Curse of the Swamp Creature
Genre: Science fiction , Horreur
Année: 1966
Pays d'origine: États-Unis
Réalisateur: Larry Buchanan
Casting:
Jeff Alexander, John Agar, Francine York, Shirley McLine, Charles McLine, Cal Duggan, Bill McGhee, Ted Mitchell, Roger Ready, Bill Thurman...
 

Larry Buchanan avait un certain talent pour dealer avec des maisons de productions, des séries de petits films à bas coût, souvent des remakes, qui leur permettait d'étoffer leur catalogue pour des transactions financières avec les chaînes de télévision. Ainsi au milieu des années 60, alors que la popularité du petit écran explose, Buchanan obtient l'accord de l'American International Pictures. S'ensuit une série de petites productions fauchées telles que "Zontar: The Thing from Venus" (remake de It Conquered The World), The Eye Creatures (remake de "Invasion of the Saucer Men") ou encore "In the Year 2889" (remake de The Day The World Ended). Curse of the Swamp Creature fait partie du lot destiné à l'AIP et n'est rien d'autre qu'un remake du "Voodoo Woman" d'Edward L. Cahn, tourné en 1957. À l'époque, l'une des astuces du réalisateur pour limiter les coûts de ses bobines est d'user le plus possible de stock-shots, scéniques comme musicaux. Ainsi la musique utilisée pour ce film est celle composée par Ronald Stein pour les déjà cités It Conquered the World et "Invasion of the Saucer Men". Dans le même but, le réalisateur post-synchronisait ses œuvres, ce qui lui permettait de se passer de prises de son directes avec tout ce que cela implique de scènes à rejouer.

 

 

Pur Texan, Buchanan n'a jamais été réputé pour son talent et ses films, de "The Naked Witch" à The Loch Ness Horror en passant par "Mistress of the Apes", sont considérées comme l'équivalent de ce que faisait déjà Ed Wood depuis les années 40 : des films tant mauvais et immuablement sérieux, tout en défiant la moindre logique technique cinématographique en bonne et due forme, qu'ils en deviennent risibles. Est-ce que pour autant que ses films sont dénués d'inventivité, de malice et de charme ? À chacun de voir, bien entendu. Toutefois, il n'est pas interdit de trouver aux réalisations de Buchanan une véritable patine, un charme dépassant les standards, ainsi qu'un aspect décalé qui les rend à la fois autres et uniques. Ils ne s'agit pas de faire de séries Z des chefs-d’œuvre, mais de remettre à une place plus adéquate cet homme à tout faire. Celle d'un cinéma indépendant, cousu-main en marge du grand Hollywood. Une alternative qui, le temps passant, prend peut-être plus de valeur qu'à son époque. Une époque où le fameux Hollywood ne laisse presque plus de marge créative à des réalisateurs jetables, les Ed Wood, les Larry Buchanan, les Jerry Warren (le moins inspiré des trois) apparaissent, outre comme des "Schlockmeisters", outre comme des auteurs d'artefacts filmiques, comme des guérilléros magnifiques autant que comme des perdants par avance, notamment face aux normes et aux tenanciers du bon goût, eux-mêmes ne faisant pas toujours preuve de beaucoup de personnalité, à ne savoir jauger les films que d'un point de vue classique, académique.
Si l'on rajoute à cela que bien des S.F., pourtant bien mieux budgétées, nous propulsaient assez souvent aux confins de l'ennui et que par ailleurs, un certain Roger Corman usait, soit avec talent, en adaptant très souvent des récits célèbres, des mêmes subterfuges, pour finir consacré, il y a quelque chose d'injuste au pays de la série B comme de la série Z.

 

 

Curse of the Swamp Creature a la particularité, dès son préambule, d'annoncer un classique à venir : "Le crocodile de la mort" de Tobe Hooper. On rappelle que malgré ce qui est écrit le plus souvent et copié/collé ensuite, le film de Tobe Hooper et Mardi Rustam se déroule lui aussi, non pas "en plein cœur des marais de Louisiane" mais au Texas, là même où un certain Joe Ball, vétéran de la Première Guerre Mondiale, ouvrit dans les années 30 une auberge au Texas et y construisit un petit étang contenant cinq alligators qu’il aurait nourri en leur jetant les corps de plusieurs de ses proches et petites amies. C'est en tout cas sur un registre similaire, version savant-fou, que s'ouvre la bobine de Larry Buchanan dans laquelle le docteur Simond Trent (Jeff Alexander) donne en pâture le fruit de sa dernière expérience, un cadavre, à ses alligators domestiques mais pas moins affamés pour autant. Ce ne sera d'ailleurs pas la seule pitance de nos charmants lézards d'eau puisque, juste après, le frangin de la victime déboule, tentant de tuer à coups de couteau notre serial expérimentateur, avant d'en être empêché par le garde du corps, tué puis lui aussi donné à manger aux cousins crocodiliens.

 

 

La suite tient plus d'un mélange de film noir, de pratique vaudou, de meurtre malencontreux, de machination puis d'enquête... mixture qui croise même le psycho-killer friand de cobayes et de créatures mutantes soit-disant immortelles. On se retrouve ensuite dans un pur bar texan, un autochtone du nom de Driscoll West (Bill Thurman) qui se fait brancher par une femme, tissant sa toile séductrice, ce, pendant qu'un de ses complices pille la chambre dudit cowboy, par ailleurs moins dupe qu'il n'en a l'air ; ce dernier décline la feinte invitation de tirer son coup, chose étonnante pour un cowboy, afin de vite regagner ses pénates. De fait, la rabatteuse a beau tenter de joindre son acolyte par téléphone, le jeune cambrioleur est pris sur le fait et, dans la panique, sort sa lame et transperce notre texan pure souche.
Ma foi, dans une région cernée par les marais et les sables mouvants, inutile de chercher midi à quatorze heures pour planquer son cadavre. Décidément, les marais de Floride, du Texas et de Louisiane sont l'équivalent du désert de Mojave bordant Las Vegas : des gigantesques cimetières à ciel ouvert garantis sans frais d'obsèques.

 

 

Bien entendu, inutile de réduire cette modeste chronique à un simple énoncé des faits au risque de trop en dire et ce, même si c'est dans un but de poser les enjeux de cette drôle de bobine ; en tout cas, c'est peu après que débarque en ces lieux à la fois malfamés et morbides, Mr. Rogers (John Agar). Celui-ci cherche Driscoll West. Il va de soi que sa disparition alors que Rogers le rejoint sur sa demande, pour un job, va attiser la curiosité de notre bonhomme. De là, les ingrédients cités peu avant ne vont plus faire qu'un, et ces lieux maudits que sont ces marais de la mort vont permettre à tout ce beau monde de croiser le chemin funeste de notre savant fou. Rednecks locaux effrayés par un lieu où ils disent eux-mêmes ne jamais avoir osé y mettre les pieds et dans lesquels ils vont enfin s'aventurer, crocodiles à l'affut de chair fraîche, notre chercheur à l'allure inquiétante et aux propos aussi flippants que cyniques ("Rien de mieux pour aider l'être humain que des expériences sur l'être humain !"), son épouse qui vit si retranchée qu'elle voit avec l'arrivée du petit groupe à la recherche de West l'occasion de voir enfin du monde, et puis, et puis... pour épicer tout ça, si besoin était, une créature mutante, mi-homme, mi-gator, créée par notre modificateur génétique, va mettre tout le monde d'accord ! Ces ingrédients d'un copieux mélange défilent à l'écran en une vingtaine de minutes et semblent plus que prometteur. La suite ne déçoit pas !

 

 

Outre son modèle susnommé, Curse of the Swamp Creature puise aussi son inspiration dans le catalogue Monogram Pictures ou des Associated Producers, Inc. avec, pour les plus évidents, "Revenge of the Zombies" (1943) ou "The Alligator People" (1959). Le plus amusant, c'est que l'aspect foutraque, tout fait de sous-intrigues, le fait ressembler à des scripts de EC comics écrits par Archie Goodwin, voire d'Al Feldstein, qu'on aurait rassemblés en une seule histoire. Un sentiment renforcé par des acteurs dont la post-synchro accentue leur jeu décalé ou carrément caricatural.
À ce titre, si la présence de John Agar (Daughter of Dr. Jekyll, "Le cerveau de la planète Arous", Attack of the Puppet People, "Invisible Invaders", "Journey to the Seventh Planet") sert de caution, on ne peut pas dire qu'il fasse grande impression pour le peu de temps et de scènes qui lui sont imparties en pseudo-géologue transparent. De même pour Francine York, plus assimilée à l'époque aux films de Jerry Lewis. Les deux êtres vivants qui contribuent vraiment à faire de Curse of the Swamp Creature un spectacle nonchalant et sympathique à la fois, ne sont autre que Jeff Alexander ("The Black Cat" de Harold Hoffman tourné la même année). On le reverra quelques années après dans le très foutraque The House of Seven Corpses de Paul Harrison. Ses "ha ha ha !" cyniques et diaboliques qui ponctuent chacune de ses phrases lorsqu'en tant qu'hôte, il accueille la petite équipe qui prétend chercher du pétrole (?!!!), deviennent vite réjouissants. Le second n'est autre que la créature dont on aperçoit durant un bon moment qu'une main sortant du congélateur, avant d'apparaître entièrement à l'écran. Un mutant qui fit les beaux jours des fameux Craignos Monsters, forcément, puisque, ayant pris l'âme d'un pongiste confirmé, il se sert de balles de ping-pong en guise d'yeux. Sans parler de ses canines, si aiguisées que même Dracula eut pu prendre peur. En tout cas, nos alligators ne la ramènent pas trop en le voyant. Ils ont bien tort, il n'avaient pas vu venir la parabole Buchanienne sur le mutant plus humain que l'humain lui-même. Je dis ça, je dis rien.

 

 

À une époque où sévissent, pour 300 millions de patates, des endives en collants moule-burnes, des Wonder Woman aussi excitantes qu'un sauté de dinde, et des singes se prenant pour Franck Capra et se faisant sodomiser par des gorilles CGIsés, il est peut-être temps d'aller revisiter ce genre de petites pellicules tournées à l'imparfait. Il se pourrait bien que, contre toute attente, elles vous offrent plus de distractions que ces moult geekeries léthargiques, dénuées de vision et d'âme. "Ha ha ha !"


Mallox

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