Ce salaud d'inspecteur Sterling
Titre original: Quella carogna dell' ispettore Sterling
Genre: Poliziesco , Drame , Policier , Vigilante
Année: 1968
Pays d'origine: Italie
Réalisateur: Emilio Miraglia (Sous le pseudo de Hal Brady)
Casting:
Henry Silva, Keenan Wynn, Pier Paolo Capponi, Beba Loncar, Luciano Rossi, Charlene Polite, Carlo Palmucci (Sous le pseudo de Charles Palmer)...
Aka: The Falling Man
 

L'inspecteur Sterling est un ancien policier renvoyé après avoir été injustement accusé du meurtre d'un témoin. Lorsque son fils est assassiné pars les auteurs de ce coup monté, Sterling enquête obstinément et entame une vengeance implacable...

 

 

Etrange film que Ce salaud d'inspecteur Sterling qui semble puiser dans les classiques du vigilante movie avec tous les ingrédients que cela suppose : soit, à aucun moment Henry Silva, dans le rôle-titre, ne se substitue aux gardiens de la cité mais on y retrouve nombre de caractéristiques, voire de codes propres au poliziesco à venir : un officier abattu ; un autre, de nature très violente, soupçonné d'avoir tué son collègue et dégoûté de la justice légale, un commissariat où ses enquêtes semblent muselées d'en haut, et dont la seule échappatoire afin de connaître la vérité sur des faits assassins est d'enquêter soi-même, en dehors du cadre légal, ce pour agir les ailes déployées, avec la violence que cela suppose autant que les risques.
Autant dire que l'injustice de départ, faisant retourner un acte barbare contre notre inspecteur, l'aidera par la suite dans sa quête de vérité puis, éventuellement, de vengeance. C'est alors que son enfant subira les frais d'une de ses enquêtes en se faisant tuer en pleine rue ; notre homme alors, non seulement foncera tête baissée, tel un bélier, mais se servira de son expérience policière à des fins plus personnelles. Encore qu'en terme de vengeance et d'humanité, difficile de ne pas comprendre puis d'adhérer aux motivations de cet inspecteur, qui n'a finalement que peu de choses du salaud ou de la charogne que ses titres français comme italien laissent entrevoir de façon cynique. Chercher à laver son nom et à se disculper d'une bavure dont il n'est pas responsable paraît légitime autant que de rechercher soit même les meurtriers de son enfant. Encore plus à raison lorsque les deux sont liés...

 

 

Bref, aucun véritable procès à faire, ni à cet inspecteur devenu civil malgré lui, ni-même sur l'aspect moral du film, puisque l'auto-justice y semble couler de source, à hauteur humaine. C'est là où Quella carogna dell' ispettore Sterling se distingue du genre poliziesco, si convoité des amateurs de polars urbains "vengeresques", tout en le devançant de quelques années, lui et ses sources américaines : Dirty Harry et Dirty Bronson.

Finalement, s'il y a à chercher des emprunts, c'est du côté du film noir qu'il faut creuser : difficile de ne pas penser au fabuleux Règlement de comptes dans lequel les scénaristes du film semblent avoir puisé au minimum deux éléments cruciaux : d'une part la mise à mort du collègue tué fait ici écho au suicide mystérieux du collègue du sergent Dave Bannion dans le film de Lang ; d'autre part, au lieu de la mort de sa femme périssant dans l'explosion d'une voiture piégée, c'est son fils qui est assassiné en pleine rue. Reste qu'en lieu et place d'une démission (tout de même évoquée), il s'agit de révocation. Ceci étant posé, les ingrédients sont absolument identiques. C'est aussi là que ce troisième film de Emilio Miraglia, après "La peur aux tripes", déjà avec Henry Silva, et "Casse au Vatican", devient intéressant, car il établit une évidente liaison entre un genre en train de passer de mode et un autre en devenir (le tout en rendant à Fritz Lang ce qui lui revient : avoir posé dès 1953 les bases d'un genre qui fera long feu en plus d'en avoir fourni l'un des meilleurs représentants qui soit.)

 

 

On peut, il est vrai, faire la fine bouche devant un scénario laissant quelques questions en suspens, cosigné Max Hatired et Dean Maurey, probablement deux pseudonymes derrière lesquels se cachent respectivement Massimo De Rita et Arduino Maiuri, qui s'habituent là à collaborer ensemble (Big Racket, Action immédiate, "La cité de la violence", "La poursuite implacable"...). Ainsi, la présence d'un personnage central, en l'occurrence Rocky, ex-collègue et futur tué, est tellement esquissée qu'on a du mal à recoller les morceaux avant de comprendre, avec la meilleure volonté du monde, de qui il s'agit. A décharge, il semble que les copies proposées soient à ce jour incomplètes et en tout cas différentes selon les pays où le film fut exploité : ainsi, en plus d'une discussion renfermant un sous-entendu, la version italienne recèle une scène ultra-violente, montrée à deux reprises en flashback, dans laquelle le collègue se fait exploser la tête à bout portant. Difficile de faire plus frontal et violent, tout en donnant quelques indications importantes sur les motivations de notre ex-flic. A contrario, on notera que la version française n'a pas purgé la scène la plus rude du film : le meurtre de l'enfant.

A ce niveau, la mise en scène d'Emilio Miraglia se révèle assez correcte, quoique très inégale. Ce salaud d'inspecteur Sterling alterne scènes coriaces et segments plus mollassons...

 

 

Si la Baie de Frisco est très bien captée et offre des extérieurs très télégéniques (quoiqu'en dessous tout de même d'un Perversion Story de Fulci), Quella carogna dell' ispettore Sterling ne comporte pas suffisamment de scènes en extérieur, en plus de confiner trop souvent ses personnages dans des scènes théâtrales à teneur hautement dramatique. A ce petit jeu parfois un brin étouffant, on peut même affirmer que Henry Silva y paraît emprunté : desservi par un physique tout sauf protéiforme, on a du mal à avaler ses tourments, a fortiori lorsque la caméra vient se figer en gros plan sur son visage. Il reste cependant bien meilleur que dans le médiocre "L'insolent" de Jean-Claude Roy, dans lequel il tiendra la vedette en 1973, sur les bases d'un tueur à gages aux contours bâclés. Son talent émerge en même temps que les fulgurances ultra-violentes, ainsi que dans son obstination à faire éclater la vérité. Ailleurs, dans son dégoût des instances, il passe encore, notamment face au journaliste fouineur, campé avec une belle sobriété par Pier Paolo Capponi (La jeunesse du massacre, Photo interdite d'une bourgeoise, Le chat à neuf queues, Sette orchidee macchiate di rosso ...). Par contre, la structure scénaristique en flashbacks ne fait que renforcer une impression de statisme général, dans un récit manquant assez souvent de souffle et de vigueur, et dont l'enquête menée par l'officier Sterling, redevenu civil, ne progresse que par à-coups.

 

 

Ce sont ces "à-coups" qui donnent toute sa valeur à cette pellicule au sein de laquelle les femmes, bien que présentes, sont systématiquement sacrifiées : Charlene Polite, forte de deux scènes expédiées, n'existe pas, tandis que Beba Loncar (Some Girls Do, Interrabang, Terza ipotesi su un caso di perfetta strategia criminale ...) n'est là que pour justifier une substitution finale à la justice, écartant grands les yeux de frayeur et levant les mains d'impuissance, le tout sur les bases d'un script contraignant de façon hypocrite notre anti-héros à l'auto-justice au lieu de l'assumer pleinement, ce que fera le poliziesco durant les années de plomb qui s'apprêtent à exploser lorsque Miraglia tourne cette bobine.

Emergent finalement du casting deux acteurs : le vétéran Keenan Wynn (La pluie du diable, Piranhas ...), qui campe un officier de police autoritaire avec autorité en plus de tenir une place plus prépondérante qu'on n'eût tenté de nous le faire croire, et le jeune Luciano Rossi (qu'on reverra au royaume du poliziesco dans "Polices parallèles" de Sergio Martino, "Roma violenta" ou encore Operation casseur de Lenzi), peaufinant semble-t-il un personnage à la fois violent et écorché vif qu'il reprendra régulièrement.

Soutenu par une musique signée Robby Poitevin ("Le salaire de la haine"), un peu trop feutrée au début avant de se rattraper grâce à des cuivres sortis tout droit de chez Henry Mancini et ses partitions pour films noirs ("La Soif du mal"), Ce salaud d'inspecteur Sterling, bien que globalement très honnête, est moins intéressant par ses qualités intrinsèques à proprement parler, que par le rôle qu'il offre à son interprète principal, lequel évoluera plus tard, telle une figure emblématique, dans le genre en question ("Le Boss", Assaut sur la ville, La rançon de la peur, Passeport pour deux tueurs ...), ainsi que par la passerelle qu'il fait, entre plusieurs époques et genres.

 

 

A l'image de la carrière peu prolifique de son metteur en scène, "L'inspecteur Sterling" renferme à la fois du faible et du mou dans la gâchette (L'appel de la chair), ainsi que du solide et de l'imaginatif (La Dame rouge tua sept fois). Pour toutes ces raisons, il reste à découvrir.

Mallox

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