Asesino está entre los trece, El
Genre: Giallo
Année: 1973
Pays d'origine: Espagne
Réalisateur: Javier Aguirre
Casting:
Patty Sheppard, Simon Andreu, Trini Alonso, Dyanik Zurakowska, José María Prada, Jack Taylor, Eduardo Calvo, Mai Heatherly, Eusebio Poncela, Carmen Maura, Alberto Fernandez, Ramiro Oliveiros, Paul Naschy, Blaky...
Aka: L'assassin est parmi les treize / The Killer Is One of Thirteen (Traductions littérales)
 

Pour le second anniversaire de la mort d'un riche avocat, Lisa Mandel (Patty Shepard), sa veuve, décide de tenir une réunion dans sa maison de campagne isolée ; pour ce faire, elle invite les onze meilleurs amis du défunt. Son intention, au début dissimulée, est révélée aux hôtes petit à petit au cours du repas : découvrir le meurtrier de son défunt mari, lequel se trouve selon elle et sans nul doute parmi les invités.
Elle s'octroie les services de son jardinier/mécanicien (Paul Naschy) qui, très vite, sabote leurs voitures afin d'empêcher ces mêmes convives de se tirer en douce. Au fil du repas, le problème étant posé avant que chacun se retire dans sa chambre, les hypothèses, élucubrations et autres ragots vont bon train. Au fil des jours, les possibles mobiles des protagonistes vont transparaître jusqu'au moment où certains parmi les invités et les serviteurs se font tuer. Ce n'est que le début de l'hécatombe !

 

 

Initialement pensé pour laisser une part plus grande à l'écran à l'acteur Paul Naschy, pris alors à Paris pour y recevoir le prix d'interprétation au Festival fantastique de Paris (pour Le bossu de la morgue) au grand Rex, L'assassin est parmi les treize (traduction littérale, le film n'ayant jamais été exploité en France) est la troisième et dernière collaboration entre l’acteur et Javier Aguirre, après le fort réussi Le bossu de la morgue puis "Le grand amour du comte Dracula". C'est aussi le moins bon des trois. Rajoutons que si celui-ci ne démérite pas face au classicisme de Seven Murders for Scotland Yard de José Luis Madrid, il souffre par contre largement de la comparaison avec d'autres spanish-gialli tels que Une libellule pour chaque mort, que tournera l'année suivante un León Klimovsky inspiré avec toujours Paul Naschy, cette fois-ci en tête d'affiche.

Inutile, dans un élan de recherche spirituelle de l'assassin, de faire tourner cette table autour de laquelle nos invités évoluent durant un tiers de film, l'une des qualités principales de cette livraison de Javier Aguirre se trouve dans son casting. Solide, celui-ci parvient à ce que cette bobine, clairement découpée en trois parties, fasse illusion au moins le temps de la première. Clairement inspiré par les "Dix petits nègres" d'Agatha Christie, le film entretient pas mal de similitudes avec l'adaptation faite par Peter Collinson l'année suivante, mais surtout évolue aux abords de terres a priori très classiques sinon même banales. Inutile de préciser que des acteurs de charisme ne sont en général pas de trop pour relever ce genre de sauce un peu fadasse. Pour ne garder que ceux qui ici font la meilleure impression - même si l'interprétation est convaincante dans son ensemble - disons que Patty Shepard (Folie meurtrière, La brute, le colt et le karaté) tient avec une belle vigueur son rôle de reine de cérémonie tandis qu'ailleurs on retient surtout les fortes présences de Trini Alonso (la Nosferata du "Un vampiro para dos" de Pedro Lazaga) et de Eduardo Calvo (Le bal du vaudou, Blue Eyes of the Broken Doll), ici parfait en espèce de colonel moutarde...

 

 

Pour le reste d'un casting extrêmement prometteur, disons que Jack Taylor ("Enigma rosso") tout comme Blaki (présent lui aussi dans Le bossu de la morgue) assument leurs rôles avec professionnalisme tandis que la jeune Carmen Maura, dans le rôle de l'épouse du vieux colonel moutarde (Guillermo dans le film) et dans ce qui reste son deuxième film pour le cinéma après "El hombre oculto" de Alfonso Ungría, se fait remarquer par la grâce qu'elle dégage naturellement à l'écran. Ailleurs, Simón Andreu, pourtant rompu au genre (Nuits d'amour et d'épouvante, La mort caresse à minuit, La mariée sanglante) déçoit quelque peu et semble un brin emprunté tandis que Dianik Zurakowska (Sexy Cat), Paloma Cela (Tepepa, Les brutes dans la ville), Rosa de Alba (Le baiser du diable de Jordi Gigó) et Marisol Delgado ("Le retour des morts-vivants" de De Ossorio, "The Lorelei's Grasp") offrent des présences autant anecdotiques que joliment attrayantes.

Bien que conventionnelle, la première partie tient plutôt bien la route. Les personnages sont dans l’ensemble habilement introduits tout comme le motif de leur venue. Tout cela reste, vous vous en doutez bien, très bavard, mais parvient néanmoins à susciter l'intérêt, grâce surtout au charisme des acteurs évoqué ci-dessus, en plus d'informations savamment distillées au cours du repas.
Arrive hélas une seconde partie dans laquelle nos invités se replient dans leurs chambres et qui, d'un coup d'un seul, vient plomber un film qui durant un temps au moins égal à la première, s'enlise dans l'anecdotique et les rapports sans intérêt des protagonistes. On pense alors à la vague de films catastrophe alors en cours et dans lesquels le plus souvent, avant de se farcir enfin le crash tant annoncé sur l'affiche, on se tapait les yeux mi-clos et avec un ennui poli les petites incartades de chaque duo, les problèmes de différences d'âges, d'intérêts pécuniaires ou encore de rapports freudiens (toute la panoplie est ici présente) dans des Boeings ou autres 747 en péril, lorsque ce n'était pas dans des bateaux de croisière où des Ernest Borgnine se retrouvaient à bouffer du suppositoire... Bref, autant dire que ce segment "Grand-hôtel" se révèle d'un ennui assez mortel.

 

 

Et puis, tandis que le spectateur commence à se désespérer de tant d'inutilités et de vide, voici que dans sa dernière demi-heure, El asesino está entre los trece se met à décaniller à tout va, faisant ressembler ce pendant giallesque à la lame aiguisée et aux mains gantées de noir, à du meurtre en batterie, prenant à revers en rééquilibrant tout à la fois de manière trop abrupte ce que l'on espérait voir venir bien plus tôt. L'effet de surprise aurait pu se révéler efficace. Cette façon assez singulière de construire l'intrigue aurait pu également en faire sa force (après tout, on a vu des scénarios très pauvres transcendés - 6 femmes pour l'assassin - par des mises en scène astucieuses ou des tours de passe-passe savants), sauf que l'avalanche soudaine de cadavres n'arrive pas à relever pleinement le spectateur de la demi-heure rébarbative qu'il vient de subir.
La mise en scène de Javier Aguirre n'est pas à remettre en cause ; on voit bien, le temps de quelques beaux cadres et mouvements de caméra, quand ce n'est pas des incrustations audacieuses (bien que gratuites) à même l'écran, que ce dernier possède un réel savoir-faire. On ne manque pas non plus de remarquer une photo somptueuse due à Francisco Fraile ("Doctor Jekyll and the Werewolf", Le bal du vaudou)... Seulement voilà, le quota a beau être respecté, entre étranglements et coups de couteau assénés à répétition, il manque à El asesino está entre los trece, sinon une vraie unité narrative, de véritables morceaux d'anthologie pour se rattraper pleinement.


Ce dernier tiers fait finalement l'effet d'un treize à la douzaine. Si la fin est légèrement plus astucieuse que la moyenne du genre en plus de jouer avec les codes Agatha Christiques, elle ne surprendra pas non plus les amateurs rompus à ce même genre. Bref, une tentative intéressante mais qui traîne un boulet bien trop lourd pour faire partie des véritables réussites giallesques, qu'elles soient transalpines ou comme ici, ibériques.

 

 

Mallox

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