Sesso nero
Genre: Erotique , Porno , Drame , Exotisme
Année: 1980
Pays d'origine: Italie
Réalisateur: Joe D'Amato
Casting:
Mark Shannon, Lucia Ramirez, Annj Goren, George Eastman...
Aka: Exotic Malice / Orgasmo Nero III, Schwarze Haut auf weissem Sand / Sexo negro / Exotic Love / Sexy Erotic Love
 

Mark Lester, new-yorkais abordant la quarantaine, est ce que l'on appelle dans des termes familiers un queutard. Et qu'y a-t-il de plus terrible pour un coureur de jupons que d'apprendre que l'on est atteint d'une hypertrophie de la prostate nécessitant une ablation à court terme, sous peine d'y perdre la vie (en plus de son vit). Mais comme l'avait écrit Louis Bourgeois dans un livre sur Frédéric Dard, "Mieux vaut queutard que jamais", un précepte que Lester a fait sien. Le playboy (marié, cela dit) décide donc de partir pour Saint-Domingue afin de s'éclater une dernière fois, et surtout retrouver Maira, une autochtone qu'il aima profondément dans le passé.
Seulement voilà, ce baroud d'honneur ne va pas tarder à virer au cauchemar, notamment lorsque Mark Lester aperçoit Maira à chaque coin de rue, bien qu'il ait appris par un ami que cette dernière était morte depuis une dizaine d'années. Le fait que son père soit un adepte du vaudou y serait-il pour quelque chose ? Possible. En attendant, Lester est entré dans une spirale infernale, dans laquelle présent et passé se mélangent. Notre séducteur a perdu la notion du temps, et sa raison commence à vaciller...

 

 

C'est avec ce fameux Sesso nero que Joe D'Amato passa du soft au hard. Le film n'est pas, disons-le tout de suite, un vulgaire gonzo comme 99 % de la production X actuelle. Non, D'Amato s'attachera tout au long de sa partie de carrière consacrée au porno à proposer des produits soignés racontant une histoire. C'est le cas ici, avec cet homme replongeant dans son passé dès lors qu'il se sait atteint d'une maladie incurable qui va le priver de tout ce pourquoi il a vécu, c'est-à-dire le sexe. Refusant ce que l'avenir lui réserve, il se réfugie donc dans ce passé, à la recherche d'un amour défunt qui semble pourtant bel et bien vivant. Un être de chair lui rappelant sa jeunesse, sa vigueur qui désormais, si elle ne lui fait pas encore faux bond, le fait néanmoins cruellement souffrir (se traduisant par des crises terribles qui nécessitent des injections pour stopper la douleur).

 

 

Nous voilà donc, avec notre héros, en plein conflit Eros et Thanatos. Les pulsions de vie et de mort s'affrontent et Mark Lester accumule les conquêtes, suivant ses pulsions sexuelles, dans un réflexe d'auto-conservation. Un réflexe vain dans la mesure où l'acte sexuel est synonyme de souffrance, première étape devant le conduire vers une mort inéluctable s'il ne choisit pas la voie de la raison, dictée par le médecin chargé de l'opérer.
Cet homme, tiraillé entre le désir de vivre et le refus de ne plus être l'homme qu'il a été, l'homme qui a été sa "raison d'exister", est incarné de manière convaincante par Mark Shannon, acteur italien ayant fait l'essentiel de sa carrière sur quatre années, de 1980 à 1983. Sorte de Harry Reems avec plus de ventre, moins d'humour et surtout moins de charisme, Mark Shannon est très loin des standards du sex-symbol. Mais d'une certaine manière, son physique standard permet peut-être de mieux s'identifier à lui. Difficile de rester de marbre quand il est en proie à ces crises violentes capables de lui faire perdre conscience.

 

 

Cette crédibilité est l'une des qualités d'Aristide Massaccesi, directeur de la photographie remarquable, metteur en scène inégal, mais capable de diriger au mieux des acteurs considérés (à tort) comme étant de seconde zone. Ainsi, devant la caméra de son réalisateur, Manlio Cersosimo (vrai nom de Shannon) donne le meilleur de lui-même, et on peut en dire autant pour les actrices Lucia Ramirez et Annj Goren. Cette dernière eut une carrière assez furtive, tournant essentiellement pour D'Amato, mais aussi pour Antonio D'Agostino dans "Cérémonie des sens" et Eva Man.

On notera la brève apparition de George Eastman (responsable du scénario de Sesso nero) dans le rôle de Vojakis, le propriétaire d'une boîte de nuit. L'occasion de voir un couple se livrant à un strip-tease kitsch à souhait sur fond de musique disco.

Si Sesso nero n'est pas une oeuvre remarquable en soi (même les scènes hard s'avèrent relativement répétitives et platement filmées), elle garde néanmoins un certain pouvoir d'attraction. Le cocktail exotisme/mystère est en mesure de retenir l'attention du spectateur, grâce à la beauté des décors naturels, ce parfum enivrant de vaudou qui demeure jusqu'au dénouement, la musique de Nico Fidenco et ce final choquant, point d'orgue somme toute logique au conflit Eros/Thanatos qui affectait le héros.
Dans Sesso nero, finalement, la noirceur se reflète autant à travers la peau d'ébène de ses protagonistes que dans son propos, particulièrement sombre.

 

 

Flint


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