à lui, Ugo Pagliai est également formidable, dans un jeu complètement opposé à celui de Milian. A l'exubérance du Cubain, l'Italien répond par une sobriété exemplaire. Espedito est le yang, Vincenzo le yin. Ils ne se ressemblent pas et sont pourtant complémentaires. Leurs différences et le respect qu'ils vont se porter l'un à l'autre constitue l'un des intérêts du film. Pas seulement l'apport de deux cultures, mais celui de deux éducations diamétralement opposées. Deux êtres différents mais qui apprendront beaucoup l'un de l'autre. Ugo Pagliai est de ce fait le pendant idéal à Tomas Milian. C'est un acteur que l'on a pu voir également dans "La Dame rouge tua 7 fois", et "Nuits rouges" de Georges Franju.

 

 

Notons également la présence d'un pilier du western spaghetti : Eduardo Fajardo. L'Espagnol a écumé le genre durant des années ("Django", "Il mercenario", "Compañeros", "Sonny and Jed"…), avant de se tourner vers le giallo ("Knife of ice", "The killer must kill again"). Comme beaucoup d'autres, les années 80 ne lui donneront plus guère l'occasion de briller, et on le verra errer dans des films comme "Les exterminateurs de l'An 3000", ou "L'abîme des morts-vivants" de Jess Franco.
"O'Cangaceiro" est une relecture du film éponyme de Lima Barreto, réalisé en 1953. Il connaîtra d'ailleurs un remake en 1997, par le réalisateur Anibal Massaini Neto. La première adaptation de Barreto fut d'ailleurs sélectionnée au Festival de Cannes, et primée pour sa bande originale. Le thème musical principal, "Mulher Rendeira", hymne des cangaceiros, est devenu un classique à un point tel que Riz Ortolani ne put éviter de le reprendre pour la version de 1970.
"O'Cangaceiro" est donc un film d'aventures fleurant bon le western "Zapata". C'est dans l'ensemble une réussite, dont le seul défaut réside dans le ton un peu trop désinvolte pour un propos aussi dramatique. Sans verser véritablement dans la comédie, Givanni Fago s'est laissé bercer par cette nonchalance toute "brésilienne" que l'on retrouve à travers sa musique, si bien que l'on pourra être quelque peu dérouté par l'ambiance relativement "légère" régnant dans le film, contrastant avec la gravité du sujet. Néanmoins, le film se suit avec beaucoup de plaisir et sans ennui, et l'on retiendra entre autres deux scènes mémorables : celle où Vincenzo est obligé de lire d'une traite un roman à Espedito (qui croyait qu'il n'existait qu'un seul livre sur Terre : la Bible) ; et la scène du banquet chez le gouverneur où a été convié le Rédempteur, qui découvre pour l'occasion des mets "étranges" comme le potage et les coquillages. Même sans être un chef d'œuvre, "O'Cangaceiro" apparaît comme une alternative attrayante au western spaghetti.

 

 

Note : 7,5/10

Flint
 
 
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