Milan : le clan des Calabrais
Titre original: Milano : il clan dei Calabresi
Genre: Polar
Année: 1974
Pays d'origine: Italie
Réalisateur: Giorgio Stegani
Casting:
Antonio Sabato, Silvia Monti, Pier Paolo Capponi, Fred Williams, Nicoletta Rizzi, Peter Carsten, Mario Donen, Bruno Di Luia, Toni Ucci, Melù Valente...
Aka: The Last Desperate Hours (USA)
 

Pourchassé par les hommes de main d'un rival, le ponte de la mafia Paolo Mancuso (Antonio Sabato) trouve refuge dans un laboratoire d'expérimentations où un rat infecté le mord. Contaminé par un virus bactériologique, Paolo ne dispose plus que de 18 heures à vivre. La nouvelle ne tarde pas à tomber dans les esgourdes d'un inspecteur campé par Pier Paolo Capponi qui lance ses équipiers sur la trace de ce grand malade.

 

 

Dieu merci, l'idylle entre le cinéma italien et les rongeurs aux yeux rouges ne se résume pas qu'aux Rats de Manhattan et Ratman. Il faut compter aussi sur ce Milan : le clan des Calabrais des plus réussis. Avec la complicité de ses trois scénaristes Giovanni Addessi, Franco Barbaresi et Camillo Bazzoni, Giorgio Stegani (principalement connu pour ses deux westerns fort fréquentables "Gentleman Killer" et "Pas de pitié pour les salopards") insuffle un air revigorant au polar transalpin avec une trame complétement inédite.

Lorgnant certes vers le "Panique dans la rue" d'Elia Kazan", le film colle aux basques poissardes de Paolo, un sacré spécimen de pestiféré qui se voit, et c'est bien là l'ironie de l'histoire, recherché par à peu près tout le monde. Ses partenaires ès-mafia en premier lieu qui désirent lui trouer le buffet avant que lui ne s'en charge, les forces de l'ordre afin d'enrayer toute épidémie possible mais aussi la populace, en particulier la plus désargentée qui voit en sa neutralisation une possible récompense auprès des autorités.

 

Non content de lutter contre son propre métabolisme partant en eau de boudin, Paolo doit aussi faire avec la désaffection quasi-générale de ses troupes, partenaires, amours. La trahison se pavane ainsi à tous les coins de rue. Si sa compagne Laura (la troublante Silvia Monti) lui assène le premier coup de poignard, il peut en revanche compter sur le soutien de son ex-femme Lidia (Nicoletta Rizzi), liée à jamais à son mari depuis la mort tragique de leur fils lui-même emporté par la maladie.

 

Affirmons-le tout de go : Antonio Sabato livre là sa meilleure prestation, lui qui nous avait habitué à jouer des biceps et du sourire un poil stupide dans des polars souvent peu mémorables (à l'exception notable de "La guerre des gangs" version Lenzi). Ici, la sobriété de son jeu renforce l'intensité dramatique de sa condition de bête traquée, trahie et meurtrie. Emouvantes sont les retrouvailles avec sa femme où il évoque la mémoire de son fils disparu. Pour autant, l'homme n'en reste pas moins un bel enfant de salaud, notamment lorsque l'une de ses portes de sortie possible face à la police lancée à ses trousses consiste à prendre en otage une institutrice et ses très jeunes élèves alors qu'il se sait potentiellement contagieux.
De même, pas de chichi envers ses ex-amis dont un qui paiera cher son retournement de veste : égorgé à la scie électrique.

 

 

Comme lié à la descente aux enfers du personnage central, le ton du film entame une pente douce vers le pessimisme. Les premières minutes funky ne tardent pas ainsi à laisser place au commissariat du coin à quelques digressions d'ordre social sur la condition de vie des Calabrais à travers le pays, région durement frappée par la pauvreté s'il en est. Pendant ce temps, Paolo s'enlise dans sa malédiction. Lors du grand final tragique le voyant pourchassé par les habitants d'un bidonville armée de bâtons et de pierres, il n'est pas interdit d'y trouver une affiliation avec le mythe de Frankenstein et son monstre cerné par la populace.
Au service du film, faut-il évoquer l'accompagnement musical remarquable de Gianni Marchetti et s'accommodant à toutes les ambiances : jazz progressif, funk, piano, etc.

 

 

Vacciné ou non au poliziesco, aucune ordonnance n'est nécessaire pour apprécier ce Milan : le clan des Calabrais à ne surtout pas fuir comme la peste. Parlez-en à votre généraliste.

 

Throma

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